‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 8 sur 62 · EN" QUOI L'ESPRIT FRANÇAIS DIFFÈRE DE L'ESPRIT ANCIEN · texte numérisé non relu

EN" QUOI L'ESPRIT FRANÇAIS DIFFÈRE DE L'ESPRIT ANCIEN

Mais l'esprit français, qu'est-il autre chose que l'esprit ancien? C'est en effet l'esprit ancien, avec cette différence, toute à notre avantage, que le caractère pratique y est encore plus d'obligation et s'y étend à plus de choses.

Ainsi, chez les anciens, quoique la forme de la société, essentiellement publique, retienne les écrivains dans la réalité, on fait une grande part à la vaine curiosité et aux spéculations oiseuses, particulièrement chez les Grecs. On y est plus favorable àla liberté, qui est pleine de périls et d'égarements, qu'à la discipline, qui ajoute à la force réelle tout ce qu'elle ôte de forces capricieuses et factices. Au contraire, l'esprit français est plus porté pour la discipline que pour la liberté. Il l'estime plus féconde et plus pratique. Il est même remarquable que, dans une forme de société qui laisse plus de temps à la vie individuelle et solitaire, et plus de pâture aux spéculations de pure curiosité, l'écrivain est moins libre que chez les anciens de jouir de son esprit. Il est l'organe de tous, plutôt qu'une personne privilégiée imposant aux autres, en vertu d'un droit extraordinaire, des pensées qui n'ajjpartiennent qu'à elle. L'homme de génie, en France, c'est celui qui dit ce que tout le monde sait. Il n'est que l'écho intelligent de la foule ; et s'il ne veut pas

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nous trouver sourds et indifférents, il faut qu'an lieu de dous étonner de ses vues particulières, il nous ■ voir notre intérieur, et, comme le dit Montaigne, qu'il nous avertisse de nous-mêmes.

Voilà en quoi l'esprit pratique est de plus étroite obligation dans notre littérature que chez les anciens : voici comment son domaine est pins étendu. C'est au christianisme que nous devons le bienfait de cet agrandissement de notre nature. Non seulement il a réduit toutes nos pensées à la pratique en faisant prévaloir l'esprit de discipline, qui regarde la conduite, sur l'esprit de liberté, qui regarde plus particulièrement les pensées; mais il a ci >mme reculé les bornes et creusé les profondeurs de notre conscience. Dans l'ordre des vérités philosophiques, quel spéculatif, parmi les anciens, a pénétré aussi avant que ses moraliste- ? Derrière tout ce qui se fait ouvertement, et par une volonté claire, que d'actions n'a-t-il pas découvertes qui se font pour ainsi dire en cachette de la conscience ou à son insu, par cette corruption insensible de notre nature, qu'il a si profondément remuée? Et dans l'ordre des vérités de devoir quels espaces n'a-t-il pas ouverts à la morale? C'est le christianisme qui a fait de l'esprit français l'image la plus complète et la plus pure de l'esprit humain.

§ IV

EN QUOI Ii'ESPBIT français diffère de i/esprit des autres

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