‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 213 sur 323 · TJTlKnA'ITHl'. l'IlAAr.AlSF · texte numérisé non relu

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son mérite, il lui restait héroïquement fidèle, et conservait un inaltérable stoïcisme aristocratique et ('hrétien. Ses lettres nous le révèlent aussi tendre et aussi enjoué que -ses écrits nous le font imaginer autoritaire et tranchant (1).

Joseph de Maistre nous a laissé : les Considérations sur la France (1796) (2), VEssa,i sur le principe générateur des constitutions politiques (1810-1814), Du Pape (1819) (3), l'Église gallicane (1821), les Soirées de Saint-Pétersbourg {IS21). Tous ces ouvrages pourraient porter le même sous-titre que le dernier : Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence. J. de Maistre, en effet, cherche à démontrer que rien n'arrive dans le monde que par la volonté de Dieu; que la Révolution française, par exemple, a un caractère fatal et divin; que la France doit, au sortir de l'anarchie, se donner un maitre absolu ; que le vrai chef qui lui convient c'est un roi chrétien. Son plaidoyer en faveur de la Providence est surtout développé avec une admirable vigueur dans les Soirées de Saint-Pétersbourg ; c'est là que J. de Maistre, reprenant le dogme du péché originel qui pèse sur toute la descendance du premier homme, explique par la nécessité de l'expiation les sanglants sacrifices de la guerre et la persistance de la peine de mort chez les nations civilisées. La guerre, il la juge divine; sans la volonté mystérieuse de la Providence, est-elle possible? « ... Entendez-vous la, te^Te qui crie et qui demande du sang? » Rien de plus célèbre que ces pages, d'une horreur sublime, sur la guerre (7'-' ent7^etien) (4) et sur le bourreau (1^'' entretien) {b) .

Parmi les paradoxes de J. de Maistre, il faut signaler encore dans V Église gallicane, sa diatribe contre les jansénistes et contre Bossuet; dans ses J.ettres à un gentilhomme russe. l'apologie de l'Inquisition ; et, parmi ses plus curieuses prédictions, celle de la Restauration, dans les Considérations (1796) (6).

Pour profondes et suggestives que soient les idées de J. de

(1) Morceaux choisis, 1'"^ cycle, p. /H9; 2« cycle, p. 1079.

(2) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 1072.

(3) Morceaux choisis, i»"" cycle, p. /ii6.

(4) Morceaux choisis, 2" cycle, p. 1076.

(5) Morceaux choisis, 2' cycle, p. 107'i. f6) Morceaux choisis, 2" cycle, p. 1072.

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Maistre, ces idées ne s'imposeraient pas sous son nom, sans le style dont il les a marquées. Ce Savoisien est un écrivain français de grande race, comparable dans ses meilleures pages à Pascal et à Bossuet. Comme les maîtres du dix-septième siècle, il s'attache à l'homme intérieur, aux idées générales, à la métaphysique. Il est préoccupé de serrer son raisonnement, de trouver l'expression j.uste, précise, vigoureuse. L'image, chez lui, est involontaire et souvent biblique, comme chez Bossuet, parce qu'il est comme lui « nourri de la moelle des lions ». Mais il s'occupe peu du monde extérieur; et la description d'une nuit sur la Neva, au début des Soirées, de Soint-Pétersbourg ^ est de son fi:'ère Xavier.

De Bonald (1754-1840) fut, sous l'Empire, conseiller de l'Université; sous la Restauration, député et pair de France. Ses principales œuvres sont : la Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile (1796) et la Législation primitive (1802). Bonald a mis en formules abstraites et « lapidaires » la théorie de la société divine, c'est à-dire organisée par Dieu lui-même et se développant, à la manière d'un être vivant, selon des lois immuables. Le chef de l'État, père de cette grande famille, n'est que le représentant de Dieu et l'interprète de sa volonté ; Y individu n'a aucun droit ; il doit rester à la place que le pouvoir lui assigne.

Ballanche (1776-1847), ami de Joubert et de Chateaubriand, fidèle habitué du salon de l'Abbaye-aux-Bois, chez M"^^ Récamier, se distingue par une conception à la fois très vague et très noble de hi philosophie sociale. Dans sa Palingénésie (1827), il prédit la rénovation prochaine de l'humanité. Il us(^ souvent de grandioses symboles, et son style a de singulières qualités d'harmonie et de poésie.

Lamennais (1782-1854). — Félicité-Robert de Lamennais est né àSaint-Malo, patrie de Chateaubriand. Orphelin de bonne heure, il fut élevé par un oncle au château de la Chesnaie, près de Dinan; là, comme l'auteur de Ilené à Combourg, il vécut en pleine nature. Enfant, il est déjà un révolté; il a l'imagination troublée par des lectures précoces; sa première communion est différée. Sous l'influence de son frère aîné.

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avant lui rntrr fïanH les ojtlros, i) se. lait piètru h lâgc do trente-quatre ans. — Il avait déjà publié, en 1808, des Réflexions sur l'état de VÉglise, où il discutait si vivement le Concordat que la police impériale supprima l'ouvrage. En 1817, il donna le premier volume de Vtssui sur l'indifférence en matière de religion, qui fit, en son genre, une sensation aussi profonde que le Génie du Christianisme. La sombre énergie avec laquelle Lamennais attaquait le déisme du dix-huitième siècle et le protestantisme, révélait en lui im de ces avocats passionnés et excessifs, qui sont parfois moins redoutables pour leurs adversaires que pour la cause qu'ils -défendent (1). On le vit mieux encore en 1831, quand il publia? le second volume de V Indifférence et la Défen&e des deux premiers volumes. Le clergé et Rome s'inquiétèrent. Mais en même temps, un certain. nombre de jeunes catholiques, épris de libéralisme et de poésie, se réunissaient à la Chesuaie, autour de Lamennais ; c'était Montalembert, Lacordaire, l'abbé Gerbet, Maurice de Guérin. — En 1830, Lamennais fonde le journal f Avenir, dont l'épigraphe était : Oieu et liberté. Ce journal, reçu avec une grande faveur par le parti catholique, (^st bientôt condamné à Rome. Lacordaire et Mon^^alembert se séparent alors de Lamennais; et celui-ci d'abord se soumet (1832) ; mais la publication des Poroles d'un n^oynhtil^^) amène sa rupture définitive avec l'Eglise. Dans les Affaires de dôme (1836), Lamennais présente sa défense. —- A dater do cette époque, il consacre toutes ses forces et tout son t&lent à soutenir ouvertement les doctrines politiques et religieuses qui l'ont fait condamner : dans le Livre du peuple (1837), VJ^squisse d'une philosophie (1841), etc. -r- Il est député à l'Assemblée nationale de 1848,

11 faut considérer en Lamennais d'abord le philosophe relir gieux, qui essaye de trouver une nouvelle démonstration évidente du christianisme et du catholicisme. Sans y insister, rappelons qu'il hSiSe la certitude sur le consentement universel du genre humain, et que, sur ce critérium, il établit la vérité de ridée religieuse, du christianisme et du catholicisme. Mais ce genre d'apologie le conduit à un autre principe, qui

(1) Morcemix^choish, 2^ cycle, p. 1085,

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va peu à peu se dégager de ses écrits, jusqu'à le rendre suspect à l'Église et hérétique, celui du socialisme chrétien, qui cesse d'être orthodoxe lorsqu'il rejette la tradition et l'autorité. Les théories de Lamennais gardent donc une partie de leur intérêt; ses Affaires de Rome, son Esquisse d'une philosophie, sa Correspondance touchent par bien des points à des questions toujours actuelles.

■ Mais Lamennais reste, d'autre part, un grand écrivain. Son style est à la fois oratoire et poétique. Il puise, lui aussi, à la source biblique ; et il est, après Bossuet, un de ceux qui ont le mieux senti et reconstitué l'incomparable poésie des livres saints. Dans les Paroles d'un croyant, il arrive à des effets extraordinaires de terreur, de mystère, d'émotion, de tendresse. Rappelons en particulier les chapitres : vu, sur la solidarité {Lorsqu'un arbre est seul, il e^t battu df-s vents...) (1); IX, sur la pauvreté ( Vous eYev dans ce monde comme des éfranf/ers...); xni, sur l'impiété {C'était da>'S une nuit sombre; un ciel sans astres pesait sur la terre, comme un couver clf de marbre noir sur un tombeau...):, xviii; sur la charité {Deux hommes étaient voisins...), où le ton de laparabole évangélique est retrouvé avec un singulier bonheur (2); xxiii (sortes de litanies de l'angoisse et de la misère, dont le refrain est : Nous crions vers vous, Seignevr.. ); xxv (C'était une nuit d'hiver. Le vent soufflait au dehors et hlanchis'<aif les toits. Sous un de ces toits, dans une chambre étroite, étaient assises, travaillant de leurs mains, une femme à cheveux blancs et une jeune fille...); XLi, l'Exilé {'S). Ce livre en prose est une suite d'images et de visions, de mouvements et de rythmes, qui donnent plus d'une fois la sensation de la plus belle et de la plus étrange poésie.

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