Geste de Charlemagne
On peut reconstituer toute une « histoire poétique * de Charlemagne, au moyen des chansons de geste qui lui sont consacrées; mais il faut disposer ces textes dans l'ordre biographique, sans tenir compte dé la date de leur composition.
Berte aux grands pieds, poème relatif à la mère de Charlemagne (treizième siècle. La version que nous possédons a pour auteur un poète brabançon, Adenet, surnommé le Roi des Trouvères). Berte est la fille du rôi et de la reine de Hongrie^ Floire et BlancheOeur. Venue en Franco pour épouser le roi Pépin, elle est trahie par son cousin Tybert, qui lui substitue auprès de son mari une de îfes servantes, et qui la fait condamner à mort. Errante dans la forêt du Mans où elle s'est réfugiée^ Berte réussit enfin à prouver son identité et son innocence; elle est ramenée à Paris, et ses persécuteurs sont châtiés. C'est, au fond, le conte populaire de l'épouse fidèle et persécutée: Comparez (Geneviève de Bradant, Grisélidis, etc.. (1).
Mainet est l'histoire de Charlemagne enfant. Mmii^i est un diminutif de Malgftè Ou Magne, et signifie « le petit Magne, lo petit Charlemagne « (2).
La reine Sibile est consacrée à la femme de Charlemagne. Dans cette chanson se trouve l'épisode du Chien de Monlargis (3).
(1) Lire deux extraits de Bcrlc aux grands pieds dans la Chrestomallùr, de M. Clédat, p. 57. — J. BKOtEn, Légendes épiques, t. ïl\,lt; IV, S%.
(2) Chrestomathie, de M. Clédat, p. /|3. — J. Bédier, ni, 4, lis ; IV, 272.
(3) Nous ne possédons cetlc chanson que sous iine forme italianisée, intitulée Macaire, dont l'original s'appelait /o îiehif Sibile. — J. BÈniER,lV, 218, ^27.
36 UTTÉRATURE FRANÇAISE
Le Pèlerinage de Gharlemagne est le récit d'un prétendu voyage de l'Empereur à Jérusalem et à Constantinople. C'est un de nos plus anciens textes ; il offre cette particularité d'être rédigé en vers de douze syllabes. Accompagné de ses pairs, entre autres Ogier le Danois, l'archevêque Turpin, Roland, Olivier et Guillaume au court nez, Gharlemagne arrive à Jérusalem, où il obtient du patriarche des reliques qu'il rapportera en France. Puis il se rend à Constantinople, dont le poète fait une merveilleuse description. Le roi Hugon le reçoit dans un palais enchanté, où, après le banquet, Charlemagne et ses pairs s'amusent à se vanter : ils accompliront des exploits extraordinaires et invraisemblables. C'est la scène des gabs. Hugon a tout entendu; il est scandalisé par la vantardise de ses hôtes, et leur déclare qu'il leur fera couper la tête, s'ils n'accomplissent leurs ridicules promesses. Voilà les Français bien embarrassés. Dieu vient à leur secours et leur permet de réaliser leurs gabs (1).
Hnon de Bordeaux. — Huon, fils du duc de Bordeaux, Seguin, ayant tué le fils de Charlemagne, Chariot, est condamné par l'Empereur à subir certaines épreuves. Huon devra se rendre {i Babylone, y couper la barbe de l'émir, lui arracher quatre grosses dents, et les rapporter à Charlemagne. Il est heureusement aide dans son entreprise par un nain, Obéron. — La première partie seule est fondée sur des événements historiques, mais dont les dates ont été changées. La deuxième ressemble à un conte mer-veilleux, et le charmant, personnage d'Obéron a été repris par Shakespeare dans le Songé d'une nuit d'été. — Huon est de la fin du douzième siècle (2).
Telles sont les principales chansons qui se rapportent à l'histoire particulière de Charlemagne et de sa famille. — Voyons maintenant celles où H est question des conquêtes du grand Empereur, ou de ses luttes contre certains vassaux.
Les Saisnes (ou les Saxons), dont nous possédons un rajeunissement de la fin du douzième siècle par Jean Bodel d'Arras; — ce poème est relatif aux expéditions de Charlemagne contre les Saxons, et contient peut-être des souvenirs des guerres de Clotaire II et de Dagobert.
(1) Lire des extraits du Pèlerinage de Charlemagne dans la Chrestomathie,de G. Paris, p. 3, et dans celle de M. Clédat, p. 37. — .1. Bédieu, Légendes épiques, t. IV, p. IM.
(2) Chrestomathie, de M. Clédat, p. 49. — G. Paris, Poèmes et légendes du moyen âge, p. 24. — J. Bédier, III, 174; IV, 153.
UTTÉRATURE ÎIÎODALE 37
La Chanson de Roland, sur laquelle nous reviendrons plus loin (p. 41), forme, avec Gui de Bourgogne et Anséis de Carthage, un groupe sur les guerres d'Espagne.
Oger ou Ogier le Danois nous lait assister aux premières luttes de l'Empereur contre ses grands vassaux. Cette chanson, du douzième siècle, a pour auteur un trouvère nommé Raimbert de Paris. Au treizième siècle, Adenet le Roi composa les Enfances Ogier, destinées à servir d'introduction à l'œuvre de Raimbert. (On appelle enfances les premiers exploits d'un héros) (1).
Enfin nommons le Roi Louis, fragment d'un poème du onzième siècle, où l'on raconte la victoire de Louis III sur les Normands, en 881 ; — et le Couronnement de Louis (Louis le Débonnaire), qui pourrait être rattaché aussi à la geste de Guillaume d'Orange (2).