‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 5 sur 48 · PLAN DE CETTE HISTOIRE · texte numérisé non relu

PLAN DE CETTE HISTOIRE

L'objet de cette histoire étant l'esprit français y défini, autant qu'il a été en nous, par tout ce qu'il est, comme par tout ce qu'il n'est pas, comparé à l'esprit ancien, distingué de l'esprit des autres nations modernes, montré dans le génie même et les conditions de la langue française, il reste à savoir qui nous éclairera et nous guidera dans cette étude. La France elle-même. Il n'y a pas ici de système à imaginer ; il n'y a qu'à prendre un à un, dans l'ordre des temps et dans la succession des influences, les noms qui ont survécu, et dont la suite nous marque notre chemin. La liste en est arrêtée ; le paradoxe archéologique pourra bien essayer d'y glisser, sous prétexte d'oubli injuste, quelques noms qui n'y figurent pas ; ils n'y demeureront i)as.

La France a fait un choix définitif. Parmi tant d'écrits et tant de noms, elle a omis ceux-ci et retenu ceux-là. Ce n'est pas, comme l'a imaginé le paradoxe, dédain ou incurie de sa gloire : c'est justice. Les nations sont plus disposées à grossir qu'à réduire la liste de leurs grands hommes ; elles sont phis soucieuses de h'ur renommée que ne l'est

pour elles, sans y être accrédité, tel écrivain cfui a sujet de craindre pour lui-même la destinée de ceux qui ont été omis. Je m'en rapporte à la France , et j'accepte sa liste pour toute la suite de sa littérature, ne réhabilitant personne et laissant les morts dans le repos de leur tombe, mais, par la recherche approfondie des causes qui ont fait vivre les uns et mourir les autres, rendant d'autant plus hommage à ceux qui ont survécu.

Pourquoi ceux-ci vivent-ils, et pourquoi ceux-là ont-ils péri? Parce que la France se reconnaît dans les premiers, et qu'elle ne se reconnaît pas dans les seconds.

La France n'a pas eu à faire un long examen. Elle s'est regardée successivement dans les images vraies ou prétendues de son propre esprit. Dans les unes elle ne s'est pas reconnue ; elle s'est reconnue dans les autres, soit à certains traits, soit tout entière. La science compare l'original à ces divers portraits, et donne les raisons du jugement souverain que la France en a porté d'instinct.

Tel est l'objet de ce travail, et tel en sera le plan.

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