‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 24 sur 38 · IG · texte numérisé non relu

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Un neveu du grand Arnauld, le principal négociateur de la fameuse ligne du Nord en 1671, un homme que Louis XIV mandait de Suède, où il était ambassadeur, pour le mettre à la place de M. de Lyoune, M. de Pompone enfin, échangeant son nom contre celui de Cclidamant, écrivait de Stockholm à M. Duplessis-Guénégaud, transformé en Alcandre, les fadeurs que voici ^ :

« Je ne vous dis point , mon cher Alcandre , la « joie que me donne le souvenir de nos Nymphes « et de nos Tritons; s'il a souvent adouci l'exil « de vos montagnes, il fait aujourd'hui ma conso- « lation au milieu des neiges et des glaces de la <( Suède, et ne peut pas moins contre le chagrin c( du Nord que contre celui des Pyrénées. L'amitié « de la Brévone remplit en tous lieux le cœur de ce ses habitants..., et un Triton, qui y a été nourri c( comme moi, soujîire pour son aimable cœur. ■ï Quoique je nage eu pleine eau, comme vous « voyez, et qu'après avoir traversé les plus beaux « fleuves d'Allemagne, j'aie presque aujourd'hui « toute la mer Baltique pour me promener, je me « trouve loin de la Brévone comme un vrai poisce son hors de l'eaù ; car, de nous autres Tritons à « un poisson, il y a peu de différence... Vous croyez <( bien que pas une des Muses n'a voulu me faire 'i compagnie dans le Nord , et que des demoiselles

1 17 ayril 1666, Lettres de Sévigué, éd. Moniuerqué.

« nourries au doux climat de la Grèce ue s'embar-

« queut pas volontiers pour la mer Glaciale... Les

(C intérêts du Nord, de l'Allemagne, de l'Angle-

« terre et de la Hollande sont les plus galantes

« choses dont je m'entretienne. Peut-être serai-je

« assez heureux pour reprendre bientôt le lan-

« gage de la cour d'Amalthée: et c'est en celui

« de l'amitié, que l'on y parle mieux qu'eu lieu

« du monde, ou plutôt que l'on ne parle que là,

« que je vous assure que nul Triton n'est si invio-

« lablement acquis que moi à toutes les Nymphes

« et à tous les Tritons de la Brévone.

« CÉLIDA^IANT. »

Ou sent à quel point les écrivains devaient être dupes d'un tour d'esprit auquel les ministres et les politiques payaient tribut. Je ne m'étonne pas que ce qui faisait l'amusement de M. de Pompone fût, par exemi)le, l'unique j^rofession de Benserade. Les esprits médiocres, qui ne sont que les esclaves de la mode, s'y jetaient sans réserve, et vivaient de cette fumée ; les hommes de génie , tant le succès leur est nécessaire , l'auraient cherché dans le galant plutôt que de s'en passer. Témoin les. premiers écrits des Molière, des Eacine, des la Fontaine, des Sévigué, où la critique a trouvé des traces du galant, et qui purent hésiter un jour, jour de grand péril, entre le tour d'esprit d'une époque et le génie même de la nation, dont chacun d'eux était un admirable type.

Le culte de Ronsard avait encore des fidèles. « Rendons grâce à la Providence, écrivait, après VArt 23oétiqiie, le sieur de Lerac (anagramme de Carel) d'avoir donné à la France cet écrivain incomparable. L'antiquité latine ni la grecque n'a point produit d'homme plus né qu'il était pour la j)oésie. » Et ailleurs : « Il produisait des images sans nombre sur toutes sortes de sujets... Yous trouvez en lui Pindare , Horace , Callimaque, Anacréon, Théocrite, Virgile, et Homère. » Et ailleurs : « Tandis que notre langue durera, il sera en vénération aux personnes de capacité, et qui ne sont point touchées d'envie. » Ce Carel qualifiait de blasphèmes les critiques que Boileau fait de Ronsard'. Il s'imprimait des extraits d'auteurs oîi Molière figurait à côté de Scudéry et de Gomberville, et des livres portant ce titre : « Décret d'un cœur w fidèle, suivi de Vètat et de V inventaire des meubles d'un cœur volage, et l'ordre de la distribution qui en fut faite. »

Je ne conteste pas la maxime qu'il ne faut disputer ni des genres ni des goûts. Il est pourtant certaines productions littéraires qui ont eu leur jour, et dont il est impossible de dire ni à quel genre

1 La Dilfcnse des beaux e/ipriis de ce temj^s contre un satirique, par de Lerac. C'est dans ce même pamphlet que, parlant du sieur de Sainte- Garde, auteur de Childehrand, il dit que l'ouvrage, qui devait avoir seize livi-es, fut aiTêté à cause d'un emploi qui lui arriva, et « qui a quelque répugnance avec les galanteries, quoique très chastes, que ces sortes d'ouvrages demandent. » Le plaisant, c'est que ce sieur de Sainte-Garde n'est autre que le pseudonj-me Lerac, lequel s'appelait Carel, sieur de Sainte-Garde.

elles appartiennent, ni quels goûts ont pu s'en accommoder. Tel est Dorti Japlœt d' Arménie, pièce en vers, un moment célèbre, que Tindulgence des histoires littéraires appelle une comédie, et la plus comique des pièces de Scarron. Bien loin d'être une comédie, à i^eine est-ce une farce, surtout pour qui se rappelle la gaieté fine et les grâces naïves de la Farce de Patelin. Il n'y faut voir qu'une bouffonnerie sans invention, sans style, où manque même le gros sel pour tenir lieu d'esj^rit, et que, faute de termes entre le mauvais et le pire, on ne peut pas juger par comparaison.

Cependant Dom Japh.et dWrmcnie, composé et probablement représenté eu 1653, se jouait encore en 1 005 , et comme on dit . en style de théâtre, faisait plus d'argent que Clnna '. Xi l'École des î?iaris qui date de 1661, ni l'Ecole desjemmes, représentée l'année suivante, ni le progrès du goût qui ne laissait pas à Molière le temps d'achever le Tartufe, et qui lui en arrachait des mains les trois premiers actes, pourles faire jouer eu 1004, rien n'avait réussi à chasser Dom Japhet du répertoire. Il restait encore un parterre que Corneille et Molière n'avaient pas guéri de Scarron. Il y eut tel spectacle, composé de Dom Japhet et des Précieuses ridicules, où le plus gros de la recette ne venait pas de la pièce de Molière, et les mêmes spectateurs, après avoir ri à Dom Japhet, riaient de plus belle aux Précieuses

' Le Registre de la Grange. (Archives de la Comédie françnijîe.)

ridicules, sans se douter qu'ils se moquaient de leur mauvais goût '.

A l'époque où parut Boileau, les forces se balançaient, ou, s'il y avait avantage quelque part, c'était plutôt du côté du tour d'esprit personnifié dans les poètes en possession, que du côté du génie national s'annouçant par des nouveautés et par des auteurs de trente ans. La république des lettres en France pouvait alors se comparer à un Etat où deux partis, à jîeu près d'égale force, se disputent le gouvernement. Qu'un caractère, un talent s'y produise, voilà l'un des partis qui devient le maître, et l'État est assuré. Ainsi pour les lettres , entre le tour d'esprit du moment et le génie national , Boileau se range du côté du génie national et lui donne l'empire.

Je ne doute jDas que ce génie ne l'eût emporté à la fin par ses propres forces, tout comme je ne doute pas que, sans Richelieu et Louis XIY, la France ne se fàt à la fin tirée de l'anarcbie et n'eût conquis son unité politique. Mais de même que ce grand résultat se serait accompli plus lentement, avec i^lus d'alternatives et de sacrifices, si la Providence n'eût fait naître à propos Richelieu pour le préj)arer, et Louis XIY pour le consommer ; de même, si Boileau ne fut venu à temps faire cesser l'hésitation de tout un siècle, les destinées de la poésie française n'eussent

1 Louis XIY lui-même assista à plusieurs représentations de Dorti Japhet. ce qui suppose qu'il s'y amusait. C'est grâce, sans doute à un comédien de beaucoup de verve, et de gaieté. Poisson, qui en jouait le principal rôle. (Voir chap. suivant, § vi, iine anecdote à ce sujet.)

pas été SI tût ni si complètement assurées. Sans Taiguillou de Boileau, Molière et Racine risquaient de s'égarer, ou de ne pas remplir tout leur génie, Molière en s'en tenant à la comédie bourgeoise ou d'intrigue, Racine en raffinant sur la tendresse, où le portait sa nature délicate et passionnée, tous les deux en n'acceptant pas dans toute sa rigueur la loi, imposée par ÏArt poétique j de faire difficilement des vers faciles.

Il faut songer à l'iufluence qu'uu esprit excellent, ferme, sans complaisance, supérieur par la raison, peut exercer même sur des hommes qui le surpassent par l'étendue et la fécondité du génie. Le dixseptième siècle venait d'eu donner uu exemple éclatant. L'influence du grand Arnauld sur Pascal, sur Racine , sur la Fontaine , qui songeait naïvement à lui faire hommage de ses Contes, sur Boileau luimême, que cette influence aida et soutint, n'explique-t-elle pas celle que Boileau allait exercer, à son tour, sur ses illustres amis, esprits plus rares, génies plus heureux , qui lui fournissaient les types d'après lesquels il traçait ses règles?

Toutes les facultés , toutes les forces du génie , et , si je puis parler ainsi , la matière d'un grand siècle littéraire , existaient en France avant Boileau ; de même , avant Louis XIY, dans la France victorieuse de l'Espagne et de la féodalité , il j avait la matière d'une grande nation. Mais comme il fallait un Louis XIV pour organiser cette nation, et lui apprendre tout ce dont elle était capable , de même il fallait un Boileau pour diriger toutes ces facul-

tés , discipliner tontes ces forces , et faire voir à la France une image éclatante de sou génie dans les lettres.

§ VI

CAKACTÈRE ET TOUR D'ESPKIT DE BOILEAU.

On jieutle dire de Boileau , avec non moins de raison que de Malherbe : personne n'était j^lus propre à la dictature qu'il allait exercer sur la poésie. Il possédait tontes les qualités opposées aux défauts qu'il avait à corriger; c'étaient comme autant d'armes appropriées à tous les genres de combat qu'il allait livrer.

Parmi tant de gens qui s'ignorent, qui font des vers sans inspiration, qui se passionnent à froid pour une maîtresse imaginaire , le premier, Boileau, se connaît , ne fait des vers que sur ce c[ui le touche , ne chante pas les maîtresses qu'il n'a pas , rompt avec le galant , tire sa poésie de son cœur et de sa raison. Il s'en est rendu témoignage dans l'épître où, traçant son portrait avec cette candeur « qui a fait tous ses vices, » il rappelle le temps où son esprit

A tout le genre humain sut faire le procès, Et s'attaqua lui-même avec tant de succès.'

Comment s'attaquer sans se connaître ? S'il a cherché en ses écrits « la seule vérité, » il ne l'a point évitée, quand elle lui était contraire. C'est ainsi qu'il s'avoue

Ami de la vertu plutôt que vertueux.

Beau vers, qu'il s'applaudissait beaucoup d'avoir fait, dit un de ses biographes, moins sans doute pour le mérite du vers que pour la justesse du trait ; moins eu poète charmé de sou art qu'eu homme siucère qui se peint tel qu'il est. Je suis pourtant plus touché de l'hémistiche qui précède :

très i^eu voluptueux.

Le premier aveu était facile ; il coûtait peu à l'amour-propre. Eu un temps surtout où la vertu était la perfection chrétieuue , qui eût osé se dire vertueux? Mais le second aveu demandait du courage. Quand la mode voulait qu'on brûlât de quehjue belle passion, quand l'exemple en venait de la cour, ce n'était pas d'une vertu ordinaire de s'avouer peu sensible à l'amour. Il n'est aucun temps où un tel effort ne soit violent pour l'amour-propre , et où le ridicule qui s'attache à l'indifférence sur ce point n'empêche un homme, non seulement de la confesser aux autres , mais de se l'avouer à lui-même. Je n'en admire que plus Boileau d'avoir fait cet effort, et d'avoir pu le faire sans prêter à rire. Il n'y fallait pas moins de vertu que de talent.

On sait par cœur les vers charmants où il se moque do toutes ces galanteries de tête, le lieu commun universel de la poésie d'alors :

Faudi-a-t-il, de sang-froid et sans être amoureux, Pour quelque Iris en l'air faire le langoureux, Lui prodiguer les noms de Soleil et d'Aurore, Et, toujours bien mangeant, mourir par métaphore ?

IllST. DE LA LITTÉn, — T. II. 17

Il y avait pourtant pavé tribut. Quel auteur n'est tout d'abord touclié par la mode et enlevé quelque temps à sa propre nature ? C'est par lïmagination que nous eommeuçous à voir les choses, et par l'imitation que nous commençons à écrire. Les meilleurs n'échappent pas à cette condition. « J'ai une espèce de confusion, écrit Boileau à M. le Verrier, d'avoir employé quelques heures à faire des vers d'amourette, et d'être tombé moi-même dans le ridicule dont j'accuse les autres. » S^oilà donc un homme qui se connaît, et un poète qui n'est que cet homme-là se faisant voir dans ses vers ^ ! Seulement , c'est en satirique que Boileau confesse ce qui lui manque. Il voulait bien se reconnaître peu propre à la poésie amoureuse, pourvu que cet aveu tournât contre ceux qui s'y livraient sans génie.

Cette disposition d'esprit et cette humeur semblaient faire de Boileau l'ennemi naturel de ces riens galants , de ce grand fin ^ de ce fin des choses ^ de ce fin du fin, après lequel couraient tous les poètes de l'époque; mais il s'en faut qu'elles l'aient rendu indifférent au langage de l'amour véritable. Nul, avant lui ni mieux que lui, n'en reconnut l'accent dans Andromaque et dans Phèdre, et les char-

1 L'aveu qui suit vient encore de la parfaite connaissance de soimême :

Irai-je, dans une ode, en phrases de Malherbe,

Troubler dans ses rose.aux le Danube superbe ? (Sat. ix.)

mantcn douceurs des vers de lîacine n'eurent pas d'adinirateur plus ému que le critique de Pradon '.

La même disposition le tourna contre cette licence grossière qui salissait tous les recueils de poésie du temps. Le licencieux était le seul naturel de ces poètes, comme les subtilités du galant étaient tout leur art. Boileau, en frappant le galant de ridicule, atteignit le licencieux du même coup. Je sais bien qu'on n'a pas cessé depuis lors de faire des vers licencieux , qu'on en fit même sous ses yeux et, pour ainsi dire, sous sa férule; mais il était fort différent que le licencieux ne fût que le travers secret de certains poètes, ou qu'il continuât d'être un genre à la mode qu'on pouvait cultiver sans s'en cacher. Boileau n'aida pas peu à faire faire cette difterence, et à rétablir dans les écrits non la pudeur qui s'effarouche de la vérité, mais celle qui , acceptant ce qu'il y a dommage à ignorer, veut ignorer tout ce qu'il y a dommage à apprendre '.

La connaissance qu'il eut de la nature de son esprit m'explique Finfaillibilité de ses jugements sur ses contemporains. Quiconque se fait illusion

1 Que tn safs bien, Racine, à r.iide d'un aeceiir,

ÉmouTOh-, étonner, ravir un spectateur! (Êpître vn.)

Ou connaît ce beau passage sur les ouvrages licencieux :

Ces dangereux auteurs,

Qui de rhonneur en vers infâmes déserteurs,

Trahissant la vertu sur un papier coupable.

Aux yeux de leurs lecteurs rendent le vice aimable.

sur son esprit s'exagère ou rabaisse l'esprit cl(^s antres. L'erreur où il est sur lui-même le suit dans ses jugements sur les personnes ; car l'erreur sur nous-mêmes venant de notre vanité, l'erreur sur les autres vient de l'intérêt qu'elle peut avoir à les grandir ou à les rabaisser. Pradon ne jugeait si mal que parce qu'il se connaissait plus mal encore. 11 est tout simple que , s'étant cru capable de faire une tragédie , et de' disputer le prix à Racine , il ait dit de son rival, en parodiant un vers de Boileau * :

Si je veux exprimer une muse divine, La raison dit Corneille, et la rime Racine.

Il est tout simple qu'il mît Régnier au-dessus de Boileau, et qu'il contestât le don de l'observation à Molière, prétendant qu'avant lui on ne connaissait ni marquis ni précieuses '. De même, avant Boileau qui donc connaissait de méchants poètes? Ces marquis et ces méchants poètes, qu'était-ce que de vains fantômes créés par des imaginations malfaisantes? Ainsi tous ces poètes étaient les jouets de leur vanité. S'ils s'admirent si fort, c'est qu'ils se mesurent aux louanges dont ils se payent entre eux.

Boileau ne craignit pas de se voir tel qu'il était, ou plutôt il eut assez de génie pour être vrai avec

1 La raison dit Vii-gile, et la rime Quinault^

2 Le Triomphe de Pradon sur les satires du sieur Boileau De.'préaux.

lui-même; c'est pour cela qu'il fut si bon juge des autres.

L'histoire des littératures n'offre peut-être jjas uu second exemple d'une telle sûreté de jugement dans uu auteur qui apprécie les ouvrages d'esprit de sou épo(jue. Rien ne troubla la main qui pesait ainsi les réputations contemporaines. Ni l'influence des personnes, ni la mode qui prévalait au moment où ces ouvrages avaient vu le jour, ni aucun intérêt de vanité, rien ne fit hésiter Boileau. La raison d'un contemporain fut aussi infaillible que la raison des siècles, laquelle met toute chose à sa place et tout homme à son rang. Boileau a dit avant nous de Molière, qu'il est le plus grand poète du siècle de Louis XIV ; de Pascal, qu'il eu est le prosateur le plus achevé; à^AthaHe, que c'est le chefd'œuvre de Racine. 1\ i)arlait ainsi de Molière alors qu'on imprimait des recueils de poésie où Molière figurait à côté des Gomberville, des d'Urfé, des Benserade, des Scudéry, au même titre d'aufeur célèbre du temps; de Pascal, malgré la défaveur du jansénisme, qui rendait suspectes les Lettres provinciales; à^Athalie, malgré le doute dé Racine, qui fut près de se faire uu tort de la froideur du public 2)our ce chef-d'œuvre. Quant aux auteurs qu'il a critiqués, que u'a-t-ou pas fait pour les relever de ses arrêts? Un seul a-t-il été cassé? Est-ce pour Quinault qu'on donnerait un démenti à Boileau? Ne sait-on pas d'ailleurs que les épigrammes de Boileau s'adressent à certaines traa-édies de ce

poète, dout le succès troubla la vieillesse du grand Corneille, et que n'ont pas rachetées quelques beaux vers d'opéra, auxquels Boileau a rendu justice ' ?

La connaissance de lui-même, en le délivrant de la vanité, l'avait soustrait à la double servitude des écrivains qui s'ignorent : l'influence des personnes, et le tour d'imagination du moment. Comme il n'eut aucun intérêt de vanité soit à élever les uns, soit à dénigrer les autres, ses jugements sont demeurés. On a si peu suspecté ses critiques de vanité , que , pour y trouver à reprendre , il a fallu l'accuser d'en avoir montré trop peu en triomphant si haut d'adversaires si au-dessous de lui. Pour ses éloges , il ne les gâta point par cet excès qui prouve que, dans nos admirations, c'est notre propre goût que nous admirons. Les éloges que Boileau donne à ses illustres amis sont l'effet d'une affection solide et raisonuée ; c'est celle que doit inspirer le beau : c'est de cette façon qu'admire la postérité.

Le caractère de Boileau, la dignité de sa vie, ne rendirent pas moins méprisables les mœurs des poètes contemporains, que ses satires n'avaient rendu leurs vers ridicules. Au milieu de ces joueurs, de ces cupides , de ces avares , il eut les mœurs des solitaires de Port-Royal, avec l'enjouement et la facilité de la vie civile. En recevant les dons du roi, depuis que le roi était devenu l'Etat, il n'aliéna pas

1 Dans sa quatrième préface .

DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE. 2î»5

;mjii droit de dire la vérité, même au roi ' . J'ajoute que se trouvant assez paj^é de ses ouvrages par les nobles libéralités de Louis XIV, il eu abandonnait le profit au public. Quand Boileau écrivait :

Je sais qu'un no'ole auteur peut sans honte et sans crime Tirer de son travail un tribut légitime,

c'était une justification délicate de Racine , forcé, par ses nécessités domestiques , de vendre ses ouvrages ; pour Boileau, il donnait les siens. Il achetait la bibliothèque de Patru, et lui en laissait la jouissance sa vie durant. Il appelait les dons du roi sur Corneille, vieux et pauvre. Le plus beau vers qu'ait écrit Boileau. parmi tant de vers faits de génie, comme dit la Bruyère, a été inspiré au poète par l'homme, au génie par la vertu ; c'est celui-ci :

Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.

Xe craignons pas d'accorder aux censeurs de Boileau qu'il lui a manqué, outre l'imagination qui crée les événements pour l'épopée et les caractères pour le théâtre, la sensibilité qui sait faire parler les passions. L'imagination dans Boileau n'est que la faculté de recevoir des impressions très fortes des vérités morales et littéraires, ainsi que des ridicules; elle éclate dans les détails plutôt que dans les plans , qui ne sont que des développements logiques ornés d'une main habile. A la diôerence de Bacine,

1 Voir le § VI du chapitre suivant.

oîi il y a tant à admirer, même quand on en ôte les vers, dans Boileau, les vers ôtés, on sent une certaine faiblesse de conception.

Pour la sensibilité de Boileau, pourquoi nieraiton ce qu'il n'a caché ni à lui-même ni au public? Certes il ne sent pas comme Virgile, comme Molière, comme Racine. Mais s'il n'eut pas cette force de sympathie qui communique au poète toutes les passions qu'il peint , et qui lui révèle le secret de ces larmes des choses ^ dont parle Virgile , il connut la sensibilité de l'homme de Térence : rien de ce qui est de l'homme ne lui fut étranger. C'est la sensibilité du juge connaissant les passions humaines, moins pour en avoir éprouvé tous les effets que par la lumière de la raison , qui lui en montre le germe dans son propre fond, et le fait compatir aux misères dont il s'est gardé lui-même.

Ce qui n'a pas manqué à Boileau, en aucun endroit de ses écrits, c'est la faculté souveraine en toutes les choses de la vie, comme en tous les ouvrages de l'esprit, c'est la raison. Aucun poète de son temps n'en avait reçu le don plus pleinement ; nouvelle preuve qu'une loi préside à la diversité des talents, et les approprie, selon les temps et les lieux, aux besoins de l'esprit humain. C'était à d'autres à donner les grands exemples de l'imagination qui crée les types , et de la sensibilité qui fait parler les cœurs. Boileau avait à établir des

1 Sunt lacrtjmœ rerum.

rè^trlt'^, il fixer des esprits incertains, à réparer la poésie, à relever la condition morale du poète ; il avait à remplir la tâche de h'yislateur du Parnasse, titre qui lui fut déféré par son siècle, tant on y croyait une législation nécessaire pour régler et pour assurer l'art d'écrire en vers ! Nul ne convenait mieux à cet emploi qu'un poète chez lequel dominait la raison. Aussi bien, la raison dans Boileau n'est pas la raison d'un géomètre ; c'est celle d'un homme qui sent en poète ce qu'il enseigne en théoricien.

§ YII.

rniSCIPES DE SA POÉTIQrE.

La raison est l'âme des écrits, le vrai en est l'unique objet : telle fut la doctrine fondamentale de Boileau; c'est la loi mère de toutes les autres, lesquelles ne sont que des manières diverses d'appliquer la raison à la diversité des genres, et de rechercher le vrai qui convient à chacun. II l'a gravée dans des vers devenus proverbes :

Aimez donc la raison : que tonjoui'S tos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur piix... Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.

Le mot seul est à la fois la limite et la sanction du précepte. Hors de la raison il n'y a ni lustre ni prix, c'est-à-dire ni forme ni fond ; hors du vrai il n'y a pas de beau. Ces vers, que chacun de nous sait par

cœur, que l'usage a rendus communs sans les rendre vailg-aires, paraissaient inouïs aux contemporains de Boileau, et aux poètes qui ne se sentaient pas en règle sur ce point. Pradon, qui qualifiait Boileau d'Attila hadaudj ne lui reproche-t-il pas de jîarler toujours « à tort et à travers de bon sens et de raison, refrain de sa morale de campagne ' ? » C'étaient en effet des maximes inconnues jusque-là. Malherbe les avait pressenties, et il paraît bien, par ses critiques de détail, que ce qu'il avait en vue, c'est la raison sous la forme du vrai. Mais il n'en eut pas d'images aussi claires que Boileau. Ni la chose ni le mot ne s'en trouvent dans ses notes critiques. Outre la difficulté, même pour un esprit supérieur de voir toute la portée de ses pensées, et, pour un réformateur, de connaître et d'exprimer d'avance toutes les conséquences de sa réforme, Malherbp n'était-il pas sous l'empire de l'ancien jiréjugé qui faisait de la poésie un art agréable plutôt qu'utile? Il lui est arrivé de dire qu'un bon poète n'est jias plus nécessaire à la république qu'un bon joueur de flûte.

Eu quoi donc la poésie est-elle moins utile aux liommes que la morale et la philosophie? A quel titre l'empêcherait-on de chercher, comme la morale et la philosophie, le vrai par la raison? Après avoir

1 Z,e Triomphe de Pradon sur les satires du sieur Desprèaux. En tète de cet écrit est une gravure représentant Mercure fouettant un satyre, eu présence d'un personnage appuyé contre un arbre , le doigt levé, et qui paraît régler la correction. La Haye, 1676.

été dans notre pays un art frivole, dont les diflicultés donnaient un prix de convention à des galanteries, à un vain badiuage d'esprit, n'était-il pas temps qu'elle i)rît enfin sou rang parmi les productions de l'esprit (pii prétendent à l'empire des âmes, et qu'elle demandât cet empire aux seules choses qui le donnent, la raison et le vrai? Voilà ce qu'avait pu soupçonner Malherbe et ce que consacra Boileau. Il est juste d'y reconnaître l'influence de Descartes, le père de l'art de penser, qui n'est que l'art de choisir, parmi ses pensées, celles qui ont la marque du vrai, reconnue par la raison; mais il fut glorieux pour Boileau d'introduire dans la poésie l'esprit du Discours de la méthode. Ce jour-là il n'y eut plus d'un côté des penseurs, et de l'autre des poètes : le poète fut le plus divin des penseurs.

Ces doctrines ne plaisaient guère au plus fougueux des ennemis do Boileau, le « sieur Carel de Sainte- Garde. » Il trouvait tout cela bourgeois, comparé à la poésie des ruelles, à la poésie gagée par les grands seigneurs, au galant, qu'il continuait de défendre contre Boileau. Il lui a même donné quelque part l'épithètc de bourgeois. Après une réflexion qu'il estime sans réplique, « Le bourgeois, dit-il, n'y prendra pas garde '. » Je ne trouve pas le mot si malheureux, pour être de l'auteur de Childebrand. Oui, bourgeois; et pourquoi pas? C'était en effet la poésie bourgeoise dont le règne commençait; c'était la

1 La ZJi'jlnse des beaux esprits de ce temps conte un satirique.

poésie de cette classe éclairée et indéi^endante qui s'était formée au seizième siècle, entre les grands seigneurs et le peuple, et qui prend si hautement parti, dans la Mênippce, pour la royauté contre la féodalité, pour la nation contre l'étranger. Alors elle était une classe, aujourd'hui elle est la nation. Boileau reconnaissait les premiers traits de cette poésie dans Yillou, au grand scandale de Sainte-Garde, indigné qu'il fît cet honneur « à nn voleur de nuit, dit-il, lequel non seulement tirait la laine, mais perçait les maisons et montait aux fenêtres avec des échelles de corde. » N'eût-il pas été plus juste, plus séant, de faire descendre la poésie française « de Thibaut, comte de Champagne, le chaste amant de la reine Blanche, voire d'Octavien de Saint-G-elais, évêque d'Angoulême, de la noble maison de Lusiguan ' ? » De même, pour personnifier le progrès de la poésie française après Villon, quel goût d'aller choisir Marot, cet autre poète bourgeois, un Villon avec des inclinations plus honnêtes, au lieu de Guillaume de Salluste, seigneur de Dubartas!

Ce reproche de bourgeoisie, que Sainte-Garde faisait à Boileau, a été renouvelé par d'autres grands seigneurs de la souche des Sainte-Garde et des Pradon. Mais les premiers l'entendaient surtout de son mépris pour la poésie chère aux grands, laquelle leur paraissait noble, parce qu'elle avait des nobles pour patrons; les seconds l'ont entendu, comme

1 La Défense des beaux esjirîts de ce temps, etc.. etc.

Marmontel, (Vun prétendu défaut d'élévation et d'étendue.

Quoi donc? est-ce que la raison dans Boileau serait d'une autre sorte que la raison générale? Est-elle assujettie à quelque système, ou circonscrite à de certains genres d'écrire? Lequel a-t-elle exclu? Boileau a-t-il seulement exprimé une préférence pour le genre dans lequel il excellait? Quelle est la poésie si haute, si passionnée ou si rare, qu'ait proscrite cette libre raison?

Est-il vrai que Boileau ait parlé froidement de la passion ? Voici des vers où il la recommande au poète, en même temps qu'il en peint avec une brièveté admirable les principaux efifets :

Que dans tous vos discours la passion omue Aille chercher le cœur, 1 échauffe et le remue '.

A-t-il interdit au poète les inspirations de l'amour, lui qui admet l'amour le moins honnête, pourvu qu'il soit exprimé chastement; lui qui en conseille la peinture comme la route la plus sûre pour aller au cœur '; lui qui décide qu'il faut être amoureux pour bien exprimer l'amour ' ?

Le conseil qui suit vous paraît-il d'un moraliste étroit :

Aux grands cœurs donnez quelques faiblesses.

1 Art poétique, chant III.

2 De cette passion la sensible peinture

Est pour aller an coeur la ronte la plus sûre. (Chant m.)

3 Mais pour bien exprimer ces caprices heureux,

C'est peu d'être poète, il faut être amoureux. (Chant ii.)

Si l'on regarde la variété des genres, Boileau en a-t-il borné le nombre, Ini qui admet quelques genres morts avec le vieil esprit gaulois? Le rondeau, la ballade, le madrigal n'existent plus que dans VArt poctique ' .

Aurait-il du moins exclu le roman? Loin de là, il lui donne des privilèges ~ .

Il convie les auteurs à l'invention, cet liomme qu'on a accusé d'avoir voulu borner la puissance de l'esprit humain ^; il leur ouvre tous les trésors et toutes les libertés du style *, ce poète dont on fait un grammairien timide, blâmant eu autrui les hardiesses où son esprit ne pouvait s'élever. A la vérité, invention, genres, style, il veut que tout se subordonne à la raison.

Mais qu'est-ce donc que la raison? Boileau s'est bien gardé de la définir. Il ne l'eût pas définie assez clairement pour les gens qui en manquent, et il savait que les bons esprits la sentent assez pour n'avoir pas besoin qu'on la leur définisse. Quand je fais

Tout poùmcest brillant de saproi^re beauté.

Le rondeau, né gaulois, a la naïveté.

La ballade, asservie à ses vieilles maximes.

Souvent doit tout sou lustre au caprice des rimes.

Le madrigr\I, plus simple et plus noble en son tour,

Kespire la douceur, la tendresse et l'amour.

(Art poétique, chant ii.)

Dans un roman f rivolç aisément tout s'excuse.

C'est assez qu'en courant la fiction amuse.

Trop de rigueur alors serait hors de saison. (Chant il.)

Auteurs, prêtez l'oreille âmes instructions :

^ oulez-vous fiiire aimer vos riches fictions? (Chant Til.)

De figures sans nombre égayez votre ouvrage. {Ibid.)

VK LA LITTKRATLRE FRANÇAISE. 303

appel à la raison crun homme de bouue foi qui sVst trompé, ou qui a fait une faute, je ne la lui définis i)as , car je sais qu'elle lui parle eu même temps que moi, et qu'elle s'est déjà mise de mou côté. J'olïensorais même cet homme, au lieu de le ramener, si je prétendais découvrir en lui sa raison. Tout ce qu'il peut supporter de moi, c'est que je l'aide à voir ce qui u'y est pas conforme. A cela se borne Boileau. Par tout ce qu'il défend au nom de la raison, on reconnaît qu'il s'agit toujours de ce sens de Vhianain, par lequel non seulement rien de ce qui est de l'homme ne nous est étranger, mais tout ce qui n'est pas de l'homme nous choque.

Quelque chose donc que vous écriviez , il faut que ma raison en soit d'accord. Si, dans la peinture des passions, vous allez au delà, non de celles que j'ai pu connaître, car je ne réduis pas le vrai à mon expérience personnelle, mais de celles que je puis concevoir, ma raison ne vous suivra pas. Elle résistera à vos fictions, si vous y excédez la vraisemblance ; elle sera offensée de votre langage si vous sortez non du mien, qui est sans doute trop humble pour exprimer les conceptions de l'art, mais de celui que je tiens i)0ur bon et pour mien, ijarce qu'il exprime en perfection des choses conformes à ma raison.

L'objet de la raison, comme l'entend Boileau, n'est ]ioint une sorte de vrai ; c'est tout ce qui est vrai. C'est à la fois le vrai du devoir et le vrai du

fait ; le vrai de Pascal, comme celui de Montaigne. Seulement Boileau veut, et qui l'en blâmerait? que ce que nous connaissons serve à nous conduire, et que de la peinture de ce qui se fait il sorte toujours quelque enseignement sur ce qui doit se faire. Il invite le poète à chercher la passion au fond du cœur ; il fait plus, il veut que pour la bien exprimer on l'éprouve ; mais c'est sous la réserve qu'en s'y intéressant, le lecteur ou l'auditeur la condamne.

Didon a beau gémir et m'étaler ses charmes, Je condamne sa faute en partageant ses larmes.

S'il conseille la peinture de l'amour, c'est à la condition que cette passion, souvent combattue de remords.

Paraisse ime faiblesse et non tine vertu.

Mais cette condition, loin de borner le vrai, n'en fait-elle pas elle-même partie? Quand nous sommes témoins des effets d'une passion violente, le jugement que nous en portons n'est-il pas mêlé de blâme et de pitié? Que dis-je? quand nous sommes nous-mêmes sous le joug de la passion, ne nous jugeons-nous pas tour à tour avec complaisance et sévérité, et ne sommes-nous pas tout aussi près de nous la reprocher comme une faiblesse, que de nous en faire honneur comme d'une vertu?

Ces principes de la raison et du vrai, Boileau les applique aux genres dont les règles particulières ne

sout que les conditions imposées à chaque genre pour être confonne à la raison. Boileau n'a raffiné sur aucun ; il les caractérise sommairement, tantôt par leurs limites , tantôt par la disposition d'esj)rit à laquelle ils répondent, faisant voir par là qu'ils sont moins des cadres arbitraires, consacrés par leur antiquité, que les convenances mêmes de notre esprit. Quand le poète mêle les genres et confond leurs limites, il fait pis que violer une règle de la poétique, il contrarie notre nature, qui n"a jamais au même moment deux dispositions contradictoires, et qui ne supporte pas l'écrivain qui veut lui faire cette violence.

La raison ])Our chaque genre, consiste à se conformer à la disposition d'esprit particulière qui y répond ; le vrai , c'est tout ce qui est conforme à cette disposition. On Ta si bien senti, qu'il est d'usage de dire : la vérité des genres. Or, qu'entend-on par là, sinon la conformité de ces genres, ou de la manière dont ils sont traités, avec la disposition que nous y apportons ? Quand je vois ou lis un poème dramatique, ce que j'y veux trouver, c'est la ressemblance avec la vie ; tout ce qui n'y est pas marqué de cette ressemblance, je le juge hors de la vérité du genre. Qu'on me donne à lire une ode, je m'attends à quelque chant sublime ou gracieux ; si l'inhabileté du poète me jette dans quelque récit, ou me détourne vers des idées satiriques, il mécontente ma disposition lyrique, sans contenter la disposition que je prête soit à l'épopée, soit à la satire.

Le poète n'est pas si maître de nos âmes que le lui disent ses flatteurs : l'empire appartient à celui qui connaît tontes les avenues de notre esprit, non à celui qui les évite ou qui les confond.

Boileau n'entre pas dans cette métaphysique des genres : ce n'était ni dans sou plan, ni propice aux dév^eloppements poétiques, ni nécessaire à une époque où l'on avait foi aux grands exemples de l'esprit humain dans les lettres, comme à la tradition en matière de foi. Mais quiconque n'interprète pas de cette façon ses préceptes sur les genres, les vives descriptions qu'il en fait et les limites qu'il leur a tracées, n'a pas compris Boileau.

C'est faute d'avoir été au fond de sa théorie que des critiques en ont trouvé certaines prescriptions communes et superficielles, et tout au plus bonnes pour les versificateurs de profession. Pour le poète, qu'a-t-il affaire de tous ces préceptes sur la langue, sur la rime, sur le travail? Par exemple, on s'est scandalisé de ce vers de TÉpître à Molière :

Enseigne-moi, ^lolière. où tu trouves la rime i?

La haute idée qu'il a de IMolière, a-t-on dit, de n'y voir qu'un poète qui a le secret de la rime! N'est-ce pas pitié que Boileau demande à Molière où il trouve la rime, au lieu de lui demander où il a trouvé le Misanthrope? On oublie que le même homme, invitant ailleurs le poète à s'accoutumer aux difficultés

î Satire II. A Molière,

do la rime, dit que, ])ar l'iiabitude de la bicji cherciter,

Au joug de la raison sans peine elle flochit, Et, loin de la gêner, la sert et l'cni-ichit '.

Ainsi, pour avoir le vrai sens de l'admiration qu'inspire à Boileau cette faciliré à trouver la rime, il faut se souvenir qu'il l'entend de la rime eneliaînée au joug de la raison, de la rime qui enrichit le sens au lieu de le g-êuer, de la rime telle que la manie Molière dans le Misanthrope. Qu'y a-t-il alors dans ce vers qui fait sourire dédaigneusement d'Alembert, Marmontel et d'autres, sinon un cri d'étounement à la vue de cette richesse de génie qui faisait trouver à Molière , du même coup , la raison et la rime, et un candide retour de Boileau sur luimême, qui ne les trouvait pas toujours, même eu se consumant à les chercher? Toute la querelle de Boileau avec les ^joètes contemporains porte sur la rime qui ne sert 2)as au sens. C'est à cette rime-là qu'il a déclaré la guerre :

Quand son esprit, poussé d'un courroux légitime. Vint devant la raison plaider contre la rime -.

Une irréflexion du même genre a fait blâmer ce vers qui termine l'excellente description du sonnet :

Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème'*.

' Artpoètique, chant i.

~ EpUre X, à ses vers.

^ Art poétique, chant II.

ce Cela est un peu tort, s'écrie la Harpe, et c'est « porter un peu loin le respect pour le sonnet! > Un admirateur de Boileau a voulu le justifier par une raison de chronologie. Le genre du sonnet, remarque-t-il, étant encore très populaire en 1674, une poétique ne pouvait ni l'omettre ni l'estimer médiocrement'. Je n'accepte point cette excuse pour Boileau; il me paraît ici doublement à louer : d'al)ord, pour avoir fait sentir, par un exemi^le si vif, le prix de la perfection dans tous les genres; ensuite, j^our n'avoir pas omis le genre du sonnet. C'est la discipline assurée, sans rien ôter à la liberté.

D'autres censeurs se sont offensés de l'estime qu'il fait des transitions, a le plus difficile chef- « d'œuvre de la poésie , » écrit-il à Racine ~. Pénétrons au fond de ces paroles. S'agit-il donc d'une certaine soudure artificielle pour dissimuler le décousu d'une pièce de poésie î Dans ce cas, ni la peine qu'il y a prise n'intéresserait, ni l'aveu qu'il en fait ne serait utile à l'art. Mais ne l'entend-il pas plutôt du fil même du discours qu'il est si malaisé de ne pas laisser échapper? Les transitions ne sontelles pas des vérités intermédiaires qui lient les vérités principales? Le bon discours pourrait se comparer à une chaîne dont tous les anneaux , quoique de grosseur inégale, seraient d'or. Les plus pe-

1 Daunou. Préface de l'édition des œuvres de Boileau. - Il lui parle de sa satire contre les femmes, a ouvi-age, dit-il. qui me tue par la multitude des transitions. »

tits sont les transitions ; mais ils sont d'or comme les plus gros. Où les transitions sont forcées, la faute en est au plan qui a été mal conr-u. Vanter l'art des transitions, c'est donc conseiller, par le tour le plus vif, l'art des plans ; et de même qu'en louant le soin donné à la rime, c'est la raison que Boileau recommande, de même, en nous prescrivant le soin des transitions, il nous invite à concevoir fortement le sujet et à en lier toutes les parties. Il donnait ainsi des règles qui nous ont servi à connaître ses fautes ; car si la satire des femmes l'a tué par la multitude des transitions , c'est peutêtre parce que cette satire pouvait être mieux conr-ue, et qu'elle sort par moments de la raison et du vrai.

Il n'est pas une des prescriptions de Boileau où l'on ne trouve la raison pour principe de l'inspiration, et le vrai pour objet. Que dis-je? il n'en est pas une qui n'assure la liberté du poète par la manière même dont elle la règle. Une doctrine littéraire , qui m'impose la raison et le vrai , a plus de souci de ma liberté que celle qui autorise mes caprices. C'est ainsi que la loi morale , qui m'impose l'honnête, me veut voir plus véritablement libre qu'une certaine philosophie, qui s'en fie à ma sagesse du soin de me conduire, et qui se rend ainsi complice de mes erreurs et de mes défaillances. Car que veulent toutes ces prescriptions , sinon nous exciter à nous connaître? Où est la liberté véritable, sinon dans la connaissance de soi-même ? Il est vrai

que nous ne le croyons pas cV abord ; nous goûtons plus les doctrines qui flattent cette autre liberté fausse, qui vient de l'iiumeur et des sens, et qui nous trompe sur ce que nous sommes. On s'insurge contre Boileau par la crainte qu'on a de se voir au ^Tai. Outre qu'il juge les questions brièvement, sans entrer dans des motifs qui provoqueraient la contradiction, et qu'il rend ses décisions en poète, non en philosophe, par de vives images tirées de l'art dont il trace les règles.

Au temps où Boileau écrivait , la simplicité même de ses doctrines en faisait l'autorité. A tous ces jeux d'esprit, où s'évertuait alors tout ce qui tenait une plume, il oppose la raison, le vrai, comme à un siècle déréglé on se contente de rajipeler la probité, l'honneur, la foi publique. Car à quoi bon expliquer, subtiliser ?

Notre condition intellectuelle serait bien misérable si . en fait d'écrits , nous n'attachions pas tous le même sens aux mots raison et -VTai, comme, en fait de conduite, aux mots probité, honneur, foi publique. Mais il arrive c^ue ces idées, qui sont si claires, ou sont obscurcies par des iiréjugés, ou cessent de nous être présentes. Les rappeler à propos, en réveiller les images au fond des esiDiits, c'est une création. Boileau n'avait pas à faire autre chose. Xi la subtilité d'Aristote, ni cette philosophie de l'art , où ce grand homme semble vouloir donner la raison de la raison, n'eussent été de mise là où il suffisait de quelques principes simples, éter-

ni: I.A LITTÉUATl'UK FIIAXÇAISE. 311

nels, ou i)lutût de quelques-uns de ces mots qui contienueut en eux tout un ordre de vérités, raison, vrai, langue, perfection; mots de ralliement pour l'esiirit liuniain, aux é})oques où il oublie ses propres lois et perd l'idée de sa grandeur.

Boileau dut sa céléhrité à l'honneur d'avoir prononi-é ces mots tout-i>uissants avec un admirable à-propos. Si la postérité l'a jugé comme son époque, il le doit à ce que cet à-propos se renouvelle sans cesse, l'esprit humain, comme im vaisseau qui chasse sur ses ancres, s'agitant incessamment sur ces points d'appui , dont il ne s'arrache un moment que pour revenir s'y fixer de nouveau.

Cette raison, ce vrai, importunaient comme des fantômes tous les poètes de la vieille école. Rien ne les irritait plus que de s'y voir ramener par le satirique que Pradon faisait fustiger, aux frontispices de ses libelles. Pour comble, Boileau ne prenait jjas la peine de discuter avec eux. Il se bornait à leur montrer ces mots magiques ; prenant à témoin son siècle, qui peu à peu s'y reconnaissait lui-même, et se retournait contre ce qu'il avait aimé. C'est avec ces mots que Boileau dissipa toute cette vaine poésie : et telle en a toujours été la force dans notre pays , que tous les poètes qui n'en ont pas compris le sens, ou qui ont osé y contredire, sont allés ou iront rejoindre ceux qu'on a spirituellement aj)pelés les victimes de Boileau.

En même temps qu'il opposait à la poésie cojjtemporaiue la raison et le vrai, réintégrés pour ainsi

dire dans la langue poétique , d'où la mode les avait l)aunis, il opposait aux mœurs des poètes un idéal formé de toutes les qualités de l'homme de bien. Le poète, selon Boileau, doit se défendre contre les éloges, et ne jamais dédaigner les critiques, fût-ce même celles d'un sot, qui peut quelquefois donner un bon avis ; cherclier un véritable ami qui l'éclairé sur ses fautes ; faire reluire dans ses vers la pureté de sa vie ; fuir la jalousie et les intrigues ; travailler pour la gloire , et non pour le gain \ Beau type de poète, surtout si l'on songe que Boileau en avait pris les traits dans sa propre vie, et qu'il se donnait lui-même eu exemple à des poètes pour lesquels chacun de ces traits était un reproche. C'était trop peu de dire :

Aimez donc la raison ;

ce précepte voulait un corollaire. Boileau le trouva dans sa conscience :

Aimez donc la vertu : nouriissez-eu votre âme 2.

Voilà l'idéal au complet : car si la vertu n'est que la raison dans la conduite de la vie , quel poète pourra donner une image plus sensible de la raison , que celui qui , sous le nom de vertu , la prendra pour guide de sa propre vie ?

Telles sont les doctrines de VArt poctique, ce code si vainement attaqué depuis deux siècles,

■* Art 2Joétlque, chant iv.

=^ Ibid.

qu'aucun chano;ement de goût na pu faire abroger, et dont (juelques prescriptions à peine sont tombées en désuétude : encore y aurait-il du péril à les indiquer. Les articles de ce code, exprimés, tantôt par des sentences vives et laconiques comme les réponses des oracles, tantôt par de poétiques images des règles de la poésie, sont présents à tous les esprits cultivés. Juges des ouvrages d'autrui, nous nous dirigeons par ses règles ; auteurs, nous tâchons de nous y conformer, et de nous en aider contre nos défauts. Non seulement Tapplication en est commune à la prose et aux vers, mais elles s'étendent à l'art de concevoir et d'exi>rimer toutes choses. Il n'y a pas de législation plus conforme au génie de notre pays. Ceux qui lui résistent ne témoignent pas moins de cette conformité que ceux qui lui obéissent : car ce qu'ils défendent contre Boileau, ce sont le plus souvent leurs propres défauts, et ce dont ils lui en veulent, c'est d'avoir été connus par lui et raillés avant qu'ils fussent nés. On ne cite pas un bon ouvrage en vers qui ait été fait de parti pris contre les règles de VArt j^oètique. Eu peut-on citer un, même chez les nations étrangères , pour peu que tous les esprits cultivés soient d'accord de sa beauté, dont les doctrines de Boileau eussent empêché les belles parties, ou n'aient pas par avance signalé les défauts? Il resterait à prétendre qu'il peut y avoir de beaux ouvrages, <]ui ne portent pas la marque de la raison et du vraij ou qu'il y a une sorte de vrai qui n'est pas

conforme à la raison. Mais qui oserait aller jusqu'à cet excès-là?

§ VIIL

DES LIAISONS DE BOILEAU AVEC RACINE, MOLIÈRE ET LA FONTAI^V, ET DE SON INFLUENCE SUR SES AMIS.

Jj' Art poétique est quelque chose de plus que l'ouvrage d'un homme supérieur : c'est la déclaratiou de foi littéraire d'un grand siècle. Les doctrines eu avaient été débattues entre les grands poètes de ce siècle, Molière, Kacine, la Fontaine, Boileau, dans des entretiens dont la tradition est demeurée. La Fontaine y fait allusion dans le début des Aniours de Psyché. Il parle de quatre amis, dont la connaissauce avait commencé par le Parnasse, et qui avaient lié une sorte de société « d'où l'on avait banni, dit-il, les conversations réglées et tout ce qui sent la conférence académique. L'envie, la malignité ni la cabale n'avaient de voix parmi eux. Ils adoraient les ouvrages des anciens, ne refusaient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont dues , parlaient des leurs avec modestie, et se donnaient des avis siucères, lorsque quelqu'un d'eux tombait dans la maladie du siècle , et faisait un livre , ce qui arrivait rarement. » Ces quatre amis ne sont autres que Molière, qui y est désigné sous le nom de Gélaste (y2^'«<î~ôî, plaisant) ; Boileau (Ariste) qui était sérieux sans être incommode; Racine

(Acante), et la Fontaine (Pulypliile), dont « ou pouvait dire qu'il aimait toutes choses '. »

Racine et la Fontaine s'étaient liés les premiers. Ils attirèrent bientôt Molière et Boileau. Celui-ci avait loué un petit appartement, rue du Vieux-Colombier, où ces quatre amis, et Chapelle , leur égal par le goût, se réunissaient deux ou trois fois la semaine, à souper, pour causer de leurs écrits. A l'exception de Molière, déjà célèbre, ils étaient tous à leurs débuts. Racine avait fait la ThéboÀde; la Fontaine, le premier livre de ses Contes; CTiapelle, son Voyage; Boileau, ses premières satires. De temps en temps, la Fontaine emmenait à Château-Thierry Racine et Boileau, A leur retour, les soupers et les entretiens recommençaient. Il 5^ avait une punition pour les fautes de table : c'était de lire quelques vers de la Vucelle. La peine capitale était une page entière.

Les entretiens roulaient sur toutes les parties de Fart. Chacun donnait, ou son sentiment, comme auteur, sur le genre qu'il cultivait, ou son jugement, comme lecteur, sur les genres que traitaient ses amis, Molière et Racine révélaient les secrètes beautés du poème dramatique. L'amateur de toutes choses, la Fontaine, indiquait le délicat de tous les .uenres; Boileau ramenait tout à la raison et au vrai. Le contrôle amical qu'ils exerçaient les uns sur les

1 K Acante et Polyphile, dit-il, penchaient tous deux vers le lyrique, avec cette différence qu' Acante avait quelque chose de plus touchant, Polyphile de plus fleuri. >»

autres De s'arrêtait pas aux écrits; il s'étendait jusqu'à la conduite. Ainsi Molière, Racine et Boileau grondaient Chapelle sur sa faiblesse pour la table, en présence de la Fontaine, qui se taisait, n'ayant guère qualité pour faire la morale à autrui ; ainsi Boileau et Racine engageaient, pour réconcilier la Fontaine avec sa femme , des négociations dont ou comprend trop bien que Molière ne se mêlât point.

Déterminer avec rigueur ce que chacun de ces quatre grands écrivains a retiré de ce commerce, personne n'y pense; nier qu'ils y aient tous beaucoup gagné serait un paradoxe insoutenable. On cite à ce propos une anecdote piquante, dont on n'a peut-être pas tiré toute la morale. Nos quatre amis discutaient sur l'usage des aparté au théâtre '. Molière et Boileau les approuvaient; la Fontaine n'eu voulait point. Il les jugeait contraires à la nature. Boileau imagina, pour les justifier, un moyeu plaisant. Pendant que la Fontaine défendait avec chaleur son avis contre Molière, Boileau se mit à lui dire des injures. R n'en entendit rien, tant il était animé. Alors Boileau de triompher, et de prouver victorieusement à la Fontaine que les aparté sont dans la nature, puisqu'il vient d'être injurié à haute voix et presque à la face, sans qu'il ait rien entendu.

La démonstration n'était pas péremptoire. Ce qu'on

1 II s'agit de ces paroles prononcées par l'acteur, qu'on suppose n'être pas entendues des autres personnages, quoiqu'elles le soient du public.

en peut tout au plus conclure , c'est que les apartc, pour être vrais, veulent des personnages aussi distraits (|no la Fontaine. Au fond, il n'avait pas tort de se montrer plus ditiicile sur ce point que Molière lui-même , lequel tenait aux aparté comme à un moyen commode d'effet, dont le spectateur souffre volontiers l'invraisemblance s'il y trouve à rire. Mais qui nous dit que Molière n'ait pas été touché des bonnes raisons de son ami, et que si les aparté, devenus de plus en plus rares dans son théâtre, disparurent tout à fait de ses chefs-d'œuvre , on ne le doive pas à la Fontaine?

Des griefs qui laissèrent l'estime intacte, les misères des amitiés humaines, rompirent ces douces réunions, si utiles à tous. Molière et Racine se brouillèrent à cause de V Alexandre , que Racine eut le tort de retirer à la troupe de Molière. Ils cessèrent de se voir sans cesser de se rendre justice. Ce fut ensuite Boileau et la Fontaine qui se refroidirent. La sévérité de mœurs de Boileau, ses scrupules de religion, sa probité peut-être trop exigeante, le gênaient devant la Fontaine, qui pratiquait de plus en plus la morale de ses contes. Leurs relations en devinrent moins intimes, mais il n'y eut pas brouille. Nous voyons , vers la fin de la vie de la Fontaine , Racine et Boileau le décider à mettre an feu un conte qu'il songeait à adresser au grand Arnauld, qui l'avait loué de ses fables. Entre Racine et la Fontaine l'amitié subsista sans nuage : et qui donc aurait pu brouiller la Fontaine et Molière?

Quand la séi^aration ou le refroidissement arriva, tout le bien qui pouvait sortir de leur union était déjà fait. Ils s'étaient entendus sur toutes les conditions de l'art, et comme engagés à la fois par l'émulation et par l'amitié à les remplir. Xous devons à ces liaisons illustres non leurs grandes qualités, mais l'unité de direction et d'objet qui leur fit chercher et atteindre , dans les genres très divers où chacun d'eux est le premier, la perfection, c'està-dire le vrai par la raison. Pourquoi vouloir séparer Molière et la Fontaine de Racine et de Boileau , et les rattacher à je ne sais quelle tradition plus nationale, qui n'est point celle de du Bellay, l'étude de l'antiquité et le pur français de Paris? Cela n'est guère soutenable de Molière, mais combien moins de la Fontaine? N'est-ce pas lui en effet qui, dans la querelle des anciens et des modernes, se prononça le premier pour les anciens? Huit jours après la séance académique où Perrault avait immolé, dans une ode, les anciens aux modernes, paraissait cette charmante éi^ître à Huet, où, faisant allusion à ces ridicules attaques, l'amateur de toutes choses, Polyphile , disait :

Je vois avec douleur ces routes méprisées : Art et guides, tout est dans les champs Elysées. Je le dis aux rochers

Xe distinguons donc pas deux écoles dans ce groupe de grands hommes. X'otons à aucun la part qu'il a eue, comme juge supérieur, comme conseil-

1er sincère, dans les œiuTes de ses amis. Laissons >u.rtout à Boilcau. qui fut peut-être le moins libélalenieut traité du côté du g;énie, la part fjuc lui donnèrent sa ferme raison, son goût incorruptible, dans la composition d'ouvrages qu'il nous a appris lui-même à mettre au-dessus des siens. "L'Art poétique a été discuté et convenu entre Molière et Racine, la Fontaine et Boileau; mais celui-là dut le mieux connaître les lois de l'art, qui eut la gloire de les exprimer si bien.

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