‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 184 sur 323 · III. — Les Écrivains · texte numérisé non relu

III. — Les Écrivains

Il faut mettre à part, quand on parle des écrivains, ceux qui se sont appliqués à la philosophie, à la science, et qui, pour la plupart, furent beaucoup moins occupés de plaire au public, que d'approfondir et d'éclaircir les grands problèmes psychologiques, sociaux, critiques : ceux-là sont animés par le seul amour du vrai. Mais les autres, s'adressant à ce public que nous avons essayé de définir et voulant être lus, que deviennent-ils, si on les compare aux écrivains des dix-septième et dix-huitième siècles ?

Pour piaille, ils ne peuvent plus, comme jadis, épier et servir un goût précis dans chaque genre et. dans chaque société. « Que reste-t-il à faire à l'auteur? A parler pour luimême, à écrire pour se satisfaire, à dire ses sentiments, ses passions, ses idées propres et ses rêves, à penser tout haut. Sans doute, il s'adresse à un public mais il ne s'y soumet pas, il ne cherche plus à s'y accommoder, par la raison qu'il n'a plus de contact avec lui. La littérature personnelle d'une

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société démocratique est 1^ littérature ng-tureliis d'un public iiombreuîf, dispersé, ijon hiércirchis^, non discipliné et inco^uu des auteurs, — jEt il m faut pas entendre par littéj-^-ture personnelle spuleipent Uîie littérature élégiaque, spit eu yerSj soit en prose, une littérature d'ép^ncheuient, d^e confeesioiis et de confideuces. Il faut entendre par littérature persounelle une littérature individualiste, où chaque auteur, sans se soucier des opinions prQbabies du public, parlée qu'il îie peut pas s'ejî soucier, suit la pente njaturelle de son esprit, une littérature par cou^équeut très variée, très aventureuse, tpès accideutée (l)... ^ Cette observation de M, É. pag uet est justp. ï^'écrivain devient inUividuel^ parce qu'il ne pieut plu^s s'adresser à ufi public res|;reint. Il y a d'ailleurs d'autres causes, plus générales, de cet indiyi4u3'lisiuej et qui aont de§ causes politiques et sociales originaires dje \^ Réyolutijoîî,

P'g^utre part, si, peudant la preufiière moitié du si<ècle, à peu près. Téerivain est jaloux de sa personnalité et s'impose fièrement au3^ diverses portions du public, il faut bien avouer que souvent, et surtout dans la seconde moitié du siècle, il fait ce que Sainte-Beuve a fort bien appelé de la littérature industrielle. Aux âges précédents, le théâtre et le livre ne nourrissent pas leur homme. Voltaire ne s'est pas enrichi avec se^ ouvrpLges, me^is par la spéculation financière. On fit bien d'établir des lois (\n\ reconnaissaient la propriété litr téraire et qui assuraient l\ l'auteur 4es bénéfices comme auj^ jeteurs et aux libraires. Cependant, d<e ce jour-là, ce fut pl-U^ que jamais un métier que celui d'écrivain- DirM-on qu'il est plus boPPrable de vivre de.la vente 4p ses ouvrages que d'une pension ofUcielie qui vous ôtftit toute liberté? D'apcord. Mi^is ie publip aussi est un tyran, qui n'S'^shète votre livre que s'il lui plaît; et comme il est rare que la majorité se plaise k «e qui est be^u, désintéressé et mpr^'l? récrivain eera l'esplë^ve des goûts les pki^ frivoles ou les plu^ bas. Il faut l'^ivouer, il est peu d'écrivpLins, même parmi les plus grands, au dixneuvième siècle, qui aient eu le courage de ne pas sacrifier à Gp^^ i4ole mii: mille tâte^ qu'e3$ le nouyeau publie, et de

(1) Introduction aux tomes VII et VIII de la Littérature française de Petit

DE JUÏ.LEV|LLE (CoUo),

TABLEAU GÉNÉRAL DU DtX-NEUVIÈME SIÈCLE 73B

résister à la tentation de faire fortune. On en arrive à estimer les auteurs d'après leurs revenus. Et combien ont renoncé k une originalité qui ne se fût imposée que trente ans plus tard, pour travailler dans les genres à la mode et gagner de l'argent?

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