LES ROMANS DE LA TABLE RONDE LES ROMANS D'AVENTURES
Le roman s'oppose à la chanson de geste, en ce qu'il est le récit d'une aventure plus ou moins fictive. — Nous entrons ici dans la littérature proprement dite, d'invention et d'imitation, qui peint l'amour courtois.
1" Les Romans de la Table ronde ont pour origine les traditions celtiques sur le roi Arthur et ses chevaliers. On y joint la légende du Graal, vase où Joseph d'Arimathie recueillit le sang du Christ. — Ces histoires bretonnes passent d'abord en France (douzième siècle) sous forme de lais, dont les plus célèbres sont ceux de Marie de France. — A part, il faut placer Tristan et Yseult. — Chrétien de Troyes (f 1195) a composé les plus célèbres romans d'aventures, entre autres le Chevalier au Lion, Lancelot et Perceval.
2" D'autres romans sont imités d'œuvres gréco-byzantines (les Sept .Sages), ou tirés de vieilles légendes françaises [Robert le Diable, Jean de Paris). On y rattache la chante-fable à!Aucassin et Nicolette.
3° Ces romans se répandent en Europe. Ils sont imités en Italie aux quinzième et seizième siècles, en Espagne, où ils forment la bibliothèque de Don Quichotte, et d'où ils nous reviennent dans une compilation d'Herberay des. Essarts, sous le titre d'Amadis (seizième siècle).
Le mot roman signifie à l'origine un récit, une narration, en vers, et en langue vulgaire ; c'est une œuvre d'imitation ou d'invention. Le roman s'oppose à la chanson de geste, en
ce que celle-ci <i toujours, ou prétend avoir, un fondement iiistorique.
Ici, nous entrons, à proprement parler, dans la iitliiralurr. 11 ne s'agit plus d'œuvres qui prennent racine dans le vieux fonds national et religieux, et qui rappellent au public ému le souvenir de réels exploits. Les romans bretons et les romans d'aventures ont été écrits par des lettrés, qui se sont inspirés de fables étrangères à notre pays.
C'était la première fois, et ce n'était pas la dernière, que notre littérature empruntait des intrigues, des types, et même un style, à une littérature voisine; et que, en démarquant ses imitations, elle les délocalisait , pour ainsi dire, et les généralisait au point de les rendre cosmopolites.
Dans ces romans règne l'amour courtois, par opposition aux sentiments féodaux des chansons de geste. Tandis que celles-ci chantent la guerre contre les infidèles ou les luttes entre grands vassaux, ceux-là narrent les aventures de chevaliers qui, tantôt pour obéir à la dame de leurs pensées^ tantôt pour accomplir un vœu, exécutent des prouesses aussi merveilleuses que vaines. Cette conception de î'amoUr, auquel tout doit céder, et qui est t plus fort que la mort », semble d'origine celtique, c'est-à-dire bretonne ou galloise. Mais elle se subtilisa ^ous Tinfluence des imitateurs d'Ovide, auteurs de différents Arts d'amour. André le Chapelain (xiii" siècle) a écrit en latin un De Arte honestc amandi, qui contient, selon G. Paris, « le code le plus complet de l'amour courtois tel qu'on le voit en action dans les romans de la Table ronde (1) ».