CALVIN FONDE L'ÉQLISE ET LE GOUVERNEMENT DE GENÈVE
Calvin naquit à Noyon, en 1509 ; son père le fit élever avec soin. Il termina ses premières études à Paris, sous Mathurin Cordier, habile et savant professeur. Dès l'âge de dix-neuf ans, et à peine tonsuré, on le pourvut d'une cure. Il en voulut depuis à l'Eglise romaine d'un abus dont il avait profité, et quand il revint à Noyon pour prêcher, il avait déjà le doute dans le cœur.
Le 'célèbre jurisconsulte André Alciat lui ensei-
gna le droit à l'université de Bourges, et n'eut jms d'élève plus ardent et plus capable. A Orléans , il apprit le grec sous le luthérien Wolmar, lequel remarqua chez lui une disposition qu'il appela d'un mot grec qui signifie , ou à peu près , un esprit retors K L'entendait-il d'uiïe qualité ou d'un défaut? Les éloges que firent tous les maîtres du jeune Calvin de son assiduité au travail, de sa docilité, permettent de croire que AYolmar attachait à son mot plus de louange que de critique. Il décida sou élève à se livrer tout entier à la théologie. Ces^ doutes qui avaient touché Calvin à son retour à Noyon étaient devenus douloureux; ils cessèrent, a-t-il dit, dès qu'il eut cessé d'appartenir au catholicisme.
Son abjuration fut consommée en 1532. Il était alors à Paris, où il travaillait au progrès des idées nouvelles. Il prêcha ouvertement, tant qu'il le put, et toujours devant un nombreux auditoire ; secrètement, quand les recherches rendirent périlleuse la prédication publique. Il écrivit des lettres et des exhortations aux réformés qu'on emprisonnait. Pasquier parle de sa nature remuante pour l'avancement de sa religion. Le prodigieux travail de sa jeunesse lui avait donné, avec la facilité de la parole et de la plume, une conception nette et ra-
1 IrpeêXoroç. l,x^i'fJi.M veut dire tordre. Plutarque appelle OTpsS/ÔTr,; les sinuosités dont, selon lui, les fourmis coupent leurs routes souterraines pour rendre leur retraite inaccessible aux autre» insectes.
picie, à liiquelle l'expression ne manquait jamais. Joignez-y le don d'une mémoire qui lui permettait de reprendre, après plusieurs jours, une dictée à l'endroit, au mot où il l'avait interrompue^ et une vie de travail j^resque doublée du temps qu'il ôtait au sommeil, ce C'est ainsi, dit Pasquier, « qu'il gagna pied à pied une partie de nostre ce France. »
Il se fit connaître des savants par un traité en latin sur la Clémence , imité de celui de Sénèque, et dont la pensée secrète était de protester contre le brûlement de quelques réformés. On n'y remarqua que le savoir de l'auteur et l'abondance de ses citations.
En 1534, Calvin avait engagé dans la Réforme Nicolas Cop, recteur de l'université. Il lui suggéra de prêcher ouvertement la justification par la seule foi au Clirist. C'était la grande nouveauté de Lutber. Les propositions de Nicolas Cop furent dénoncées ; il se défendit, et maintint sa doctrine, mais la Sorbonne était la plus forte, et Co^) dut pourvoir à son salut par la fuite. Quant à Calvin, il s'écliaj)pa de Paris sous l'habit d'un vigneron , et se réfugia à Nérac, auprès de Marguerite de Valois, reine de Navarre. Il parcourut la Saintonge et quelques provinces de l'ouest et du midi de la France, l^rêchant clandestinement, mais avec peu de résultat. Erasme , qui le vit quelque temps après à ►Strasbourg, écrivit à son sujet ces paroJes prophé-
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tiques : « Je vois naître dans l'Eglise un grand fléar; c( pour l'Église *. »
Calvin préparait alors les matériaux de V Institution chrétienne. Les fragments qu'il en avait lus à ses amis , transcrits et répandus à la cour de Marguerite de Navarre, avaient excité une grande attente. C'est à Bâle qu'il publia ce livre, sans le signer de son nom, « si peu, dit-il, je me proposois de me (( mettre en réputation par ce moyen. » 1j' Institution chrétienne égala ce qu'on en avait attendu.
De retour d'un voyage à Ferrare auprès de Renée de France, la guerre lui fermant le chemin de Strasbourg, il passa par Genève. Là, les conseils du ministre Farel, une inspiration d'en haut, selon ses disciples , le décidèrent à s'arrêter, et à accepter les fonctions de professeur de théologie. Calvin avait alors vingt-sept ans. Il venait de trouver sa vraie patrie, car il avait trouvé où régner.
La Confession qu'il dressa ])our l'église de Genève , et la violence de ses attaques contre les mœurs de cette ville, si longtemps ville d'église, la divisèrent en deux partis. Il y eut le parti de Calvin, qui souscrivit à Ja Confession qu'il dressa, et le parti des anciennes mœurs, ou des libertins, comme on les appelait, qui n'en voulut pas même entendre la lecture. Calvin eut d'abord le dessous. Ayant annoncé du hnut de la chaire le refus de donner la
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iîèue, à moins que Genève ne se séparât du synode de Lausanne, qui avait retenu de l'ancienne discipline les cérémonies, comme indifférentes, il fut exilé avec Farel, par sentence de bannissement, le 23 avril 1538. Il se retira à Strasbourg, et s'y maria. Mais , l'œil toujours fixé sur Genève , il y surveillait tous les mouvements de l'opinion populaire. Le célèbre Sadolet, croyant le moment favorable pour ramener cette ville à l'orthodoxie, Ty avait exhortée par une lettre pleine d'onction chrétienne et d'imitations de l'antiquité classique. Calvin, par la réj)onse qu'il y fit , prouva que s'il avait dû céder, il n'avait pas abdiqué. De Strasbourg et de Ratisbonne, où sa réputation l'avait fait appeler par la diète, il épiait le moment de rentrer à Genève.
La chute de ses adversaires lui en rouvrit les portes. Les libertins avaient abusé de leur succès. Ce parti s'appuyait sur Berne, où l'on n'avait adopté qu'une réforme très mitigée. Non content de faire reculer Genève jusqu'à la réforme de Berne, il avait sacrifié les intérêts de la république à ceux de son allié. C'est ce qui fit retourner au parti de Calvin le peuple de Genève. Le 1^^ mars 1541 , la sentence de bannissement fut révoquée, et Calvin rentra, non sans avoir fait ses conditions , qui ne furent pas même discutées. Il organisa et régla toutes choses : le gouvernement, en concourant à la constitution politique de Genève ; la religion , par sa confession et son enseignement ; la famille , les mœurs , par ses lois somptuaires qui déterminaient jusqu'à la
forme des habits et fixaient les dépenses de Lable. En peu de temps, Genève fut faite à l'image de cet homme, dont la vie ne devait être désormais qu'un jeûne et une insomnie; dur aux autres comme il l'était à lui-même, et qui travailla plus qu'homme vivant, même dans ce siècle des travaux prodigieux et des vies consumées par la fièvre du savoir.
§ III