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III. — Adversaires de Malherbe

Nous n'avons point à nous arrêter aux autres disciples de Malherbe. Mais il nous faut considérer le parti adverse, celui des disciples de Ronsard, qui n'avait point désarmé, et qui, aux yeux mêmes du public, était le plus nombreux et le plus puissant. « La littérature de 1600 à 1630, dit M. Faguet, fut une littérature romantique, et particulièrement la poésie fut une poésie romantique, où dominaient l'imagination, le caprice et la fantaisie, parfois désordonnée. Au milieu d'elle, Malherbe est un isolé, à peine suivi d'un ou deux disciples, eux-mêmes assez indépendants, et chose curieuse, qui se produit quelquefois en littérature, il a formé une école, et très grande, mais quarante années environ après sa mort (3). »

Ce groupe de ronsardisants se compose essentiellement des poètes suivants : Vauquelin de la Fresnaye, Desportes, Bertaut, d'Aubigné (déjà étudié, mort seulement en 1630),

(1) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 290.

(2) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 294.

(3) ÉM. Faguet, Hist. de la litt. fr. (Pion), II, 2.

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Mathurin Régnier, Théophile de Viau, Saint-Amant, Cyrano de Bergerac. Il faudrait y rattacher Scarron ; mais nous le retrouverons en étudiant la comédie et le roman.

Vauquelln de la Fresnaye (1535-1607) apparaît, à la fin du seizième siècle, comme une première ébauche de Racan, cl la fols par son caractère, sa vie campagnarde, et le sujet de ses Foresteries et de ses IdiUies. Son ouvrage le plus connu est un Art poétique (1605) dans lequel, tout en exposant des principes inspirés de Ronsard, Vauquelin annonce une poésie plus naturelle et plus sage.

Desportes (ir)46-1606) fut comblé de biens et d'honneurspar Henri III et par Henri IV. Très bien rente, il était fort généreux à l'égard des gens de lettres qu'il recevait et hébergeait dans sa maison de campagne de Vanvcs. Il était l'oncle de Mathurin Régnier. Desportes est le vrai précurseur de Malherbe, qui pourtant ne l'estimait guère. Il se distingue par une certaine netteté de pensée, de style et de versification, surtout dans ses Psaumes (1603); et, grand admirateur de Ronsard, il se rattacherait plutôt à ce qu'il y a de meilleur chez Marot. Sa langue est pure; et s'il imite l'esprit italien, il écrit toujours en français (1).

Bertaut (1552-1611) fut premier aumônier de Marie de Médicis, et évêque de Séez. f[ a composé des Cantiques, des Élégies f des Épitres. Il a plus de délicatesse et de sentiment que Desportes et quelques-unes de ses pièces ont une profondeur mélancolique assez rare à cette époque. On citera toujours de lui quelques belles strophes (2).

Mathurin Régnier (li373-1613). — Neveu de Desportes, Régnier fut dès son enfance destiné h l'Église ; on espérait faire passer sur sa tête une des riches abbayes de son oncle. En 1587, il fut attaché à la personne du cardinal de Joyeuse, qu'il accompagna dans ses fréquents voyages à Rome. Mais il ne sut pas, on ignore pour quelle raison, plaire à son puissant maître, et il revint à Paris où il semble avoir mené une 'vie assez vagabonde. A la mort de son oncle, il n'hérita d'aucun de ses bénéfices; il finit seulement, grâce au

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