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I. — lia Poésie didactique et satirique

On pourrait presque juger du peu de sens poétique d'un siècle, d'après le nombre de ses poèmes didactiques. N'est-

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ce pos, en effet, une singulière idée de se torturer l'esprit pour versifier ce qu'une prose simple exprimerait bien mieux? C'est pour le coup que les meilleurs vers doivent être « beaux comme de la prose ».

Louis Racine (1692-1763) est le dernier des enfants de Jean Racine (1). Honnête homme, modeste comme il convenait au lils d'un de nos plus grands poètes, il devint lui-même poète par vocation. Son premier ouvrage, la Grâce (quatre chants, 1720), est intéressant en ce qu'il nous prouve que Louis Racine avait été nourri du plus fervent jansénisme. Il donna, quelque vingt ans plus tard, la Religion (six chants, 1742), de beaucoup supérieur au précédent. C'est sans doute bien moins poétique que la prose de Chateaubriand ; mais il y a de l'élégance et de l'art. — Le meilleur titre de Louis Racine est dans les Mémoires qu'il nous a laissés sur la vie de son père.

Saint-Lambert (1716-1803), dont on retiendra toujours le nom, pour la place qu'il a tenue dans les salons du dix-huitième siècle et dans la vie de Voltaire, a publié, en 1769, les Saisons (quatre chants). Cet ouvrage monotone et compassé fut bien accueilli par les Encyclopédistes, qui ne demandaient à un poète que de la « philosophie ».

Roucher (1745-1794), qui devait périr sur l'échafaud avec André Chénier, fit paraître," en 1779, les Mois (douze chants). Le plan était difficile à remplir, chaque mois devant nécessairement ramener des dissertations et des descriptions trop peu variées d'un chant à un autre. Mais les Mois sont de beaucoup supérieurs aux Saisons. Roucher a certains dons du vrai poète : de l'éclat, du pittoresque et de la sensibilité. On citera toujours quelques brillants épisodes de son œuvre.

Gresset (1709-1777). — Nous avons signalé ailleurs sa comédie du Méchant. Mais Gresset est surtout connu par un certain nombre de petits hadinages en vers, qui l'apparentent à Marot, à Voiture et à Voltaire. Ce sont : Vert-Vert (1734), histoire d'un perroquet, au couvent des Visitandines de

(1) Le fils (le Louis Racine péril en 17r)5, au tremblement de terre de Lisbonne, Avec lui s'cteisiiit la (b'scendance directe de Jean Racine.

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Nevers (1) : le Carême impromptu, le tutrin vivant, la (Jmrtreuse (où il décrit la petite chambre qu'il occiipait ;iu collè.^'o Louis le-Graud) (2).

Gilbert (1751-1780). — Mort trop jeune pour avoir doniié sa mesure, Gilbert fut un adversaire du parti philosophique, contre lequel il publia deux vigoureuses satires : le Dix-huitième Siècle et Mon Apologie (3). Depuis Boileau, on n'avait point vu autant de verve et d'éloq^uence ; c'est très supérieur à la poésie de Voltaire, sinon comme esprit, au rnoins comme fermeté d'expression. Mais le morceau le plus célèbre de Gilbert, celui qui fera vivre son nom dans les Anthologies, est celui que l'on donne sous ce titre : Adieux à la vie (4).

Florian (1755 1794) a écrit des pastorales, comme Galathée et Estelle; des romans poétiques {Gonzalve de Cor doue, Ruth, Tobie, etc.), de jolies pièces pour le Théâtre-Italien (les Deux Filles, les Jumeaux de Bergame, etc. On y retrouve le personnage d'Arlequin, transformé par la sensibilité). Mais Florian est surtout populaire par ses fables, publiées en 1792, et qui ont seules mérité," parmi tant de recueils de ce genre, de garder une place dans notre littérature, auprès de^ fables de La Fontaine. Ces fables sont spirituelles, d'un tour naturel et aisé, d'une morale claire (5).

Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741). — Il n'est guère d'existence plus malheureuse que celle de J.-B. Rousseau. Après quelques années de brillants succès, il se vit banni de France, en 1712, pour des couplets licencieux et diffamatoires qui lui furent attribués, et qui sont peut-être bien de lui. Il vécut en Suisse, à Vienne, à Bruxelles, tenta vainement d'obtenir son rappel, revint à Paris pour le solliciter, et retourna mourir à Bruxelles, Il eut des ennemis acharnés, entre autres Voltaire ; et quelques amis fidèles, le comte du Luc, ambassadeur de France en Suisse, et RoUin.

(i) Morceaux choisis, l^»" cycle, p. 380. (2) Marççmço çhQÏ-'iis, 2" cyclo. p. 8W.

{?>) Morceaux cfwisis. 2'' cycle, p. 8.">7. (''O Morcemix cffoisis, 2'' cycU", p. 8^2, (5) Morceaux choisi». I»"' cyclt^ p. .'Î8,'î.

LA PUÉBIE DIDACTIQUE Et LYRIQUE HS

J.-B. Rousseau fut considéré au dix-huitième siècle, et jusqu'au réveil rômaniiquej comme le plus grand des poètes lyriques. Ses paraphrases des Psaumes, son Ode à la Forfiitie, son Ode au comte du Luc^ sa cantate de Circë furent longtemps cilrées et apprises par cœur. On ne peut le hier, il y a chez lui un certain sens du mouvement et de l'harmonie. Entre Malherbe et Lamartine, il est le seul qui ait représenté le genre lyrique avec cette majesté et ce beau désordre ^ qui en semblaient les caractères distinctifs. Mais sa langue -est abstraite, pauvre, terne, et manque essentiellement de l'éclat pittoresque et dU BOuMe auxquels nos poètes du dix-neuvième siècle ttoUâ ont habitués.

Il excellait dans l'épigramme, et fit de cruelles blessures à ses persécuteurs. Trop prôné par le dix-huitième siècle, il est aujourd'hui trop oublié (1).

Le Franc de Pompignan (17094784) n'est plus guère connu que par lés railleries de Voltaire, qui dbait de «es Poèmeê mcrés : « Sacrés ils sont, car personne n'y touche. » Cependant, il a senti, beaucoup plus profondément que Housseau, la. poésie biblique, et sa paraphrase de la Prophétie d'jhéehiel donne tout à fait « l'impression des belles dhoses (S) » ; son Ode sur la mort de J.^ti, ttouêneau méritera toujours d'être citée (3).

Parny (1753-1814) doit être nommé parmi la foule des petits poètes lyriques de la fin du dWiuitlème siècle, pour la mélancolie très personnelle et l'harmonie presque « lamartinienne » de ses meilleurs vers.

Éoouchard-Lebrun (1729-1807) fut surnommé Lebrun-Pindare, poUr ses odes, dont la plus célèbre est consacrée au Vaisseau le Vengeur. Son style est dur et souvent amphigourique ; mais on ne peut lui refuser une certaine vigueur, et ses exagérations mêmes reposent des fadeurs de son temps. Il a excellé dans Tépigramme (4).

(1) Morveaiui' choinin, l" «•ycif, |». MS\ 2" cycle, p. 828.

(2) MortvaUx Choitiit, 2" cyoïc, p. 8.10. 3) Mort'eauj' tlioiaiit, 2« oyclr, p. 83.1.

(^») M. ÉM. FAouKt [Hiétuirv rfp ta litlétalurc fvamaise Pion, II, 2î>o) cite quelques jolies épigrammes de Lebrun.

LiriKUAIUKE J'HAN<;AISE

m. — André Chénier (176;5i-1794).

Vie. — André-Marie Chénier était fils de Louis Chénier (d'abord employé dans une maison de commerce de Constan-

tinople,puis consul de France au Maroc) et d'une Grecque, originaire de l'île de Chypre, Elisabeth Santi-Lomaca (1).

Né à Constantinoplele 30 août 1762, André vint terminer ses études à Paris, au collège de Navarre. Il fréquenta la société du temps, où on l'appelait M. de Saint-André , et fit beaucoup de vers dans le goût plus ou moins fade et mythologique du temps.

En 1782, il alla, comme cadet au régiment d'Angoumois, tenir garnison à Strasbourg, mais il démissionna six mois plus tard. En 1783, il voyagea en Suisse et en Italie. Puis il revint à Paris, où il passa quelques années ; il y connut Ecouchard-Lebrun,

André Chémer, huit jolrs avant sa moût. D'après le poitrail peint par J.-B. Suvée, à la pr de Saint-Lazare.

(1) André Chénier avait trois frères : Constantin-Xavier (f 1837), avocat et consul; Louis-Sauveur (f 182.'î), officier, emprisonné sous la Terreur, et délivré le 15 thermidor (il eut pour fils Gabriel de Chénier, qui donna la première édition complète des œuvres d'André) ; Marie-Joseph (f 1811), dont nous parlons plus loin.

LA POÉSIE UlUACTlnUE ET LYRIUUE 717

Beaumarchais, le peintre David, le chimiste Lavoisier, le poète tragique italien Alfieri. Puis il devint secrétaire à l'ambassade de France, à Londres (1787-1790).

C'est pendant cette période (1783-1790) qu'André Chénier a composé, et le plus souvent ébauché, la plupart de ses poésies : élégies, bucoliques, idylles, poèmes didactiques. Mais il ne publia presque rien ; de son vivant ne paraîtront que le Jeu de paume (dédié à David), et les Suisses de Châteauvieux. lui effet, à partir de 1790, André Chénier est surtout journaliste. 11 collabore au Journal de Paris. Il est constitutionnel. Partisan résolu de la Révolution, il voulait pourtant sauver la royauté et la personne du Roi (il a aidé Malesherbes à préparer la défense de Louis XVI). Devenu suspect, il dut quitter Paris au lendemain du 10 août 1792, et se réfugier à Rouen et au Havre; où il échappa aux massacres de septembre. Puis il vécut pendant quelques mois à Versailles. 11 était en visite, à Passy, chez M"^^ de Piscatory, quand on l'arrêta, tout à fait par hasard; ce n'était pas lui que l'on cherchait. Emprisonné à Saint-Lazare, le 7 mars 1794, il fut exécuté le 20 juillet à la barrière de Vincennes. Une même charrette emmenait avec lui Roucher, l'auteur des Mois.

Publication des œuvres. — Deux pièces d'André Chénier,

nous l'avons dit, parurent de son vivant (1791 et 1792). Tout le reste de l'œuvre est de publication posthume. — D'abord, on donna quelques fragments : la Jeune Captive (1), dans la Décade philosophique (1801); la Jeune Tarentine (2), dans le Mercure (1801). Chateaubriand cita trois passages dans les notes du Génie du Christianisme. Mais on dut attendre la mort de Marie-Joseph, qui possédait tous les manuscrits de son frère, et qui était de son vivant le grand homme de la famille, pour connaître l'ensemble de l'œuvre. La première édition, tronquée et truquée, parut en 1819, par les soins d'Henri de Latouche; elle fit une sensation profonde. Mais il faut arriver jusqu'à 1862 pour avoir Chénier à peu près complet (édition Becq de Fouquières). M. Gabriel de Chénier

(1) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 856.

(2) Morceatix choisis, 2« cycle, p. 854.

donna, d'après lefs iiîâbnuseritsi, une notivelle édîticfn êh 1874; et M. Becq de Fouqtiières, tliïe autre, en 1881. Enfin, M. Dîmoff a établi le texte définitif.

Les idées d'André Chénier. — André Chénier tient à son temps ; il est, par ses sentiments et par ses idées, tout le contraire d'un précurseur. Il est nourri de V Encyclopédie, il est athée, il conçoit l'amour à la façon de la société libertine du siècle. Son goût pour l'antiquité grecque ne lui est pas du tout personnel. A cette époque, depuis la publication du Voyage du jeune Anacharsis, de l'abbé Barthélémy (1788), tout le monde s'éprend d'archéologie et de mœurs grecques. Il faut bien qu'on sache qu'il n'y a de vraiment personnel chez lui que l'inspiration des ïambes, écrits dans sa prison. Partout ailleurs, c'est par la forme que Chénier est novateur.

Les Élégies sont au nombre de quarante. Chénier y chante ses amours, ses regrets, sa mélancolie. Le style en est délicat, précis, mais ^kiè par la périphrase et par la mythologie. C'est souvent du style pseudo-classiqUe. D'ailleurs, il est très difficile d'y faire la part de la sincérité et de l'imitation. Il y a là beaucoup de Tibulle, de Properce et d'Ovide; beaucoup aussi de Bertin, de Colardeau, de Parny. Cependant, quelques passages semblent bien exprimer la rêverie profonde et la sensibilité frémissante (1). — A la même inspiration peuvent être rattachées les quatre Épîtres, adress^ées, les trois premières au poète Lebrun, la dernière au chevalier de Pange.

Les Bucoliques et les Idylles. — Là, on trouve le vrai Chénier, celui qui a le sentiment exquis de l'antique, à la tuanière non pas de Racine, mais de Ronsjard. Encore manquait-il à Ronsard le sens archéo logique et géographique àe la Grèce; il en reproduisait surt£»ut la mythologie et les légendes. Chénierj sans en pénétrer l'esprit ni la religion, s'est attaché auxpay-sages, aux lointains harmonieux et purs, et surtout (car il n'emprunte guère que des traits descriptifs à Homère, à Théocrite, à VAn'hologie, et toujours sobres) aux attitudes, aux gestes, aux personnages formant des groupes de bas-reliefs. — Parmi les plus célèbres morceaux de ce genre, il faut citer :

(1) Morceaux choisis, 2® cycle, p. 852.

LA POÉSIE DIDACTIQUE ET LYRIQUE 7i9

rAveiif/le (Homère, après un dialogue avec des pasteurs de Soyros, chante... Et c'est une occasion pour le poète de parcourir tous les thèmes de l'ancienne poésie grecque) ; -^ le Mendiant (la fille de Lycus prie son père de donner l'hospitalité à un mendiant qu'elle a rencontré sur les bords du Crathis ; ce mendiant raconte ses aventures ; il est le père de Lycus) ; — la Liberté {dialogue entre un berger et un chevrier ; le berger est esclave, et sa condition lui pèse; il n'aime rien. C'est un des morceaux les plus achevés de Chénier) ; — le Malade, histoire d'un jeune homme qui meurt d'amour pour une jeune fille qu'il a aperçue ; il avoue son mal à sa mère, et celle-ci va chercher la jeune fille qui l'épousera; — r la Jeune Jarentine ; — Néère, etc. (1).

Il, y a de très nombreuses îwi7«/iws (2) dans ces idylles, et l'on pourrait dire que les moindres détails en sont empruntés. Mais Chénier sait y ej^primer des sentiments naturels, d'une façon à la fois française et grecque. Il possède la mesure, l'élégance, le sens de la beauté mystérieuse des choses et des êtres et des mots.

L'Hermès. — André Chénier ne voulait pas se contenter de ces imitations antiques. Qui sait ? peut-être même les considérait-il, lui qui n'en a rien publié, comme des exercices, des e&sais par lesquels 11 se formait la main. S'il eût vécu, nous ne les aurions peut-être plus ; ou du moins un grand nombre de ces admirables croquis eût disparu. En revanche, nous aurions autre chose : un grand poème didactique sur la formation et sur le système du monde, VHermâs.

Il ne nous reste de V Hermès que des fragments. Mais il est possible d'en reconstituer à peu près le plan. Nous disons à peu près, parce que les critiques sont divisés- sur ce point. Sainte-Beuve n'y voit que trois chants; M. Ém. Faguet croit que nous en aurions eu cinq : — Chant Z^'" .• Formation de la terre (d'après la théorie de l'éternité de la matière et des atomes) ; les grandes révolutions du globe, apparition des végétau^v et des aninjaux (du Buffon en vers) ; — Chant II : Apparition 4e l'homme, sa physiologie, sa psychologie ; analyse des

(1) Morceaux choisis, V cycle, p. ^8^ ; 2" cycle, p. 853

(2) Morreoiix rhoisia. 2' cycle, p. 8'i7.

passions ; — Chant III : Histoire de la civilisation mythologique et religieuse ; superstition, fajiatisme, guerres : tout cela raconté par un « sage magicien » (Chénier se serait inspiré à la fois de Lucrèce, de J.-J. Rousseau, et en général de Y Encyclopédie) ; — Chant I V : Histoire de la civilisation scientifique et philosophique; exposé de la tliéorie du progrès; — Chant V : La civilisation artistique (l).

M. Ém, Faguet pense que « cepoème eût été très vraisemblablement le plus beau poème philosophique de toute la littérature française ». 11 est possible. Cependant, d'après les fragments conservés, et malgré la beauté de quelques-uns, V Hermès eût été d'un style bien artificiel.

L'Invention. — Nous avons du moins un morceau qui devait servir de préface à V Hermès, et qui est intitulé l'Invention. C'est une théorie de la poésie, forme et fond. Chénier, qui a si bien imité et presque pastiché les anciens, demande qu'on renonce à reproduire leurs sujets et leurs thèmes. Il faut /"atre ce qu'ils feraient s'ils vivaient parmi nous, c'est-à-dire peindre les sentiments de notre temps, les inventions nouvelles ; la science a progressé, le domaine de l'humanité s'est en tous sens étendu, et c'est là une matière que nous devons à notre tour exploiter. — Mais, en revanche, il faut aux anciens emprunter leur art, qui est parfait : Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques. Si Chénier veut dire par là : des vers qui soient, en leur genre, aussi harmonieux et aussi solides que ceux de l'antiquité, et dignes de leur être comparés, la théorie est excellente. Mais s'il entend, comme certains fragments de Y Hermès peuvent le faire craindre, qu'il faut emprunter aux anciens leurs images, leurs comparaisons et leur riomenclature mythologique, c'est nous ramener au style composite de Ronsard et au merveilleux païen de Boileau ()2.

Les ïambes. — D'ailleurs le moment allait venir où André Chénier ne serait plus ni un imitateur des Grecs, ni un versificateur de V Encyclopédie. Il allait se révéler poète au sens le plus profond du mot, c'est-à-dire tirer de son âme, de ses colères, de ses indignations, des traits immortels et ven-

(1) Morceaux choisis, l»"" cycle, p. ."587.

(2) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 8/i9.

LA POESIE DIDAC.TIOUK ET LYRIuL'E /21

geurs. A Saint-Lazare, il compose sans doute une élégie un peu fade, la Jeune Captive; mais il écrit aussi ses ïambes, qui sont de la satire lyrique. Il y a environ cent vers, qui ne sont, cette fois, imités de personne, ni pour le fond ni pour la forme, et qui sont l'impérissable chef-d'œuvre d'un poète qui devenait enfin lui-même. Tout y est beau. La protestation d'une âme libre et d'un cœur généreux y est fondée non pas sur des opinions politiques, mais sur les droits essentiels de l'homme ; la liberté, la dignité, la justice, la vertu sans épithète, celle de tous les temps, parlent par la voix de ce citoyen emprisonné et condamné par des « bourreaux barbouilleurs de lois »... L'ironie y est généreuse; elle cingle et châtie la lâcheté des amis^ que cette lâcheté même ne préservera pas. Le style (sauf une périphrase un peu trop élégante sur Vheure) y est franc, d'une simplicité robuste, d'une souplesse d'acier bien trempé (1).

Chénier écrivain. — C'est comme écrivain et versificateur que Chénier a été appelé l'ancêtre des romantiques. Il redonne à la langue poétique des qualités concrètes et pittoresques absolument oubliées par les pseudo-classiques. Il assouplit l'alexandrin et pratique, le premier depuis Malherbe, le déplacement de la césure principale et l'enjambement. Mais, beaucoup plus que des romantiques, il est l'ancêtre des Parnassiens. Ses véritables disciples sont Théophile Gautier, Leconte de Lisle et, dans la poésie philosophique, Sully Prudhomme.

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(1) Morceaux choisis, 1«' cycle, p. 392; 2- cycle, p. 8r)8.

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