‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 98 sur 323 · VI. — Viiiigelus (Io85-i · texte numérisé non relu

VI. — Viiiigelus (Io85-i

Cette revue de ceux qui ont travaillé à la fixation de notre prose serait incomplète, si nous ne nommions Vaugelas, qui, membre de l'Académie dès sa fondation, s'occupa avec le plus grand zèle du Dictionnaire. Il publia, en 1647, ses Remarques sur la langue française^ qui peuvent servir de complément au Dictionnaire, et dans lesquelles il se fonde, pour autoriser ou pour rejeter une expression, sur le bon usage de la cour et du monde, corroboré par celui des grands écrivains.

BIBLIOGRAPHIE

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V. Cousin, la Société au dix-septième siècle, t vol. (Didier, 1805). L. LiVET, Précieux et Précieuses (Paris, 1896). G. Larroumet, les Précieuses ridicules (Garnier), Introduction. Sur Bai^ac et Voiture : Lettres choisies du dix-septième siècle, par

G. Lanson (Hachette).

Vauoelas, Remarques sur la langue française, avec le commentaire

de T. Corneille, édition Chassang (Garnier), 'Z vol.

(1) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 3/4O.

GHAPITHK IV

SOMMAIRE

1" Avant Corneille, les genres dramatiques sont : la pastorale, la tragi-comédie, la comédie, la tragédie; et tous ces genres jouissent d une grande liberté. — Hardy est, de 1600 à 1630, le fournisseur du théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Il compose une grande quantité de pièces, et en fait imprimer quarante. — Théophile de tiau donne, en 1617, Pyrame et Tliisbé. — Maillet fait jouer, en 1634, Sophonisbe, la première en date des tragédies régulières.

2° Corneille (1606-1684) débute par une comédie (Mélite, 1629), triomphe avec^e Cid (1636) et compose des tragédies et des comédies jusqu'en 1652. Retiré du théâtre pendant sept ans, il y revient en 1659 avec Œdipe et continue à écrire jusqu'en 1674. Il meurt, pauvre, en 1684. — Histoire de son théâtre. — Corneille se plie difficilement aux règles d'Aristote; il choisit ses sujets dans l'histoire, surtout dans celle des Romains; il aime à compliquer l'action, pour augmenter le mérite de ses héros, en qui il incarne la volonté ; il peint l'amour comme une passion généreuse, fondée sur Vestime-, son théâtre est « une école de grandeur d'âme » ; son style est oratoire et grave; c'est notre plus grand écrivain en vers.

3" Contemporains de Corneille : Rotrou auteur de Saint-Genest (1646) et de Venceslas (1647); Du Ryer ; Tristan L'Hekmite; Thomas Corneille, frère de Pierre, auteur de Timocrate (1656), Ariane (1672), le Comte d'Essex (1678), dramaturge très habile et très applaudi-

Avant Corneille (1 «00-1 680).

Des genres. — Au début du dix-septième siècle, plusieurs genres semblent se disputer la faveur du public. Sans parler ici de la comédie ni de la farce, le théâtre sérieux est représenté par la tragédie^ la tragi-comédie et la pastorale. — La

tragédie, après A. de Montchrestien, n'est pas encore régulièrement constituée dans la forme que suivront Corneille, Rotrou, Racine, etc.; elle ne le sera qu'avec la Sophoriisbe de Mairet (1634) (1). C'est qu'il faut attendre que le public soit apte à en apprécier la beauté plutôt sévère, qu'il s'intéresse à la morale et à la psychologie^ et qu'il perde son engouement pour l'extraordinaire ou la fadeur. Et précisément les deux autres genres répondaient mieux à ses goûts : la tragi-comédie ^ avec ses aventures de cape et d'épée, ses extravagances, la liberté de sa mise en scène, son dénouement heureux, était une sorte de mélodrame aristocratique; et la pastorale, venue d'Italie {YAminta du Tasse est de 1571), unissait au romanesque de Taction celui des sentiments. Nous allons retrouver chacun de ces genres avec les principaux auteurs, joués à l'Hôtel de Bourgogne et au Marais.

C'est, en effet, dans les premières années du dix-septième siècle que s'établissent à Paris des troupes régulières. Aux conf^rèries, aux associations temporaires, se substituent des comédiens de profession. Déjà en 1599, le directeur d'une troupe ambulante de comédiens, Valleran Lecomte, avait loué anx Confrères de la Passion leur salle de l'Hôtel de Bourgogne : mais il fit encore plusieurs tournéeg, pour porter son répertoire dans les villes de province; et c'est en 1628 seulement que l'Hôtel de Bourgogne devint un théâtre permanent, analogue à ceux que nous voyons fonctionner aujourd'hui. Quelques acteurs détachés de cette première troupe s'établirent rue de la Poterie, et fondèrent le théâtre du Marais, célèbre par la représentation des chefs-d'œuvre de Corneille. A la troupe ambulante, puis permanente, de Valleran Lecomte, était attaché un jeune poète, Alexandre Hardy.

Hardy (1569-1630) n'est guère connu qu'à titre de fournisseur appointé de THôtel de Bourgogne. 11 dut gagner péniblement sa vie, à en juger par l'activité fiévreuse avec

(i) On date habitueUement Sophonisbe de 1629, M. E. Ri^at adopte la date de 1634 (cf. Hist. de la Htt. fr., JCLtKVii.i.K, Coiin, t. IV, p. 2.M, note, et p. 252). — Sur les origines de la tragédie, et sur ses premiers tliéoriciens, voir pi us haut, p. 269.

laquelle il produisit, en l'espace de trente ans environ, un nombre considérable de pièces : on croit qu'il en a composé au moins de sept à huit cents; il n'en fit imprimer qu'une quarantaine (6 vol., 1623 à 1628), pastorales, tragi-comédies^ tragédies {Didon se sacrifiant, la Mort d'Achille, Coriolan, la Mort d'Alexandre, etc.).

Les tragédies de Hardy se jouaient dans un décor simultané, représentant, comme l'ancien théâtre des mystères, plusieurs lieux. L'action se déplace avec les personnages ; elle se transporte d'un pays à un autre, et la durée n'en est pas astreinte à la règle des vingt-quatre heures. Mais Hardy a déjà ie sens de la crise classique. « Voulant écrire un Coriolan, il n'a pas commencé par le siège de Corioles, comme Shakespeare, mais par la disgrâce du héros romain ; et dès lors une seule question se pose : est-ce Rome ou Coriolan qui sera victime de cet acte d'ingratitude? Voulant écrire une Didon, il n'a pas commencé par le débarquement des Troyens en Afrique, comme l'Anglais Marlowe ou l'Italien Giraldi, mais par le désir d'Énée de quitter Carthage et de suivre ses destins; -et dès lors une seule question se pose : Didon pourra-telle ou ne pourra-t-elle pas retenir Énée? Sera-t-elle heureuse ou se donnera-t-elle la mort (1)? »

De plus, Hardy sait déjà, en vrai dramaturge, faire sortir l'intérêt et l'unité des sentiments de ses personnages, doser et enchaîner les scènes. Bref, il pratique un genre de tragédie plus large que le genre classique, et il ne lui a manqué que du génie pour en consacrer la forme.

Hardy a composé un très grand nombre de tragi-comédies, genre alors essentiellement libre pour le choix du sujet, l'étendue de l'action, le nombre des personnages, la multiplicité des décors juxtaposés. Quelques-unes de ces pièces étaient en plusieurs journées : Y Histoire éthiopique en avait huit, de cinq actes chacune (2). La tragi-comédie est plutôt la fusion de plusieurs genres qu'un genre à part. Il devait en sortir la comédie héroïque, dans le style du Don Sanche de Corneille,

(1) E. RiGAL, Hist. de la litl. fr., Julleville, Colin, IV, p. 206.

(2) Cf. RiGAL, loc. cit., p. 212. Lire l'analyse de Gésippe et Elmire et de Frégonde.

LITTKHATURE FRANÇAISE

et du Don Garde de Navarre de Molière. — Hardy a encore « mis au point » un troisième genre, la pastorale, pièce dont les personnages sont des bergers et des bergères d'Arcadie. L'influence de VAstréf, le célèbre roman d'Honoré d'Urfé (1610- 1019), vient se mêler à celle de l'Italie. C'est sous ce double courant que Racan écrit dans la forme dramatique ses Ber-

REPRÉSEMATION de la « MIRAME » DU CARDINAL DE RICHELIEU DONNÉE AU THÉÂTRE DU PaLAIS-BOURBON.

D'après une estampe d'Elienue de la Belle.

geries (1). D'Urfé lui-même compose, en 1625, une Sylvanire (qu'il ne faut pas confondre avec celle de Mairet); et Gombauld donne, en 1628, une Amaranthe.

Théophile de Viau (1590-1626), célèbre aussi comme poète lyrique (2;, a laissé, avec des Bergeries (pastorale jouée en 1619), une tragédie de Pyrnme et Thishê (1617). On en cite

(1) rx

(2) rf.

LA FORMATION DK LA TRAGÉDIE CLASSIQL'K 347

volontiers deux vers ridicules sur le poignard qui rougit pour s'être lâchement souillé du sang de son maître. La pièce vaut mieux que sa réputation. Selon M. Rigal, le mérite de Théophile consiste à avoir fait rentrer dans la tragédie la poésie que Hardy, en homme de théâtre, en avait trop sévèrement bannie. 11 y a, chez Théophile, du lyrisme et un lyrisme ^re- ■cieux^ d'une tendresse souvent délicate.

Mairet (1604-1686). — Les unités classiques. — Les deux "plus célèbres pièces de cet ennemi de Corneille sont : une pastorale, Sylvanire (1631), dont Id, préface est importante pour la question des unités, et une tragédie, Sophonisbe (1634). Dans Sophonisbe, Mairet s'efforce d'appliquer les règles qu'il avait formulées dans la préface de Sylvanire.

Un certain F. Ogier avait écrit en 1628 une préface pour Tyr et Sidon, tragédie en deux journées de Jean de Schelandre; il y soutenait, par des arguments fort intéressants, la liberté de temps. Mairet répond à F. Ogier; il demande l'unité d'action et Vunité de temps : tout doit se passer en vingt-quatre heures; et la principale raison qu'il en donne, c'est la vraisemblance., comme l'avait déjà dit Scaligerau seizième siècle. L'unité de temps, surtout si on la fonde sur la vraisemblance, devait entraîner Vunité de lieu, et par suite modifier profondément le système de « mise en scène » conservé à l'Hôtel de Bourgogne. — Ces trois unités sont observées strictement pour la première fois dans la Sophonisbe de Mairet. Si l'on joint à ce caractère le fond historique de la pièce, la noblesse du ton, les analyses psychologiques qui expliquent les actes des personnages, on comprendra que Mairet soit, en 1634, le véritable précurseur de Corneille : à ce titre son nom ne peut périr (1). Il est fâcheux, sans doute, que Mairet se soit mêlé à la querelle du Cid, d'une façon assez déplaisante; mais que Ton juge de son dépit, devant le succès éclatant d'un rival! Aussi, après 1636, abandonne-t-il la tragédie pour la tragicomédie.

C'est maintenant de Corneille qu'il faut nous occuper ; nous reviendrons ensuite sur ses contemporains.

(1) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 342.

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