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LE SERMON AU MOYEN AGE

On pourrait s'étonner que nous possédions si peu de textes, en un genre que le moyen âge a cultivé plus que tout autre genre. C'est que la plupart de ces textes nous sont parvenus en latin, soit que les prédicateurs se soient eux-mêmes servis du latin, soit que leurs sermons, prêches en français, aient été préparés, écrits et conservés en latin. On a même des sermons rédigés mi-partie en latin, mi-partie en français ; c'est le style macaronique. — Il y a là un problème critique, très difficile à résoudre, pour ne pas dire insoluble. Contentonsnous de citer les principaux prédicateurs, dont les sermons français nous sont parvenus.

Saint Bernard (1091-1153). — Sous le nom de saint Bernard, nous avons quatre-vingt-quatre sermons en français, traduits, au commencement du treizième siècle, sur le texte latin. Saint Bernard fut un admirable orateur, parfois trop subtil et trop scolastique pour notre goût; mais plein d'onction et de véhémence, de force et de tendresse. 11 évoque souvent la comparaison avec Bossuet (4).

(1) .Tea\roy, Extraits des chroniqueurs français (Hachette), p. 35/i.

(2) Morceaux choisis, l""" cycle, p. 6.^.

(3) Jeanroy, Extraits des chroniqueurs français (Hachette), p. 356.

{U) Lire un sermon français de saint Bernard dans le Choix... d'AUBERTiN (Belin), p. 2^|9; un autre dans la Chrestomathie, de M. L. Ci.édat, p. 395.

Maurice de Sully (?-l 190). — Évèqiie de Paris, Maurice de Sully eut une prrande renommée de prédicateur. Il a laissé un recueil do srs sermons français, préparé par lui-même pour ses prêtres, et dont on a retrouvé plus de vingt manuscrits. Ces sermons furent imprimés en 1484 et en 1511. — Maurice de Sully a une éloquence aisée, agréable, touchante. Il abonde en anecdotes et en exemples. On peut en juger par le charmant sermon du troisième diitianche après Pâques, où Maurice de Sully raconte la légende de ce moine qui écoute chanter un oiseau (1).

Jacques de Vitry (?-1240). — Auteur de plusieurs ouvrages historiques et mystiques, Jacques de Vitry a réuni de nombreux sermons à l'usage des prédicateurs, comme une sorte de manuel. Ce recueil est surtout curieux par les exemples qu'il renferme : anecdotes, légendes, contes orientaux ou populaires, etc. Nous avons déjà dit quels services ces exemples (dont il existe encore d'autres recueils au moyen âge) peuvent rendre aux folk-loristes.

Gerson (I363-I429). — Nous franchissons une longue période, très féconde cependant en prédicateurs célèbres^ appartenant soit au. clergé séculier, soit aux ordres des Frères mineurs et des Frères prêcheurs : au treizième siècle, on peut citer les noms de près de trois cents prédicateurs. — Au quatorzième siècle, Jean Charlier, né à Gerson, chancelier de l'Université, prêche devant la cour de 1389 à 1397, dans l'église Saint- Paul. Il devient quelques années plus tard curé de la paroisse Saint-Jean-de-Grèvej et, pendant une période de quinze ans, il fait surtout de la prédication populaire. Nous povssédons une soixantaine de sermons français de Gerson; on y trouve un grand abus de l'allégorie ou de la scolastique, mais aussi de l'onction, du patliétique, une dignité soutenue qui n'exclut pas la véhémente familiarité, mais qui ne descend jamaivS jusqu'au trivial (2).

Menot (1440-1518), cordelier, eut une grande réputation. Si

(1) Texte cité par AuBertiiv, p. 256; par M. Clédat, p. .392.

(2) Deux fraj^ments de Gerson sont cités par Aibertin, p. 308; M. Clédat cite sd PlUinte de l'Université, à la fois si ihçénieuse iel si éloquente, p. htii.

l'histoire au moyen AGE. — LE SERMON 167

nous ayons vraiment le texte de ses sermons (dont les plus célèbres sont ceux sur sainte Madeleine et sur l'Enfant prod%gue)y Menot mêlait de la façon la plus burlesque le français et le latin ; ce qui ne Tempêche pas d'avoir, dans sa trivialité, d'admirables mouvements d'éloquence.

Olivier Maillard (?-1502) fut vicaire général des Cordeliers de France, confesseur de Charles VIII, et prêcha de 1460 à 1502, de tous côtés. Les nombreux sermons de Maillard ont été publiés en latin : nous n'en possédons que trois en français : la Confession, la Passion et le Sermon de Bruges (nommé vulgairement sermon tousseux, parce que, dit-on, l'auteur y a marqué par des hem! hem! les endroits où il s'arrêterait pour tousser?). Ces trois sermons donnent l'idée de la verve puissante et originale de Maillard, qui prend vivement à partie les auditeurs, et les traite, quel que soit leur rang, avec une rudesse vraiment surprenante. Dans sa Passion, prêchée à Laval en 1490, on admire une peinture réaliste et pathétique de la mort du Christ, qui est bien d'un contemporain de Villon (1).

BIBLIOGRAPHIE

Sur V historiographie aie moyen âge, consulter Ch.-V. Langlois, Histoire de la Littérature française (Julleville, Colin), t. II, chap. vi.

Extraits des chroniqueurs français, éditions Paris-Jeanroy (Hachette), Petit de Juli.evim.e (Colin), Aubertin (Belin). — Chacun de ces volumes contient d'excellentes notices sur Villehardouin, Joinville, Froissart, Commines.

E. Faguet, Seizième siècle, premier chapitre : Commines, 1891.

Sur les Sermonîiaires : Lecoy de la Marche, la Chaire française au moyen âge (2' édit., 1886). — Abbé Bourgoin, la chaire française au douzième siècle (Paris, 1879). — Abbé Samouhj.an, Étude sur la chaire et la Société française au seizième siècle, Olivier Maillard (Paris, 1891).

(1) Lire des fragments du Sermon de Bruges et de la Passion de O. Maillard, dans Aubertin, p. 317.

Frise décorative par EiiENi^E Delaulne (1518? - 1585?)

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