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il est reçu à l'Académie française en 1844. — En 1^48, après la révolution de Février, il se rend à Liège, et fait à l'Université de cette ville un cours sur Chateaubriand (Chateaubriand et son groupe littéraire). Il travaille au Constitutionnel; puis, à partir de 1852, au Moniteur. On lui avait donné en isr)5 la chaire de poésie latine du Collège de France. Une Nive opposition, due à ses complaisances pour le nouveau pouvoir, lui rendit cet enseignement impossible ; démissionnaire, il fut alors nommé à l'iLCole normale supérieure, où il professa pendante quatre ans. Il quitta le Moniteur en 1861, ()Our continuer ses Lundis au Constitutionnel. En 1865, il •'•tait nommé sénateur. Il mourut en 1869.
L'œuvre et la méthode. — En dehors des trois recueils de \ ers et des romans, nous avons de Sainte-Beuve : 1^ des ou- \ rages d'histoire littéraire : Tableau de la poésie française au seizième siècle (1 vol., 1828), Histoire de Porl-Hoyal (5 vol., Is40-18(>0), Chateaubriand et son groupe littéraire (2 vol., I.S60); 2^ des articles publiés à la Revue de PariSy à la Hevue <tes Deux-Mondes, au National^ au Constitutionnel, au Moniirur,ii\\ Temps, et qui ont été rassemblés dans les recueils suivants : Portraits littéraires (3 vol., 1844), Portraits de femmes (1 vol., 1844), Portraits contemporains (1846), Causeries du Lundi (15 vol., 1851-I8()2), Nouveaux Lundis (13 vol., IS()3-1872), Premiers LMudis (3 vol., publication posthume, 1875) (1).^
Sainte-Keuve a dit lui-même qu'il voulait faire « l'histoire naturelle des esprits ». Il avait traversé tous les milieux, «'prouvé tous les sentiments, sympathisé avec toutes les • royances; il était l'esprit « le plus brisé et le plus rompu aux métamorphoses ». Revenu de tout, établi dans le scepticisme moral et le positivisme philosophique, il croit n'avoir d'autre passion que celle du vrai. Et, de fait, il a la passion de la recherche exacte; il n'épargne rien ni pour connaitre, ni pour comprendre ; il a des secrétaires qui vont consulter et copier des documents dans les bibliothèques ; il n'hésite pas à interroger lui-même les témoins ou les auteurs. Bio-
(1) Morceaux choisis, 1*"^ cycle, p. 503; 2« cycle, p. 1122.
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f-rapliic, milieu historique, idées ambiantes, philosophie, religion, influences sociales ou particulières, tous ces éléments, il les analyse, quand il essaye de définir et de classeur aussi bien Racine que M"*« de Staél, Diderot que Franklin. H' remplit, sous ce rapport, toute sa définition * Le critique est un homme qui sait lire, et qui apprend à lire aux autres. » Sainte-Beuve expliquant Port^Royal ou la Pléiade, Boileau ou La Rochefoucauld, est vraiment le plus intelligent des critiques ; il ne déplaît que par un excès de souplesse et de détachement, un air de « ne pas y tenir » qui dévoile, sous l'intelligence, l'absence de caractère et de grandeur morale.
Ce défaut s'aggrave quand il s'agit des contemporains. Si, dans les premiers articles qu'il a consacrés aux romantiques, il est élogieux jusqu'à la complaisance, à mesure qu'il se sent inférieur à eux comme poète et comme romancier, et qu'il gagne en indépendance et en impunité comme criiique, Sainte-Beuve devient à leur égard d'une clairvoyance plutôt malveillante. Son cours de Liô^e sur Chateaubriand, au lendemain de la mort d'un homme qu'il avait adulé, est un chefd'oeuvre de critique pénétrante, et une action discutable. Certains articles sur Lamartine, Vigny,, Balzac ont quelque (îhose de mesquin; Sainte-Beuve s'y attache à tous les détails (•a.l)ablcs de rabaisser ou de ridicuUiiér ces grands hommcN, vA. cela avec une affectation de sincérité scientifique, dont personne ne pouvait être dupe.
On apprendra donc de Sainte-Beuve à pénétreiiià fond an sujet, à disséquer une œuvre, à en expliquer et à en précise? les caractères essentiels ; on apprendra de lui, encore, à sentir vivoinent le beau et le vrai ; mais on n'aura jamais pour l'homme qu'une médiocre estime.
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