I/HISTOIRE AU MOYKN AGE. — LE SERMON
1373, la cure de Lestines, dans les environs de Mons, en Hainaut. A cette époque, il est également protégé par Robert de Namur, seigneur de Beaufort, marié à la sœur de la reine d'Angleterre. C'est alors que Froissart compose pour Wencealas le roman de Méliador. et pour Robert de Namur, le premier livre de ses Chronique.^, en 1378. — Après la mort de Wenceslas, en 1383, Froissart trouve un nouveau patron en Guy de Chatillon, comte de Blois, qui le nomme chanoine de Chimay, et l'attache à sa personne en qualité de chapelain. Le comte de Blois était un ami de la France; il balança dans l'esprit de Froissart l'influence anglaise de Robert de Namur. Froissart, en 1386, accompagne Guy dans ses voyages. En 1388, il part pour le Béarn ; il veut amasser de nouvelles informations, à la cour de Gaston Phébus, comte de Foix. Le voyage de Valenciennes à Orthez est long, mais Froissart en profite pour interroger toutes sortes de témoins : c'est là qu'il peut être comparé à une sorte de repœ-ler. Il rehcontre à Pamiers un chevalier de Gaston, messire Espan du Leu, qui lui sert de guide, et qui lui raconte d'admirables histoires. A Orthez, où Gaston tient sa cour, Froissart reste trois mois. Il part en février 1389, revient par Avignon, puis par l'Auvergne, où il assiste aux noces du duc de Berry et de Jeanne de Boulogne. En août, il est à Paris, pour l'entrée solennelle d'Isabeau de Bavière.
Retiré à Valenciennes, il achève son deuxième livre, commencé en 1388, rédige en 1390 le troisième, et commence le quatrième en 1392. En 1395, il retourne en Angleterre, offre à Richard II un exemplaire de ses œuvres poétiques, passe trois mois à la cour, et revient à Valenciennes pour y achever son quatrième livre. Il perd, en 1397, son protecteur le comte de Blois. — En quelle année mourut Froissart? On donne la date de 1410 ; mais dès 1404, on ne trouve plus de lui aucune mention.
Nous avons de nombreux manuscrits de Froissart. La première édition parut à la fin du quinzième-siècle, en 4 volumes in-folio. 11 faut citer ensuite l'édition de Buchon (1824), celle de M. Siméon Luce (1869-72), etc.
Les Chroniques de Froissart. — II est impossible de faire une analyse d'un ouvrage aussi touffu. Nous devons nous contenter
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d'indiquer, livre par livre, les passages les plus remarquables et les plus souvent cités.
Dans un prologue, Froissart fait l'éloge de prouesse^ et invite tous les jeunes chevaliers à lire son livre pour apprendre à deveniipileux {\).
Le premier livre comprend le récit des événements de 1325 à 1378. Pour toute une partie antérieure aux faits contemporains, Froissart s'est servi des Chroniques "de Jean Lebel. Mais il a remanié deux fois ce premier livre, dont la dernière rédaction, faite après 1400, est la plus impartiale.
A signaler dans ce livre : la campagne d'Edouard III contre les Écossais en 1327 (chapitres xxxiv-i,);— la bataille de Crécy, 1346 (ch. Lx) (2); le siège de Calais et le dévouement d'Eustache de Saint-Pierre, 1346-1347 (ch. lxvi)(3);— le combat des Trente, 1351 (ch. i.xxn);— la bataille de Poitiers, 1356 (ch. lxxvhi) (4); — l'histoire d'Etienne Marcel, et sa mort, 1358 (ch. lxxx); — la bataille de Cocherel, 13&1 (ch. i.xxxvni); — le saç de Limoges, 1369 (ch. cccxvi).
Le deuxième livre comprend les événements de 1378 à 1385. — A signaler : la célèbre histoire des routiers, et de leur chef Mérigot Marchès(ch. xi.vn) ; — cette histoire se continue au livre III (ch. xiv) ; — le récit de troubles de Flandre, 1382 (ch. i.n-Lni)j — la révolte de Wat Tyler en Angleterre, 1381 (ch. cvi-cxn).
Le troisième livre comprend les événements de 1385 à i;)88. — Les épisodes les plus remarquables sont le vo3'age de Froissart en Béarn et son séjour à la Cour d'Orthez (ch. n à xvni) ; — en particulier, la mort tragique du jeune lils de Gaston Phébus (ch. xm).
Le quatrième livre comprend les événements de 1388 à 1400. — A signaler : les exploits des chevaliers français aux joutes de Saint- Sugelleborth, près de Calais (ch. vi et xn); — la prise du château fort de Mont-Ventadour (ch. xi): la mort de Gaston de Foix (ch. xxm); -- le dernier voyage de Froissart en Angleterre (ch. xl), etc.
Valeur historique de Froissart. — Les chroniqueurs de métier, nombreux dans les siècles précédents, restaient au rang de simples compilateurs: On consulte leurs œuvres pour y trouver des renseignements; on ne les lit pas pour eux-mêmes. On y sent de l'exactitude, de l'application; on ne saurait y chercher le tableau pittoresque et vivant d'une époque. Froissart est le premier qui ait voulu « ressusciter » la chevalerie,
2) Morceaux clwi.sis, 2*' cycle, p. 107. (."i) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 110. {U) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 60.
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avec ses exploits, ses fêtes, et surtout sa proues.'^f. H n'est pas lui-môme clievalier; il est spectateur curieux et ébloui des tournois et des batailles. Spectateur, pas toujours : il n'a vu ni Crécy, ni Poitiers ; mais, sur chaque exploit, il a fait causer des écuyers et des hérauts, il a souvent reçu des plus grands seigneurs force détails précieux par leur minutie même. Et de certains événements, il a été réellement témoin oculaire : des troubles de Flandre, des fêtes de Riom, etc. Il a vécu à la cour d'Angleterre et à la cour d'Orthez. Il a connu Edouard III et Richard II ; le roi d'Ecosse Robert Bruce, le héros de l'insurrection écossaise ; Guillaume de Douglas ; le roi de Chypre, Pierre de Lusignan; et Gaston Phébus, comte âe Foix. Il a vu Chaucer en Angleterre, et Pétrarque en Italie. Il a eu pour guide en Grande-Bretagne, Edouard le Despenser, et en Béarn messire Espan du Leu. Il a voyagé avec les sires de la Trémouille et de Couci, et avec bien d'autres. Rappelons que ses protecteurs furent tous très grands et puissants seigneurs, mêlés aux faits les plus importants d'une période aussi brillante qu'agitée, et qu'il en a reçu successivement des impressions contradictoires, favorables tantôt aux Anglais et tantôt aux Français. Notons, enfin, que Froissart n'appartient par sa naissance et par sa situation ni à UQ camp ni à un autre.
Ses qualités et ses défauts viennent des conditions mêmes dans lesquelles il a rédigé ses Chroniques. Ne lui demandons pas autre chose que des narrations, plus ou moins bien liées, d'une exactitude tout extérieure. « Il a merveilleusement peint son époque, dit M. Jeanroy, et il l'a peu comprise; il n'a pas réfléchi sur ces événements, dont le récit lui plaisait tant, plus que ceux mêmes qui les lui rapportaient, et qui y avaient été trop intimement mêlés pour en saisir la portée ; tout ce qui n'est point éclat, lumière, lui échappe. Le bruit de l'histoire lui en a caché le sens(l). » M. Jeanroy signale aussi sa crédulité, son insensibilité, son indifférence. « Sa véritable patrie, dit-il, c'est le monde chevaleresque. Ses sympathies vont non pas à un pays, mais à une classe déterminée : il met d'une part les chevaliers, ou en général les
(1) Extraits des chroiiiqucurs français (Hachelte), p. 186.
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gens de guerre, de l'autre les bourgeois et les vilfiins, (Je quelque n.ationiilité qu'ils soient; il a pour les uns une estime, à l'égard dps autres uï\e défiance ^gî^lenient iustinctive(l). » Bref, s'il nous dqjine un tableau très anipié et très amusant d'une société qui ya bientôt se transformer et disparaître, il ne s'élève jainais, en un sujet pourtant sj grave et si fécond en grandes leçons, ju^qy'à J^ philosQpbiede l'histoire.
Valeur littéraire de Proissart. — Mais il sait voir, et il fait voir. C'est un grand artiste. Si nous ne connaissons guère, par ses Chroniques, les sentiments du quatorzième siècle, du moins la physionomie des personnages, leurs gestes et leurs paroles, leurs costumes, leurs châteaux, tout revit sous nos yeux. Et dans cette abondance de détails, point de confusion; chaque trait, ch^iqu© touche, chaque nuance est à saplaee. Jamais palette ne fut plus riche, ni main A' enlumineur plus sûre.
Ajoutons : jamais tons ne furent mieux appropriés aux tableaux divers. Tantôt c'est une bataille spendide ^t meuPr trière, Crécy, Poitiers, Çocherel, où nous voyons évoluer les masses de chevaliers et de gendarmes dans un décor exact, en une ordonnance savante et claire : l'impression est fopir midable comme celle de la réalité. Tantôt ce sont des fêtôg et des tournois : bannières, écus, tentures, costumes, or, acier, autant de taches lumineuses cjui font vibrer notre vue. Tantôt, le long de la route, sur sa haquenée, chevauche le chroniqueur, suivi de ses valets ; à ses côtés, messife Espan, qui lui montre, soit à dextre, soit à senestre, un château, une forêt, un vallon ; et les anecdotes font surgir sur le décor du paysage les silhouettes de chevaliers, de routiers et de vilains. Ou bien, c'est une légende, celle des femmes-fées de Céphalonie, « digne, dit M""* Darmsteter, d'être enchâssée dans une comédie de Shakespeare (3) ». Et M. Ch.rV. Langlois dit 4e son côté (3) : « Ses portraits en pied de Gaston Phébus et de Thomas de Glocester, ses paysages d'Ecosse et du Midi placent Froissart, parmi les peintres, à côté de Saint-Simon (4). »
(1) HxtrqUs des çlironigueurs français (Hachette) j p. 1^9.
(2) Proissart, par Mary Darmstetkr (Hachette), p. 171. {i) Hist. de la iitt. fr. (JuUeville, Colin), t. H, p. 322.
{U) L'Histoire entre Ffoissart et Çommines. — Citons : le Livre fies
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