‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 153 sur 323 · MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU

une étude de philosophie politi(^iio. En dépit dos erreurs de détail il a, coniiiK» Bossuet, comme Corneille, saisi le fond du génie romain. — Bossuet, auquel il est d'usage de le comparer (1), avait plutôt étudié la grandeur que la décadence, et plutôt recherché' les causes morales que les causes politiques. Montesquieu, sur vingt-trois chapitres, en consacre huit à la grandeur, et quinze à la décadence : on voit que la proportion est renversée. Pour Montesquieu, les causes essentielles de la grandeur sont : l'amour delà liberté et la discipline militaire (i à ui), et la politique du >Sénat (IV à vu); — les causes de la décp-denee ne sont pas poiir lui comme pour Bossuet la perte des vertus morales et civiques, mais surtout l'étendue de l'Empire, l'éloignement des troupes qui ne connaissent plus que leur général (ix), et l'inégalité des fortunes. Montesquieu pousse très loin l'étude de la décadence, jusqu'à la chute de l'Empire d'Orient.

De la lecture de cet ouvrage on tire cette philosophie que « ce n'est point la fortune qui domine le monde ».Les hommes sont, à des degrés divers, responsables des événements; ceux-ci n'ont jamais une valeur propre, mais toujours une importance relative; ils s'enchaînent et se conditionnent. Et cela est si vrai que Montesquieu non seulement explique ce qui pouvait tout d'abord nous paraître accidentel et fortuit dans Fhistoire romaine, mais que, de cette histoire dont il a compris le mécanisme humain, il tire, çà et là, des ob.servations générales et profondes, qui sont autant d<* prédictions (le césarisme, la question d'Orient).

L'Esprit des lois (1748). — L'ouvrage se compose de trente et un livres, subdivisés en chapitres, en moyenne de quinze à vingt. — Le mot Esprit signifie : sens intime, ' universel. — Les lois sont définies : « Les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. » Des rapports, qu'est-ce à dire? L'explication seule de cette formule prouve l'originalité et la pi-ofondeur de Montesquieu. Avant lui, tous ceux qui avaient écrit sur les lois, PJaton, Aristote. Cicéron, saint Thomas, Bossuel, en général tous les historiens du droit (sauf peut-être Bodin), étaient partis de délinilions absii-aites, métaphysiques et morales, et avaient bâti des législations idéales, ou critiqué, au nom de leurs principes, les législations existantes. La méthode de Montxîsquieu est, au contraire, tout expérimentale. « .T'ai d'aboj'd examiné les hommes, 'dit-il dans sa préface, et j'ai crii que, dans cette infinie diversité de lois et de. mœurs, ils n^étaient pas uniquement condi^it-s par leurs fantaisies... Je n'ai pas tiré un principe de mes préjugés, mais de ja nature des choses. » — La diversité des législations, qui scandalisait los théoriciens, lui paraît nécessaire et utile : « Les lois doivent être

Voir en particulier Nisahd, Littérature fxançaue, t. IV, chap. vir

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tellement propres au peiii)l(^ ])Oiir lequel elles sont faites, que c'est un grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir à une autre... » (liv. I, chap. ui). — Quels sont donc ces éléments essentiels et naturels, dont le rapport détermine la loi? D'abord, les lois doivent se rapporter à la nature et au principe du gouvernement; puis, elles doivent être relatives « au physique du pays, au climat glacé, brûlant ou tempéré; à la qualité du terrain, à sa situation, à sa grandeur, au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs ou pasteurs 5 elles doivent se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souffrir; à la religion des habitants, à leurs inclinations, à leurs richesses, à leur nombre, à leur commerce, à leurs manières... C'est dans toutes ces vues qu'il faut les considérer... J'examinerai tous ces rapports : ils forment tous ensemble ce qu'on appelle l'esprit des lois » (liv. 1, chap. ni) (1).

Au livre 11, Montesquieu définit les trois sortes de gouvernements : le ^républicain, qui ne saurait subsister que par la vertu (c'est-àdire le dévouement aux institutions) ; le monarchique, fondé sur V honneur (c'est-à-dire la fidélité chevaleresque au roi, et le point d'honneur dans l'exercice de ses fonctions); le despotique, fondé sur la crainte (on n'obéit au despote que par la crainte des châtiments). Les livres IV, V, VI, VII et VIII sont consacrés à l'étude des lois dans leurs rapports avec les gouvernements tels qu'ils viennent d'être définis. —Livres IX et X : Des lois dans le rapport qu'elles ont avec la force défensive et offensive. Ici, Montesquieu tienne ses opinions sur la guerre, sur les conquérants, etc. — Le livre XI a une importance capitale. Il est intitulé : Des Lois qui forment la liberté politique dans son rapport avec la constitution. C'est là que Montesquieu étudie la constitution anglaise, avec une évidente sympathie. Les constitutionnels de la Révolution s'en sont inspirés. — Livre XII : la liberté politique du citoyen. — Livre XIII : les revenus publics. — Livré XIV : le climat. — Livres XV, XVI et XVII : l'esclavage (au chapitre v du Livre XV, se trouve la célèbre protestation de Montesquieu contre l'esclavage des nègres; c'est un modèle d'ironie éloquente) (2). — Livre XVIII :1e terrain.— Livi-e XIX : les mœurs et les manières. — Livres XX et XXI : le commerce. — Livre XXII : la monnaie. — Livre XXIII : le nombre des habitants. — Livres XXIV à XXVI : la religion. — Livre XXVII : les. lois romaines. — Livre XXVIII : les lois civiles chez les Fi'aneais. — Livre XXIX : de la manière de composer les lois. — Livres XXX <'t XXXI : les lois féodales chez les Francs (3).

Dans chacun de ces livres, Montesquieu passe en revue les différents rodes et tâche d'expliquer telle et telle loi qui, en apparence.

(1) Morceaux choisis. 2« cycle, p. 652.

(2) Morceaux choisis, 2'' cycle, p. G.'îQ. <3) Morceaux .choisis, A"' cyci^, p. 286.

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