MONTESQUIEU
nous semble bizarre. Ainsi, il étudiera l'esclavage chez les Romains, et, «ans l'approuver, il le trouvera en rapport avec leur gouvernement et avec leurs mauirs; mais, ce même esclavage, il le juge en contradiction avec les gouvernements fondés sur l'honneur et sur la vertu, et surtout avec les mœurs chrétiennes. — Jl I)rocède souvent, comme dans les Lettres persanes, par allusions; il critique dos lois françaises à propos des lois chinoises; il amène brusquement des comparaisons piquantes. — Il introduit la discussion critique dans l'histoire et dans l'examen des religions ; et proclamant la supériorité morale et sociale du christianisme, il explique pourquoi tel peuple, sous tel climat, doit changer ses éléments d'existence politique et ses mœurs, pour devenir logiquement chrétien.
Toutes ces observations, Montesquieu les appuie sur une documentation très étendue. Il suffit de feuilleter l'Esprit des lois et de regarder, au bas des pages, les renvois aux textes originaux, pour admirer la somme de travail fournie par l'auteur.
Le style de Montesquieu. — Les contradictions que nous avons signalées dans le caractère de Montesquieu se retrouvent dans son style. — Un seul ouvrage a une certaine unité de ton, ce sont les Considérations : là, tout est simple, concis sans obscurité, grave sans emphase. Montesquieu éprouve, dirait-on, du respect pour son sujet ; il est plein de Tite-Live et surtout de Salluste et de Tacite. Une page des Considérations mise en latin semble se retrouver dans sa langue originale. — Dans les Lettres persanes, nous l'avons dit, c'est tantôt un style posé et sérieux, tantôt un style léger et badin ; mais toujours apparaît la même qualité : le sens du trait, du mot, dans une phrase directe et qui va droit au but. — Aussi mêlé que celui des Lettres est le style de V Esprit. Évidemment, Montesquieu a voulu se faire lire. Il introduisait dans la littérature française une matière nouvelle, jusque-là traitée le plus souvent en latin, ou du moins en un français technique, rebutant pour les gens du monde. Pour intéresser le grand public à ces discussions, il use d'artifices divers; il morcelle son sujet ; il fait parfois des chapitres de quehiues lignes ; il leur donne des titres piquants ou énigmatiques ; et surtout il ramasse en quelques phrases vives, interrogatives, paradoxales, autour d'une citation bien clioisie, tout le raisonnement qu'un autre eût étalé. De là, un certain charme, comme celui d'une conversation animée avec un homme
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ti'ôs savant ettpès spirituel ; de là, aussi, une certaine fatigue. (Jn finit par en vouloir* à Montesquieu de nous croire si frivoles, et c'est avec plaisir qu'on arrive à des chapitrés sérieux où Tauteur ne sacrifie plus aux grâces. M™'^ du Deffand disait de ce livre : C'est de F esprit sur les lois; le mot est injuste appliqtié à l'ensemble de l'ouvragje; il est admirable pour en caractériser de nombreux passage.
BIBLIOGRAPHIE
MoMiv^QiTKi , DEu.orefi cuinpleles, ('d. Labullaye. Gariiier, 7 vol.
(1875-1879). On a commencé, et l'on continue la publication des
œuvres inédites de Montesquieu : Mélaîiges, Voyages, etc. Éditions classiques des Considérations : Petit jje Julleville (t>ela-
yrave), Person (Garnier), Jullian (Hachette), etc. NisARD, LiUérature française, t. IV, chap. vni. Ém. Faguet, Dix-huitième siècle, 1890.
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