‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 28 sur 48 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU CALVINISME. — LA PRÉDESTINATION · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU CALVINISME. — LA PRÉDESTINATION

Calvin a donné son nom à sa religion. Le calvinisme n'est pourtant pas une invention qui lui soit propre. Cahân n'imagina rien. Il se contenta de tirer les conséquences des principes posés par Luther. Le système de Luther était, à beaucoup d'égards, une transaction; le système de Calvin fut un changement radical.

Tout l'esprit du protestantisme avait été dans son ])remier acte : la guerre contre les œuvres. Son cri de ralliement fut cette ])arok' de saint Paul : La foi justifie sans les œuvres. C'est ])ar ce cri que Luther répondit au scandale des indulgences, qui n'étaient que l'extrême abus de la doctrine catholique sur le mérite des œuvres '. Le protestantisme, dans le principe, fut une simple substitution du christianisme de la foi au christianisme des pratiques. Tout

1 La foi, c'est la croyance à la rédemption par Jésus-Chriat ; et \» justification, c'est le salut.

oe qui suivit cette première déclaration de Luther .ii'en devait être que la conséquence. Les exagérations de la lutte religieuse, l'intervention des princes, les comj^lications de la politique, y mêlèrent beaucoup de choses auxquelles Luther n'avait point pensé tout d'abord. Mais ce premier principe demeura comme le fond de la Réforme ; et quand on y regarde de près, on reconnaît, dans toutes les institutions de détail du protestantisme, la mise en suspicion des œuvres. On opposait aux œuvres une sorte de christianisme intérieur qui s'entretenait et se renouvelait par la déclaration souvent répétée, du plus profond de l'âme : La foi justifie sans les œuvres.

Cependant Luther, quoique venu au temps du plus grand abus des œuvres , ne leur avait pas ôté toute part dans la justification. Selon l'oi, si le chrétien est immédiatement justifié par la foi, il ne l'est 2:)as irrévocablement, et il peut perdre par sa faute son salut , quoiqu'il ne puisse l'acquérir par ses seuls mérites. Admettant la chute, il fallait bien qu'il donnât un moyen de se relever. C'est pour cela qu'il avait conservé la pénitence pour les chutes possibles. Tout ce qu'il laissait, en outre, subsister de l'ancienne Eglise, soit comme n'étant pas contraire à l'esprit de la nouvelle, soit comme indifi'érent, marquait moins l'intention d'abolir les œuvres que d'en changer l'esprit. Volontairement, ou à son insu, Luther transigeait ; et, quelque effort qu'il fît pour s'arracher à la doctrine des œuvres , et remis.

placer dans rhomme la vertu par la grâce, il n'osu pas .pousser sa logique jusqu'à l'excès , laissant à de plus hardis à en tirer la conséquence extrême, c'est-à-dire l'abolition des œuvres.

Cet excès n'effraya pas Calvin. Dans le système de Luther, la justification pouvait se perdre par les fautes, et se recouvrer par la pénitence. Dans le système de Calvin, la justification une fois obtenue ne se perd jamais. Dieu ne pouvant pas faire du même homme l'objet de son choix et de sa réi)robation. Dès lors la pénitence devenait inutile. Calvin la supprima. Le chrétien justifié ne pouvait cesser de l'être ; la justification fut une sanctification. Les bonnes œuvres n'étaient que des témoignages que Dieu habitait et régnait en nous ; les mauvaises, qu'il nous avait repoussés. Il y eut donc, d'une part, les élus, qui faisaient nécessairement le bien, et les réprouvés, qui faisaient nécessairement le mal.

Telle est cette terrible doctrine de la prédestination, la grande nouveauté de Calvin, et qui a imprimé son cachet à ses écrits.

Il fit do prodigieux efforts d'esprit pour la faire prévaloir. Aucune objection ne le troubla, ni les promesses universelles de salut que Jésus-Christ fait aux hommes dans l'Evangile, ni les passages de l'Ancien Testament, où Dieu tend la main aux plus endurcis. Il trouvait à tout concilier avec la prédestination. A ceux qui objectaient qu'une fois élus, c'est-à-dire croyant à la doctrine de Calvin, peu importait qu'ils vécussent dissolumeut : « Le bien-

faire, répondait-il, est le signe de l'élection ; ceux donc qui ne font pas bien ne sont pas élus. » Quant à ceux qui, ne croyant pas à la doctrine, tâchaient néanmoins de vivre innocemment, il le leur interdisait ; car leur innocence eût été l'effet de l'élection de Dieu : et n'étaient-ils pas hors de l'élection de Dieu, puisqu'ils ne croyaient pas à la doctrine ? Il se déchargeait sur les conseils secrets de Dieu de cette diversité par laquelle on voyait les uns obéir à la prédication de la parole, et les autres la mépriser. Que restait-il donc à ceux qui avaient la mauvaise part? Ou ils devaient s'opiniâtrer d'autant plus à mépriser la prédication de la parole, que Calvin les y déclarait prédestinés ; ou ils pouvaient à leur tour se prétendre les élus, et Calvin le réprouvé. A quoi bon alors les disputes? Le plus fort était l'élu, le plus faible le réprouvé. C'était au bourreau à trancher la contradiction. Ainsi Calvin fit taire Michel Servet par le feu. La prison ou l'exil le débarrassa de ses autres contradicteurs.

Avec les réprouvés, la conduite n'était pas difficile; elle était délicate et pleine d'embarras avec les élus. Il fallait empêcher ces saints de faillir, d'abord pour ne pas laisser paraître de contradiction entre leur croyance et leur vie, ensuite pour ne pas diminuer le troupeau, en rejetant parmi les réprouvés ceux dont la conduite aurait démenti la doctrine. Calvin n'imagina rien de mieux que d'imposer la vertu par la loi. Les élus, ne pouvant être absous, ne devaient pas pouvoir pécher. A défaut d'une pré-

sence continuelle, et sans sommeil, de la conscience^ avertissant chacun, et à chaque moment, de la moralité de ses actions, et prévenant ainsi les chutes, il institua une sorte de conscience extérieure et publique, dans la personne de censeurs des mœurs, lesquels s'introduisaient dans les maisons, à tous les instants du jour, et principalement aux heures des repas, alors que les plus rigides se relâchent, et que la sainteté des élus courait quelque risque. Un décurion, assisté d'un ministre , allait de maison en maison demander à chacun l'état de sa conscience par rapport à la religion. Cahdn avait subordonné l'État à l'Église ; de telle sorte que l'Église fût la loi, et l'État la puissance matérielle chargée de la faire exécuter.

Il poussa jusqu'à l'excès cette réaction contre les pratiques, qui avait été la pensée première du protestantisme. Il fit disparaître tout ce qui était acte extérieur, et qui pouvait distraire les élus de ce spiritualisme sombre où sa main de fer les voukiit enchaîner. Il abolit répiscoi)at, Tordre, c'est-à-dire la transmission du ministère ; il fit nommer le pasteur par la société religieuse ; il rendit le baptême facultatif, à la manière des anabaptistes, qui prétendaient que le caractère s'en transmet des pères aux enfants ; il fit cnhiverdes temples les fonts baptismaux, affaiblissant le dogme en abolissant la cérémonie. II échangea, dans la cène, le pain azyme contre du I)ain ordinaire, pour réduire le sacrement à une simple commémoration. 11 sui)prima les fêtes, et

■snccessivement toutes les cérémonies que Luther avait tolérées comme indifférentes. « C'est ainsi, dit M. Mignet, que Calvin fit une doctrine exagérée de logiciens, un culte et une morale de puritains, et un gouvernement de démocrates... Il prépara dans Genève une croyance et un gouvernement à tous ceux en Euroj^e qui rejetteraient la croyance, et s'insurgeraient contre le gouvernement de leur i:>ays. -C'est ce qui arriva en France, sous la minorité de Charles IX ; en Ecosse, sous le règne si troublé de Marie Stuart; dans les Pays-Bas, lors de la révolte des Provinces-Unies, et en Angleterre, sous Oharles P^. Le calvinisme, religion des insurgés, fut adopté par les huguenots de France, les gueux des Pays-Bas, les presbytériens d'Ecosse, les puritains et les indépendants d'Angleterre ^ »

Je ne vois pas sans admiration , à l'entrée même ■des trois grands siècles de notre littérature, deux hommes si profondément divers , et toutefois si français, Rabelais et Calvin. L'un , épicurien , exagérant trop souvent les excès du dernier du troupeau, au visage enjoué et fleuri, chargé sur la fin de sa vie de tout l'embonpoint qu'il reprochait aux moines , un Démocrite riant de son propre rire ; l'autre, une sorte de stoïcien chrétien, petit et maigre de corps, au visage pâlç, exténué, où la vie ne se révélait que dans le regard, représentant Tes-

1 Mémoire su?' rétablissement du Calvinisme de Genève. Voir cet ■excellent travail dans le recueil des Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques.

prit de discipline jusqu'au point où il devient tyrannie, de mêine que Eabelais représente l'esprit de liberté jusqu'au point où il devient licence. Ces contrastes si frappants, ces caractères et ces tours d'esprit si opposés, qui se produisent à la même époque et sous les mêmes influences, je n'imagine ])as que ce soit pur hasard. Il y a là comme une double personnification et une double tradition des deux grands caractères de l'esprit français, la rigueur logique, et cette liberté aimable que la logique a réglée sans la gêner. A ne regarder dans Calvin et Rabelais que les excès de leur humeur particulière, on ne comprendrait pas que la perfection de l'esprit français dût être le fruit d'une contradiction si étrange. C'est aux endroits où ils sont modérés, où leur humeur ne domine pas leurraison , qu'on reconnaît une première image complète de cet esprit français, le plus libre et le plus discipliné qui soit au monde. L'idéal de notre littérature apparaît dès cette première moitié du seizième siècle : c'est Rabelais, quand il ne laisse pas sa raison au fond de la clive bouteille; c'est Calvin, quand il n'allume pas le bûcher de Servet.

§ IV

LUTTE ENTRE CALVIN ET LK l'AUTI DES LIBERTINS. — MOUT DE CALVIN.

La dureté du gouvernement de Calvin exaspéra le parti des Ubertins, et la lutte recommença entre

eux et Calvin. Outre les amis que celui-ci avait dans le peuple, des émigrés de toutes les nations lui servaient de garde particulière. Le droit de bourgeoisie, qu'il leur avait fait octroyer, leur donnait entrée dans les conseils de la réimblique, où Calvin dominait par leurs votes. On fonda pour eux des chapelles particulières : Anglais, Italiens, Espagnols, Flamands, chaque nation avait la sienne- Les plus jeunes lui servaient comme de sténogra- 23hes, corrigeaient les épreuves de ses nombreux écrits, lui apprenaient les bruits de la cité, les propos des libertins, tous les mouvements de l'opinion. Il en fit bourgeois de Genève jusqu'à trois cents en un seul jour.

Sa sévérité était devenue intolérable. La tyrannie n'a rien inventé de plus odieux que les visites de ces censeurs à qui nulle porte, de jour ni de nuit, n'était fermée, et qui, à l'imitation des agents du fisc poursuivant le payement de l'impôt, exerçaient jusque dans le foyer. Quiconque ne se découvrait pas sur le passage de Calvin était cité devant le Consistoire, et condamné pour le moins à une amende. Il était défendu aux nouveaux mariés de danser et de chanter le jour de leurs noces, et de porter des souliers à la mode de Berne. Une femme était mise en prison pour avoir été vue les cheveux plus rabattus que ne le prescrivait le règlement de Calvin. Un homme surpris un jeu de c'artes dans les mains était attaché au poteau infamant, ses cartes sur l'épaule. Des per-

sonnes dénoncées pour avoir, à nn sermon de Calvin, ri d'un assistant qui s'était laissé choir de sa chaise, étaient condamnées à la prison, au pain et à l'eau. Ceux qui s'échappaient jusqu'à des propos de mort contre Calvin étaient livés au bourreau. Quant am: contradicteurs sur la doctrine, on sait de quelle façon Calvin s'en débarrassait. Malheureusement ces violences étaient depuis longtemps une sorte de droit commun dans les querelles de religion.

On protestait secrètement dans les maisons contre la domination de Calvin ; on s'en moquait tout haut dans les tavernes. Par dérision du nom de Farel , on appelait Faret une sorte de poisson très commun dont on mangeait la chair coriace au milieu des rires. Le plus maigre des buveurs représentait Calvin. On demandait où le Saint-Esprit avait marqué dans l'Ecriture la forme des coiffes de femme ; si la barbe rousse coupée à un bouc, et que portait Farel, ressemblait à celle d'Aaron ; si Lazare sortant du tombeau était plus blême que Calvin. Puis un ménétrier faisait danser tout le monde, malgré les inhibitions du Consistoire, et la danse était d'i'utant plus gaie qu'elle était défendue.

11 y eut entre les deux partis des alternatives de succès et de revers. Les libertins, (pii s'étaient qualifiés de chiens de Calvin, et qui l'avaient appelé liii-mAmo Caïn, reprirent jusqu'à trois fois Je desbu.s. Les ('miigrés faisant la principale force et

comme l'armée de Calvin, ils leur ôtèrent le droifc de bourgeoisie et les désarmèrent. Le pouvoir civil reprit le droit d'excommunication, que Calvin avait fait attribuer au Consistoire. La vie même de Calvin fut menacée, et peu s'en fallut que dans un jour de victoire des libertins, un pasteur de ses collègues ne fût précipité dans le lac.

Mais l'avantage devait à la fin lui rester. Il était le plus habile, le plus patient, et il avait affaire à un parti mal dirigé, qui ne savait opposer à la force d'une croyance ardente et à la popularité d'une chose nouvelle que le souvenir de la licence des anciennes mœurs, ou le regret de prérogatives abolies. Ce parti fit d'ailleurs la faute de tous les partis qui se sentent les plus faibles. Il voulut reprendre le pouvoir par un complot : il s'agissait d'assembler le Conseil général de Genève, à l'insu des syndics amis de Calvin , et des Conseils inférieurs, où abondaient les émigrés. Les conjurés s'étaient liés par un serment. Ils célébrèrent dans un repas leur victoire prochaine. Au sortir du festin, quelques-uns se prennent de querelle avec le guet, qui était du parti de Calvin. Deux frères sont arrêtés et mis en prison. Le complot révélé est rendu public ; le plus notable des conjurés, Daniel Berthelière, est condamné à mort et exécuté. Calvin fait bannir les femmes des autres, et confisquer leurs biens. Enfin, Berne, qui jusqu'alors avait ouvert ses murs à tous ses ennemis, se réconcilie avec lui, chasse Bolsec, un de

ses lAns ardents contradicteurs, et scelle du sangd'un autre, Gentilis, un traité de confédération avec Genève.

Dans le temps même que Calvin remportait ce dernier triomphe, il était atteint du mal dont il devait mourir. Il vécut encore six années, retranchant tous les jours quelque chose à la vie physique, ne dormant point, ne mangeant qu'une fois en trente-six heures d'un pain fabriqué tout exjjrès, que ses adversaires appelaient le pai?i de M, Calvin, pour faire croire que c'était délicatesse , tandis que ce pain n'était qu'un aliment approprié à sa débilité croissante. Il donnait d'autant plus d'heures au travail qu'il en réservait moins au soin du corps, et que la destruction du parti des libertins lui avait ôté tout souci du côté de son pouvoir^ devenu absolu et incontesté. Il mourut le 27 mai 1564, c( ayant vécu, dit Théodore de Bèze, quant à cette vie mortelle , l'espace de cinquante-six ans moins un mois et treize jours, desquels il en avoit passé justement la moitié au saint ministère ; parlant et écrivant sans avoir rien changé, diminué ni ajouté à la doctrine qu'il avoit annoncée dès le premier jour de son ministère, avec telle force de l'esprit d(; Dieu, que jamais méchant ne le put ouïr sans trembler, ni homme de bien sans l'aimer et l'honorer ^ )•

* Discours sur la vie et la mort de Calvin.

V Institution chrétienne. — BEAUX CÔTÉS DU GÉNIE DE Calvin.

Parmi tant d'écrits sortis de la plnme de Calvin, un seul subsiste et le place au rang de nos grands écrivains : c'est V Institution chrétienne. C'est aussi le livre qui porte l'empreinte la plus profonde de son caractère, et où se marquent le plus clairement la suite de sa vie et les développements de son esprit ; c'est à la fois son système religieux, sa conduite et son portrait.

Cet ouvrage, écrit d'abord en latin, puis traduit en français par Calvin lui-même, parut pour la première fois en manière de protestation modérée , à l'occasion des premières persécutions. Les éditions s'en renouvelèrent rapidement et sans interru^Dtion, jusqu'à la mort de Calvin. La crédulité d'un de ses admirateurs en ^Dorte le nombre à mille.

Cahdn y fit de nombreuses additions, et ce qui n'avait été d'abord qu'un traité assez court, devint l'ouvrage le plus étendu qu'on eût publié sur les matières religieuses. La dernière édition est datée de l'année même de la défaite totale des libertins. Depuis lors, Calvin cessa d'y toucher. Les additions ne contredisent pas la louange que lui a donnée Théodore de Bèze, de n'avoir rien changé ni ajouté à sa doctrine, si c'est pour l'homme un titre de gloire, et non une marque de médiocrité, d'être immuable en tout ce qui ne regarde pas la conduite

morale. Calvin ne changea rien au fond de sa doctrine ; c'est par le nombre et le développement des preuves que son ouvrage s'accrut. Pendant les vingt années qui s'écoulèrent entre la première édition et la dernière, il le grossit de toutes ses réponses aux objections que suscitait incessamment sa doctrine, et qui s'autorisaient du nom d'un contradicteur éclatant. Chaque réfutation particulière allait s'ajouter comme annexe à la partie de l'ouvrage qui avait provoqué l'objection. Ainsi se forma le corps de la doctrine calviniste , le Livre-Somme, qui, de 1536 jusqu'à la fin du dix-septième siècle, fut dans toutes les mains savantes, et qui, au seizième siècle, fut comme le formulaire de toute l'Europe théologique.

1j Institution clirctienne offrait trois grandes nouveautés : la matière même, la méthode et la langue.

La matière, c'est bien moins le système de Calvin que ce qui lui a survécu ; c'est la philosophie chrétienne, qui s'exprime pour la première fois dans un langage ferme, précis, frappant, accessible à tous. Cette philosophie comprend , dans un vaate ensemble, la science des rapports de l'homme avec Dieu dans la religion, avec ses semblables dans la société chrétienne ; l'étude des livres saints , pénétrés par le plus subtil des docteurs, interprétés par le plus clair des écrivains ; rexjdication savante et familière de la parole de Dieu, des prophéties, de la doctrines des Pères, l'antiquité chrétienne racontée et commentée, d'après les autorités,

que Calvin prend aux sources, mais qu'il interprète parfois à faux ; enfin tant de critiques , souvent éloquentes, toujours vives et précises, des abus de l'Eglise d'alors, que Calvin étale sans charité, mais qu'il sait exagérer sans déclamation.

Voilà ce qui était nouveau dans la langue française, et ce qui méritera toujours qu'on aille le clierclier parmi beaucoup de subtilités et de menue théologie, qui rabaissent par moments le débat à des questions de mots. Calvin traite en grand écrivain toutes les questions de la théologie chrétienne , la conscience, le libre arbitre, la Providence divine, les traditions humaines, le renoncement à soi. Il s'élève jusqu'au sublime dans ses grandes pensées sur Dieu, dont l'expression a été égalée, mais non surpassée, par Bossuet.

Que de vérités, que d'idées générales, qui n'avaient point encore pris place dans la pensée française ; et quelle nouveauté que la façon grave , forte et populaire, dont les présentait Calvin!

n faut se figurer que , trente ans avant l'apparition du livre de Calvin, il n'y avait en France, pour toute Bible, qu'une sorte d'interprétation grossière, où la glose était mêlée au texte, et qui faisait accorder la parole sacrée avec tous les abus de l'Eglise romaine. Les prédicateurs de la cour de Louis XII faisaient aller Caïn à la messe , et payer les dîmes à Abel. La Yierofe Marie lisait les heures de Notre-Dame; Abraham et Isaac récitaient, avant de se mettre au lit , leur Pater noster et leur

Aze Maria. Un des plus habiles dans la chaire, à cette épot^ue, Menot, xQ^ié^enioU V E^ifant prodigue dépensant tout son argent à acheter des toques de Florence. La Femme de mauvaise vie était devenue, dans son imagination, une châtelaine de quinze à seize ans, au teint vermeil, jeune, de haute taille. Sa sœur Marthe , qui craignait Dieu et tenait à l'honneur de sa lignée, la décidait à aller entendre prêcher un jeune homme , le plus beau de tous , disait Marthe. La jeune châtelaine allait au temple, précédée d'eunuques portant des carreaux de velours cramoisi, et là, à la vue de Jésus-Christ, elle détestait son luxe.

Au temps même de François 1% on lisait, dans le Nouveau Testament, evertit domum pour everrit domum, « il renverse la maison » pour (( il la balaye ; » hœreticum de vita, au lieu de Vhœreticum devita de saint Paul , ce qui substituait , à « évite l'hérétique, » (( à mort l'hérétique, » vraie glose de la Sorbonne d'alors. On faisait \cxn.v prcsbyter de prœbens iter ^ ; pourquoi pas, dit plaisamment Henri Estienne , prce aliis hihens ter 2 ? Béda objectait à Budé , en présence de François F'', qui consultait l'un et l'autre sur la fondation de chaires de langues savantes, que ces langues enfanteraient des hérésies ^. Voilà ce qui fit une si grande nouveauté

1 Qui montre le chemin. •

- Qui boit trois fois contre les autres une.

•1 Henri Estienne, Traicté de la confuvinitè du franqois avec le grec.

■de ce livre, où Calvin se montrait à la fois profond hébraïsant, latiniste consommé, également savant dans les deux antiquités et rendant sensible toute cette science par le langage le plus approprié et le plus clair. C'était la première fois que ces saintes matières étaient dégagées des ténèbres dont les avait couvertes le moyen âge, et que la raison et la science rendaient compte des vérités de la foi. Chose inouïe pour toutes ces âmes qui n'avaient pas cessé d'être chrétiennes, mais qui ne l'étaient plus guère que par les sens et l'habitude, de connaître enfin, par l'intelligence et le raisonnement, la grandeur de leur croyance, et de retrouver leurs titres d'enfants de Dieu !

La méthode n'était pas moins nouvelle cjue la matière. J'ai loué Calvin d'avoir affranchi la théologie de la philosophie. Tel est, en effet, le caractère de cette méthode. Les vérités appartenant à ces deux sciences n'y sont point confusément mêlées. Une manière simple et naturelle de raisonner remplace les formes captieuses et monotones de la scolastique. Chaque ordre de vérités fait la matière d'un livre ; le livre se subdivise en chapitres ; chaque vérité ou proposition particulière est traitée méthodiquement. Les principes, c'est à savoir les paroles mêmes des livres saints , sont d'abord exposés et interprétés ; pais viennent les témoignages tirés des Pères , dont la suite forme sur chaque point la tradition consacrée ; la réfutation des objections suit en dernier lieu.

L'étude que Calvin avait faite des anciens, et particulièrement de Cicérou, dont la méthode est si naturelle et si agréable, lui avait donné le secret de ce grand art d'approprier une matière à l'intelligence du lecteur, de la proportionner à son attention, de raisonner avec force, sans abuser de l'appareil du raisonnement. Ij' Listitution chrétienne est le premier ouvrage de notre langue qui offre un plan suivi, une matière ordonnée, une composition exacte et approj)riée. Quatre livres embrassent toute la religion *.

L'admirable Epistre à François P"^, qui est en tête de l'ouvrage, est elle-même un modèle de composition. C'est un exposé de toute la doctrine, sous la forme d'une brève réponse aux reproches qu'on lui faisait, P d'être nouvelle ; 2° de n'avoir été confirmée par aucun miracle ; 3° de contredire l'opinion des Pères et la coutume; 4^ d'être ou un scliisme dans l'ancienne Eglise , ou une Eglise paraissant au moude pour la première fois. La troisième objection en particulier inspire à Calvin une réponse pleine d'éloquence, où l'on voit une première application de la méthode antique aux idées qui ont le plus profondément remué la société moderne.

Mélauchthon avait senti l'excellence de cette méthode ; mais il ne rapi)liqua ni à un corps de dis-

1 Le premier traite de Dieu ; le second, de Jésus-Christ, médiateur ; le troipième. des effets de la médiation de Jésus-Christ ; le quatrième, t'e la forme extérieure de l'Église.

cours si serré et si plein , ni à des doctrines qui lui fussent propres. Luther, quoique moins docte, ne l'avait pas ignorée ; mais il se fiait plus au don de persuader qu'il avait plus qu'aucun homme de son temps; outre que sa fougue le rendait incapable d'ordre et de proportion. Calvin seul connut et fit connaître tout ce que pouvait cette méthode. Il sentait son avantage sur les écrivains scolastiques et sur Luther lui-même , auquel il fait allusion quand il dit que la matière « jusques icy a esté desmenée confusément, sans nul ordre de droit, et par un ardeur impétueux, plustost que par une modération et gravité judiciaire. » Dans cette phrase expressive, Calvin peint à la fois la manière de Luther et la sienne. C'est d'ailleurs la seule allusion qu'il ait faite à Luther ; et encore ne le nomme-t-il pas. Triste fruit d'une doctrine qui avait renié les traditions, et institué chaque homme auteur et arbitre de sa croyance ! Luther encore vivant , Calvin écrivait plus de mille pages à la gloire de la Réforme , sans prononcer son nom !

La nouveauté de la langue , dans Calvin , suit naturellement la nouveauté de la matière et de la méthode. Le même art de composer qui, dans l'exposition de la doctrine, range les choses dans leur ordre et leur proportion, se fait voir dans le langage, par la suite, la gradation, l'exactitude des expressions, qui, pour le plus grand nombre, sont définitives. L'image de cet esprit pénétrant et audacieux par lequel Calvin s'éleva, principalement

oo4 HISTOIRE

en France , an-dessns de Luther, reluit dans la hardiesse et la subtilité de sa langue. Mais que pourrais-je dire de la langue de Calvin qui ne dût être froid, après le bel éloge qu'en a fait Bossuet, lequel lui donne, outre la gloire d'avoir aussi bien écrit en latin qu'homme de son siècle, celle d'avoir excellé à parler la langue de son pays ^ ?

Calvin ne perfectionna pas seulement, en l'enrichissant, l'idiome national; il créa un langage particulier, dont les formes, très diversement appliquées, n'ont pas cessé d'être les meilleures, parce qu'elles ont été tout d'abord les plus conformes au génie de notre pays , je veux dire le langage de la polémique. C'est ce style plus nerveux que coloré, qui a plus de mouvements que d'images, son objet n'étant point de plaire, mais de convaincre ; instrument redoutable par lequel la société française allait conquérir un à un tous ses progrès, et réaliser tout ce qu'elle concevait par la raison. Calvin en donna le premier modèle, et l'on a pu voir, à ses effets, pendant la vie et après la mort de ce maître dans la polémique, combien cet instrument a eu de puissance, et comment il la doit à sa parfaite conformité avec l'esprit français.

Par une autre conformité avec cet esprit, tandis que Rabelais se modelait sur les Grecs, Calvin se formait sur la langue latine, et en naturalisait parmi nous bon nombre de tours et d'expressions

1 Histoire des Vitriations, liv. IX.

qui y sont demeurés. Outre la gloire d'être la langue du culte chrétien, la langue dans laquelle toute l'Europe du moyen âge avait prié et pensé, le latin, expression de la loi civile, des actes publics, et en général de tout ce qui règle, discipline et lie, s'adaptait mieux au génie de notre pays. Calvin l'avait compris ; aussi lorsque, pouvant choisir entre le latin et le grec, cet homme, à qui Platon n'était pas moins famiher que Cicéron, prit ses modèles dans la littérature latine, il 2)rouva qu'il sentait mieux sa langue natale que Rabelais.

Voilà ce qui fait vivre Calvin comme écrivain français; voilà les beaux côtés de cet esprit auxquels répondent, dans le caractère, cette fermeté^ ce courage, ces vertus privées, ce sacrifice de la chair à la vie de l'esprit, qui l'ont rendu capable de gouverner les hommes. C'est là la part du bien, et ce bien a produit ses fruits; il s'est incorporé, en quelque façon, à l'esprit français, dont il fait partie. Il faut d'autant plus l'admirer que le mauvais côté de Calvin, la part du mal, n'est plus qu'un fait inoffensif qui appartient depuis longtemps à l'histoire dn passé.

Je ne m'étonne donc guère qu'une grande partie de la France ait été d'abord calviniste, et que le reste ait eu la tentation de le devenir : tant ce génie sérieux, logique, cet esprit de discipline, cette gravité, sont conformes à l'esprit de notre pays ! Mais je m'étonne encore moins qu'après plus de soixante années d'agitations, favorisées par de

mauvais gouvernements, malgré l'avantage du talent du côté des calvinistes, malgré les persécutions et l'auréole d'une sorte de martyre, dans Feffroyable extermination de la Saint-Barthélémy, malgré de grands caractères, Coligny, Sully, et un grand homme dans la guerre et dans la politique, un moment chef de leur parti, Henri IV, la France ne soit pas devenue calviniste, que les qualités de Calvin n'aient pas fait accepter ses défauts, et que le philosophe chrétien n'ait pu rendre populaire le tyran de Genève.

§ VI

MAUVAIS CÔTÉS DE CALVIN, SES DÉFAUTS, ET COMMENT LE CALVI- NISME EST UN SCHISME DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE.

Les défauts de Calvin sont d'une autre nature que ceux de Rabelais. Dans Rabelais, c'est l'humeur qui trouble les lumières de l'intelligence ; dans Calvin la raison est dupe du raisonnement. Les illusions de la logique ont été la cause la plus ordinaire des excès de son livre et des excès de son gouvernement. Ce défaut, plus redoutable que l'humeur dans les hommes qui ont puissance sur les autres, n'est pas moins propre à notre nation que cet esprit logique, dont il n'est que l'exagération. La clarté même de notre langue, cet enchaînement des idées, dont on nous loue comme d'un trait distinctif de notre pays, sont trop souvent un piège pour notre modération. Nous

sommes trop portés à nous persuader que ce qui est bien raisonné est raisonnable, et que nos contradicteurs sont de mauvaise foi. Que de fois, dans la logique des partis, le bourreau n'a-t-il pas été chargé de conclure !

De là, dans notre histoire, des exemples de cruauté politique sans fureur et sans haine, et la passion persuadée que parce qu'elle raisonne, elle est la raison. L'esprit de radicalisme, dans les autres pays , paraît être l'effet du malaise de la société qui aigrit ceux qui en souffrent , et les emporte au delà des bornes; en France, ce n'est que l'esprit logique poussé jusqu'à l'absurde. Les radicaux, pour ne parler que des spéculatifs, ne sont le plus souvent que des esprits étroits qui raisonnent bien.

Là est le mauvais côté de l'esprit de Calvin. Cette force de logique l'enivre, il lui en monte des fumées au cerveau ; il s'exalte, il triomphe. Westphale, luthérien, l'avait appelé déclamateur. a II a (( beau faire, s'écrie-t-il, il ne le persuadera à « personne ; tout le monde sait combien je sais c( presser un argument, et combien est précise la « brièveté avec laquelle j'écris *. » A la fin d'un chapitre de V Institution , il dit : « Or, je pense bien « avoir fait ce que je voulois, quant à ce point. » Combien n'est-il pas redoutable, celui qui, ayant dans les mains le pouvoir de vie et de mort, mesure la justice de sa cause à la rigueur de ses raisonne-

1 Histoire des Variations, liv. IX.

ments î Je reconnais là le logicien de la prédestination, le Cain du parti de la vieille Genève, lequel, en se qualifiant de chiens de Calvin, témoignait par là une haine si forte , qu'il ne prenait aucun souci de l'ennoblir.

J'attribue surtout à cet excès de l'esprit de logique l'habitude de l'injure, qui déshonore la polémique de Calvin. Dans un esprit médiocre, le penchant à l'injure vient d'intempérance et de 'faiblesse ; dans un esprit supérieur, c'est l'excès de confiance dans sa logique. Je ne sache pas d'explication plus équitable des outrages que Calvin prodigue à ses adversaires , outre ce que lui en permettait la licence des polémiques religieuses, et ce qu'il donna quelquefois à son ressentiment. Il est remarquable d'ailleurs qu'il se querelle avec toutes les opinions anciennes du même ton qu'avec les opinions de son temps , et qu'il n'est pas moins amer envers les morts qu'envers les vivants. Même dans ses suppositions, il est injurieux; il menace les contradictions possibles comme les contradictions présentes. « Or, si quelqu'un, dit-il ^ , escric( vaut, disputoit à savoir s'il y a eu un Platon, on un (( Aristote, ou un Cicéron, je vous prie, ne l'estime- ((, roit-on pas digne d'être souffleté ou d'être châtié « de bonnes cstvivieres? » Que serait-ce, s'il s'agissait d'un contradicteur en théologie?

Pour ceux-là il était sans ménagement. N'a-

' Institution chr(tienne,\\v. I, chap. vill.

DE LA LITTÉRATUPwE FRANÇAISE. 339

vaient-ils pas été condamnés d'avance par la juste réprobation de Dieu? N'étaient-ce pas des prédestinés? Il faut voir avec quelle dureté, dans ses réponses particulières, il traite ses princij^aux adversaires, Gentilis, Bolsec, Micliel Servet, et d'autres. L'un d'eux, Castalion, poète, orateur, théologien, linguiste, qui mourut, dit Montaigne ce en estât de « n'avoir pas son saoul à manger, » avait contredit Calvin sur le sens du Cantique des Cantiques. Celui-ci, entre mille injures, alla jusqu'à l'accuser de voler le bois qui flottait sur le Rhin. Or voici quel était ce prétendu vol. Castalion, n'ayant pas de feu au logis, allait, du droit de tous les pauvres, harponner les débris de bois arrachés aux rives, le lendemain des jours d'orage. Toutes les fois, dit un historien, qu'il voyait le Hohenstein se couvrir de nuages, il remerciait le ciel de la tempête qui allait joncher le Rhin des débris des forêts alpestres. Ce jour-là le logis de Castalion s'égayait, et il ajoutait quelques pages à sa traduction des livres saints. Calvin, en l'accusant de vol, calomniait sa vie et insultait à sa pauvreté.

Pour Michel Servet, il n'est que trop vrai que Calvin l'avait, dans sa pensée, condamné à mort, sept ans avant qu'on lui fît son procès. Vainement ses disciples ont-ils voulu le laver du crime de joréméditation dans ce meurtre d'un homme qui n'avait fait qu'user du droit commun de la Réforme. Dès 1546 Calvin s'était trahi dans une lettre écrite à l'époque où Servet songeait à venir à Genève.

(L S'il y vient, écrivait-il à son collègue Farel, pour « peu que mon autorité jouisse prévaloir, je ne souf- (( frirai pas qu'il en sorte vivant ^ » Le logicien de la prédestination exécutait sept ans d'avance les prétendus jugements de Dieu, tant il croyait le repentir impossible au prédestiné î Si Calvin n'avait pas l'excuse de la bonne foi, certes ce théologien bourreau, qui allumait par le bras séculier le bûcher de Servet, qui par sa logique injurieuse tuait Gentilis à Berne, serait au-dessous de la haine et du mépris du genre humain. Mais dans un homme de mœurs si austères, capable d'affections domestiques et d'amitiés durables, courageux, d'une si grande édification de son vivant et après sa mort , ce fut moins un instinct de cruauté que l'effet de cette superbe de la raison , par laquelle nous croyons avoir conquis l'impartialité des purs esprits , parce que nous avons dépouillé tout sentiment humain. Là est la cause de cette tristesse que Bossuet a remarquée dans son style. Rien n'y est donné à l'imagination et au cœur. En face de ce beau lac de Genève, devant ce paysage, la joie des yeux, Calvin est insensible. Il ne tire pas une seule image de cette magnifique nature où éclate la bonté de Dieu pour ces mêmes hommes qu'il traitait en damnés. Tout vient de sa raison , souvent émue par la grandeur des vérités religieuses, souvent trompée par l'in-

t Nam si venerit, modo valent mea auctoritas, viviim nunquam exire patiar.

térêt de ce moi, qu'il croyait avoir anéanti parce qu'il avait réduit son corps aux seuls soins qui pussent empêcher la mort immédiate. Son style exact, précis, vigoureux, manque de couleur et d'onction. C'est sans doute un des beaux côtés de l'esprit français et de la langue , mais ce n'est pas le plus beau. Le calvinisme, schisme religieux, est, pour l'historien de la littérature française, un schisme littéraire. Son plus glorieux titre est d'avoir réveillé le catholicisme. Il lui a donné la méthode ; il l'a forcé d'apprendre ce qu'il avait oublié, de retrouver ce qu'il avait perdu, de rentrer dans ces voies par lesquelles les Pères s'insinuaient si avant dans les cœurs. Le catholicisme raisonnera quelque jour comme Calvin, et sentira comme saint Augustin. Dans ce même pays sur lequel Calvin avait comme imprimé le sombre cachet de son génie, un homme supérieur, saint François de Sales, moins de quarante ans après lui, devait, dans des écrits pleins d'onction, attirer l'imagination et le cœur aux enseignements de la foi, et rendre Dieu aimable où Calvin l'avait rendu si terrible. Plus tard, d'autres grands esprits réuniront la logique de Calvin et l'onction de François de Sales , et dans la stérilité littéraire du calvinisme, créé et comme épuisé par Calvin, le catholicisme produira, après François de Sales, Bossuet; après Bossuet, Bourdaloue; après Bourdaloue, Fénelon et Massillon.

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