II. — Les IVédîcateurs
Sous l'Empire et sous la Restauration, les orateurs de la chaire sont nombreux. La prédication est, en effet, nous l'avons déjà fait observer, une des principales fonctions du
(1) Morceaux choiêU, l*' cycle, p. b^b.
(2) Morceaux choisis. 2^ cycle, p. 1088.
(3) Morceaux cliohis, 'i« cycle, !>. 1000.
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sacerdoce chrétien, et ne s'interrompt jamais. Les meilleurs sermonnaires sont souvent ceux qui n'ont laissé aucun discours écrit. Quelques-uns^ sans qu'il faille toujours leur supposer de la vanité, prennent place daiis l'histoire de la littérature française ; leur talent supérieur a été mis en lumière par les circonstances, par le lieu et par l'auditoire.
Tel fut, par exemple, l'abbé de Frayssinous (1765-1841), qui inaugura le genre des conférences, où devaient s'illustrer plus tard Lacordaire, Ravignan, et leurs successeurs. Ces conférences, il les prononça à l'église Saint-Sulpice, d'abord de 1803 à 1809, puis en 1814, et de 1816 à 1822. Elles eurent, auprès des contemporains, un très vif succès, par leur actualité (elles posaient les questions religieuses à peu près sur le terrain choisi par Chateaubriand), puis par leur élégance et leur clarté. Frayssinous en publia une partie en 1825, sous ce titre : Défense du christianisme. Elles nous paraissent aujourd'hui plutôt froides et affectées. De 1823 à 1828, Frayssinous fut grand-maître de l'Université.
Lacordaire (1802-1861). — Henri Lacordaire débuta comme avocat au barreau de Paris. Déiste à la manière de Rousseau plutôt que chrétien, il eut à l'âge de vingt-deux ans une crise religieuse, d'où il sortit, par raisonnement plus encore que par sentiment, tout à fait converti. Alors, il entra au séminaire Saint-Sulpice (1824). La hardiesse naïve de sa pensée étonna d'abord ses directeurs. En 1827, il fut ordonné prêtre; devint aumônier de la Visitation, puis du Collège Henri IV. Il se préparait, dit-on, à partir pour l'Amérique, lorsqu'il fut retenu par Lamennais qui fondait V Avenir. Pour ce journal, auquel il se donna avec passion, il rédigea un grand nombre d'articles ; mais aussitôt que Rome eut parlé, il se soumit, et se détacha du maître impérieux et séduisant qui l'avait toujours un peu effrayé.
11 avait débuté comme prédicateur à Saint-Roch, en 1833, sans faire sensation. L'année suivante, il obtint un très grand succès au Collège Stanislas : mais ce succès même le rendit suspect, et ses conférences furent suspendues. En 1835 et 1836, il prêcha le Carême à Notre-Dame. Puis il partit pour