‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 183 sur 323 · II. — Le ïVouveau Public · texte numérisé non relu

II. — Le ïVouveau Public

La Révolution a transformé le public.

« Avant 1789, dit Emile Faguet, l'auteur s'adressait à un public très restreint et très connu de lui, parce qu'il était, sinon formé de cinq ou six salons littéraires de Paris, du moins très suffisamment et exactement représenté par eux. C'était donc à des gens qu'il connaissait, à des figures connues et qu'il voyait de ses yeux quand il écrivait, que l'auteur s'adressait directement quand il composait son ouvrage. La littérature d'avant 89 est, dans son ensemble, une littérature de société. ^

« Depuis 1815, le public est toute une nation, moins nombreuse sans doute que la nation française elle-même ; mais il est tout un peuple, considérable, dispersé, vaste, et, remarquez-le, non hiérarchisé, non discipliné, et ne prenant plus son mot d'ordre de quelques comités littéraires parisiens (1). »

(1) Inh^oduction aux lomes VII cl VU! <lo ]a Littérature française de Petit dk .Ii)m,evu.le (Colin).

TARLKAl^ GKNKIîAf. Di; DIX-NEUVIÈME SIÈCLE 733

Ce publie s'étend de plus on plus, à mesure que le siècle avance. Il reste tout de même une sorte d'élite, éparse d'ailleurs, pendant la période romantique. Si la littérature, après la Révolution de 1848, incline au réalisme; si, après 1870, elle devient naturaliste, c'est pour satisfaire un public plus mêlé, où les nouveaux arrivants réclament leur pâture; les hautes classes « s'encanaillent » plus volontiers et plus rapidement que le peuple ne s'élève.

Il en résulte la modification et la disparition graduelle de ce que les siècles précédents appelaient le goût, et qui suppose toujours : — chez le public, la recherche et le désir d'une satisfaction déterminée par des principes et par l'éducation, — chez les auteurs, la nécessité d'atteindre et de ne point dépasser une esthétique moyenne. Le public étant maintenant disposé à tout accepter et réclamant sans cesse, pour une curiosité insatiable, de nouvelles sensations, les écrivains se dégagent de tout préjiigé.

De là, au dix-neuvième siècle, la fortune singulière du théâtre, du roman et de la presse.

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