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III. — Les Disciples de Ronsard

Joachim du Bellay (152r)-l.%0). — Né à Lire, près d'Angers, il appartient à l'illustre famille qui a donné, en ce même seizième siècle : Guillaume du Bellay, seigneur de Langey,

ambassadeur de François I<^'' en Italie, en Allemagne et en Angleterre, auteur des Mémoires publiés en 1569 ; Martin du Hellay, son frère, également auteur de Mémoires ; et le cardinal Jean du Bellay, ambassadeur, humaniste distingué, et l'un des patrons du Collège de France. Il est donc, comme Ronsard, bon gentilhomme, et, comme lui, destiné d'abord aux armes ou à la diplomatie. II étudiait le droit à Poitiers quand, en 1548, il ^\ la rencontre de Ronsard ; sa vocation poétique se détermina ce jour-là. Atteint de surdité, lui aussi, et maladif, il se porta avec ardeur vers l'étude des anciens et surtout des Italiens. C'est lui qui publia en 1549 le manifeste de la nouvelle école, la Défense et Illustration (le la langue française; et, avant Ronsard, qui lui en voulut, il donna son premier recueil de vers, l'Olive (1550). J. du Bellay n'avait cependant pas renoncé à la carrière diplomatique, et, en 1551, il accompagne à Rome, comme secrétaire, son oncle le cardinal. Là, humilié d'une situation subalterne, il compose ses Regrets, puis ses Antiquités de Rome et ses Jeux rustiques; il ne fait paraître ces ouvrages qu'à son retour en France, 1558. Devenu entièrement sourd et de plus en plus malade, il meurt subitement, à l'âge de trentecinq ans.

Outre sa Défense, en prose, Joachim du Bellay a publié : — l'Oline, recueil de sonnets dédiés à M^'^ de Viole (dont Olive est l'anagramme) ; c'est du pétrarquisme, souvent très afPecté, souvent aussi agréable et élevé (1); — les Regrets, autre recueil de sonnets écrits à Rome, et dans lesquels dominent la mélancolie, l'ironie et la satire; le poète est partagé entre la nostalgie du pays natal, et les colères que soulèvent, en son cœur généreux, les allures et les mœurs de la cour romaine (2); — les Antiquités de Rome, autre recueil de sonnets, où Ton retrouve les sentiments précédents, mais aussi une gravité, une élévation de ton, qui rapprochent du Bellay de nos grands romantiques (3). Du Bellay a encore écrit Divers jeux rustiques, ensemble de petites

(1) Morceaux choisis, 1*' cycle, p. 81.

(2) Morceaux choisis, l*"" cycle, pp. 82, 83: — 2'' cycle, pp. 160, 161

(3) Morceaux choisis, !«■■ cycle, p. 82; — 2« cycle, p. 158.

pièces souvent agréables par leur simplicité, sjouvent mignardes et précieuses il). 11 a enfin laissé une des plus belles satires, dans la forme même de Mathurin Régnier et de Boileau, le Poète courtisan (2).

J. du Bellay n'a ni la variété, ni la puissance de Ronsard. Mais il paraît souvent plus sincère dans l'expression de ses sentiments, il est moins pédantesque dans son imitation des anciens, et sa langue est moins inégale. Il est bien, celui-là, Tancêtre des romantiques, par son pessimisme, sa mélancolie, et sa poésie toute personnelle. "

Rémi Belleau (1528-1577) était né à Nogent-le-Rotrou. Il fut précepteur et gouverneur du fils du marquis d'Ëlbeuf, et suivit cette famille en Italie.

Rentré en France, en 1557, il publie d'abord un recueil intitulé : Petites Inventions, poèmes très courts où il décrit avec précision différents objets, animaux, fruits, etc. Il donne ensuite une traduction d'Anacréon (3); puis, la première partie de sa Bergerie, qu'il devait continuer en 1572, et qu'il imitq de l'Italien Sannazar, auteur de VArcadie. Le cadre de ces Bergeries est un dialogue en prose entre des bergers de convention; de nombreuses pièces de vers y sont insérées, et témoignent d'un vif et pénétrant amour de la nature. On a cité partout les petites pièces de Mai et d'Avril (4).

On connaît moins l'autre ouvrage de Rémi Belleau, Amours et nouveaux eschanges des pierres précieuses , vertus et propriétés d'icelles (1576). Belleau a puisé dans l'Anthologie grecque et dans les Lapidaires au moyen âge. La forme en est ingénieuse, variée, parfois brillante (5). Par quelquesunes de ces pièces, R. Belleau pourrait être comparé à Théophile Gautier, auteur d'Émaux et Camées.

Nous retrouverons Rémi Belleau au chapitre du Théâtre, avec sa comédie, la Reconnue.

Antoine de Baïf (1532-1590) appartient, lui aussi, à l'une

(d) Morceaux choisis, 1*' cycle, p. 80.

(2) Morceaux choisis, 2" cycle, p. 161.

(3) Anacréon venait d'être publié en France pur R. Et.tienue (1554).

(5) Morceaux choisis, 2» cycle, p. 16y.

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des plus illustres familles du seizième siècle. Nous avons vu dans la biographie de Ronsard, avec quel acharnement il travailla au collège de Coqueret ; aussi devint-il, avant tout, un érudit, et abusa-t-il, plus encore que Ronsard, de sa connaissance des anciens.

Il a beaucoup écrit, et aucune de ses œuvres n'est de premier ordre. Il a donné les AmovTS (1552 et 1558); les Météores, où il s'inspire parfois heureusement des Géorgiques de Virgile (1567); le Passe-Temps (1573), qui contient quelques petites pièces gracieuses ; les Mimes, enseignements et proverbes (1581), son meilleur ouvrage (1).

Baïf avait voulu introduire dans la versification française une métrique nouvelle, analogue à celle des anciens; au lieu d'établir le rythme d'après le nombre de syllabes, on l'aurait fondé sur la disposition des brèves et des longues. — Il avait également inventé une orthographe phonétique. — Mais il ne faut pas lui attribuer, d'après une épigramme mal comprise de J. du Bellay, l'introduction dans notre langue de comparatifs en ieur et de superlatifs en ime-, cette innovation était due à Pelletier dans son Art poétique (1555) (2).

Nous retrouverons A. de Baïf, avec son oncle Lazare de Baïf, au chapitre^du Théâtre. — Nous y renvoyons également JodHle, qui fait partie de la Pléiade.

Pontus de Thyard (1511-1603) avait publié ses Erreurs amoureuses avant le manifeste de la Pléiade, à laquelle il se rallia. Son inspiration et son style lui viennent de l'école lyonnaise.

Nous aurons passé en revue tous les membres de la Pléiade, quand nous aurons rappelé Jean Daurat, le maître de Ronsard, de du Bellay, de Baïf et de Jodelle. Daurat n'a fait que des vers latins et grecs ; mais, s'il n'est pas lui-même un écrivain français, on peut dire que sans lui, peut-être, Ronsard et quelques-uns de ses plus illustres disciples n'eussent point connu les sources où ils ont puisé.

(1) Morceaux choisis, 2« cyclo. pp. 169, 170.

(2) Voir sur cette question, le Seidrmc sirclc, de Darmstftfr et HatZFEI.d, pp. 115 et 229.

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