VII. - La Presse
D'ailleurs, tous ces goûts sont plus ou moins satisfaits et excités par la presse. Le développement prodigieux des journaux n'est pas dû seulement à la spéculation qui s'est emparée, pour l'exploiter à gros bénéfices, de la banale curiosité des badauds. La presse correspoud à l'une des conquêtes de l'esprit public après la Révolution : le droit de tout savoir pour tout discuter. Ce droit, bâillonné par le premier Empire, est un de ceux que les libéraux de la Restauration réclament avec le plus d'insistance ; et l'on mesure assez naïvement, en France, le degré de liberté réelle à la liberté des journaux.
La politique y occupe sans doute la plus grande place. Mais les journaux ont une réelle importance dans l'histoire littéraire du dix-neuvième siècle. Par les comptes-rendus ( d'ouvrages, par les feuilletons de théâtre, ils vulgarisent et soumettent à la discussion générale et immédiate toute la production intellectuelle. Ils transforment certains genres littéraires qui prennent place dans le journal : la nouvelle^ le roman- feuilleton qui se découpe en tranches et devient un genre à surprises, à secousses, à style voyant et brutal. De plus, la morale, la sociologie, la science même, qui déjà, au dix-huitième siècle, étaient sorties des gros traités didactiques pour devenir des brochures, s'amincissent en articles et l'on prend l'habitude de résumer vivement, clairement, à l'usage du public, ces questions si difficiles. Au point de vue de l'appel au public, et de la formation sinon d'un goût, au moins d'une opinion, cette méthode eut d'heureux résultats.
Mais elle a aussi des inconvénients très graves, pour les» lecteurs et pour les écrivains. Les lecteurs s'habituent de plus en plus à recevoir et à accepter des jugements tout faits sur le livre nouveau, la pièce du jour, la découverte sensationnelle. Et ces jugements sont parfois superficiels ou partiaux; et parfois aussi ce sont des réclames payées, ou le contraire. — Les écrivains, de leur côté, se mettent, par nécessité, de iïijétier; apa^rler de tout, un peu à tort et à travers, sans spécialité bien déterminée : tel journaliste passe, par droit d'avancement, du réportage à la critique. La langue, si elle y gagne en rapidité et en clarté, se surcharge
au jour le jour de néologismes, et devient aussi instable que les modes.
Toutefois, malgré ces défauts, malgré la légèïH3té et parfois l'immoralité de certains journaux, la presse a été au dix-neuvième siècle et ne cessera plus d'être une force admirable, destinée à répandre dans toutes les classes de la société l'instruction et le libéralisme.
Aux journaux proprement dits, il faut ajouter les revues, dont les plus célèbres : lievue des Deux^MondeSy Hernie de Paris, Correspondant y ont donné au public, sous une forme plus sérieuse que le journal, plus prompte que le livre, un si grand nombre d'études littéraires, économiques, politiques, historiques.