‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 20 sur 323 · V. — Diifusion et înllueiice des Chansons de geste · texte numérisé non relu

V. — Diifusion et înllueiice des Chansons de geste

Même si l'on admettait que noïi chansons de geste sont d'origine germanique, c'est bien sur le sol gallo-romain qu'elles ont pris leur forme définitive; et sous cette forme, elles exercèrent une influence vraiment européenne (1).

La France seule semble avoir oublié, pendant plus de trois siècles, de Ronsard à Victor Hugo, des poèmes qui ne devaient pas être sans valeur ^our avoir ainsi rayonné sur lEurope entière. Aujourd'hui enfin, on peut parler des Chansons de geste comme d'œuvres classiques, sans se croire obligé d'affecter un dédain de bon ton envers cette littérature essentiellement nationale. Mais gardons -nous de l'excès contraire; et ne laissons pas d'avouer deux choses : la première, qu'il a manqué à l'inspir^ition de nos premiers trouvères ce sens de •

(1) L'AUemague traduit Roland e>l Aliscans (douzième et quinzièmf^ siècles), l'Angleterre se passionne surtout pour Fierabas ; dans les Pays-Bas, au douzième siècle, RoncevauXy Renaud, les torrains sont autant d'adaptations do nos poèmes français ; en Norvège, au treizième siècle, nous trouvons une colk'Ction de Sagas (a), dont la plus célèbre est la Kd^rlamagnus-Sagu, traduite elle-même en suédois et en danois ; l'Espagne s'en tint à des romances, dont les sujets sont souvent tirés de l'épopée française.

L'Italie est, de tous les pays voisins, celui où la matière de France trouva le plus de succès. Transportées dans cette société si ciu'ieuse et si vive, nos rliansons furent d'abord, dans la I.ombardie et la Vénétie, répandues en fran- (ttis italianisé. Puis, à la fm du quatorzième siècle, on compile sous le titre de Royaux dç France (Reali di Fttincia) nos légendes épiques; ce vaste ouvrage est suivi d'autres poèmes, VEntrée de Spagne, Aspreniont, Rinaldo, <uc. Guillaume d'Orange et Ogier le Danois deviennent l'objet de longues rédactions en prose et en vers. Ce succès ne faiblit pas. A la lin du quinzième siècle, Pulci et Bojardo ; au seizième, l'Arioste, et dans une certaine mesure le lasse, continuent à exploiter nos Gestes, chacun à sa façon. C'est encore en Italie que les Roland, les Olivier, les Ogjer, les Renaud, etc., sont le plus célèbres.

(a) Le inotSa^a (légende) s'applique dan» dans les littératiu'C!; Scandinaves, d'une part, à dos poèmes nationaux islandais, en prose ; d'autrS patt, à des iniitations ou adaptations de uoB épopées françaises et de romans bretons.

la mesure et de l'équilibre qui caractérise le véritable artiste (et c'est peut-être parce que la plupart de ces Chansons nous sont parvenues sous forme de remaniements maladroits), — la seconde, que leur langue, robuste et précise, déjà bien française par la clarté, n'a pas encore acquis la souplesse nécessaire à l'expression des sentiments intimes ou à la description variée du monde extérieur.

BIBLIOGRAPHIE

Pour toute la bibliographie du moyen âge, se reporter à la Littérature française au moyen âge, de Gaston Paris (Hachette, 2* éd., 1898). Ici, nous nous contenterons d'indiquer les ouvrages essentiels, plus spécialement destinés aux élèves et aux étudiants. Pour les dates, souvent discutées, et âtr lesquelles les critiques ne sont pas toujours d'accord, nous adoptons celles de Gaston Paris.

L. Gautier, les Épopées françaises, 2* éd. Paris, Palmé, 1878-94,

3 vol. in-8.

G. Paris, la Poésie au moyen âge, l'* série. Paris, Hachette, 1895,

1 vol. in-8.

G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne. Paris, 1865, 1 vol. in- 1(5. Karl Bartsch, Chrestomathie de l'ancien français (treizième et

quinzième siècles). 1 vol., Leipzig,. 1880, in-8. G. Paris, Chrestomathie du moyen âge. Paris, Hachette, 1898, 1 vol.

in-16.

G. Paris, Récits tirés des poètes et prosateurs du moyen âge. Paris,

Hachette, 1896, 1 vol. in-16.

L. Clédat, Chrestomathie du moyen âge. Paris, Garnier, I vol.

in-12.

Petit de Julleville, Histoire de la Littérature française, des origines à 1900. Paris, CoUn, 1895, in-4. (T. I, chap. 2*, l'Épopée Nationale, par L. Gautier).

J. Bédier, les Légendes épiques. Recherches sur la formation dos

chansons de geste. Paris, H. Champion, 4 vol., 1908-1913. Louis Roche. Les grands récits de VÉpopée française. Paris, Pion

Pour les textes, en dehors des morceaux cités dans différentes Chrestomathies :

La Chanson de Roland, éà.. L. Gautier, avec traduction en regard (Tours, Marne, 1875, in-12); — éd. Lehugeur (Parrs, Hachette, in-12), en vers français modernes ; — éd. Clédat, etc.

Les Chrestomathies renvoient aux éditions séparées ou collectives des autres Chansons de geste.

Page 1