CHAPITRE DEUXIEME
§ I. Comment Descartes réalise l'idée de l'éloquence, et quelles circonstances marquent ce progrès de l'esprit français et de la langue. — S II. Prodigieux génie de Descartes, et de quels moyens il se sert pour assurer la liberté de son esprit. — § III. Du cartésianisme comme philosophie et comme méthode littéraire. — § IV. Du Biscoin-s de la méthode. — g V. Comparaison entre l'esprit du cartésianisme et l'esprit du seizième siècle. — S VI. En quoi Descartes est plus original et plus naturel qu'aucun des écrivains qui l'ont précédé. — !? Vil. Influence littéraire du cartésianisme. — § VIII. Descartes porte la langue française à sa perfection.
COMMENT DESCARTES RÉ.VLISE L'IDÉE DE L'ÉLOQUENCE, ET QUELLES CIRCONSTANCES MARQUENT CE PROGRÈS DE L'ESPRIT FRANÇAIS ET DE LA LANGUE.
Nous connaissons enfin le caractère fondamental de la littérature française au dix-septième siècle : C'est la recherche et l'expression de la vérité.
La recherche implique le choix, parmi les vérités diverses, de celles qui sont nécessaires à la conduite de la vie.
L'exj^ression s'entend de la communication de la vérité, de l'art de la persuader aux autres, de leur en faire partager la possession.
La vérité cherchée, trouvée et bien exprimée, tel est l'éloge qu'on fait de tous les bons écrits au dix-septième siècle. Tous les grands hommes de cette époque se sont f^omme distribué le domaine
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de la vérité universelle ; ils en font valoir toutes les parties.
Balzac n'avait pas mérité une médiocre estime. ]>uisqu*il avait le premier compris cette fin de toute grande littérature. L'impatience même du mieux, qui lui ôta sitôt la faveur publique, avait été en partie son ouvrage.
Quel était ce mieux dont il eut Thouneur de donner le goût, et qu'il essaya vainement do réaliser'?
Les adversaires de Balzac l'avaient indiqué. C'était, d'une part, un sujet, c'est-à-dire un corps de vérités sur une matière déterminée, d'où il résnlt/it un enseignement pour la conduite de l'esprit et de la vie; d'autre part, un langage exact et naturel, approprié à ces vérités.
Il n'y a pas d'indication plus sûre que celle des critiques. J'entends même ceux qui le sont de parti pris. Eux seuls voient ce qui manque, peut-être parce qu'ils ne veulent voir que ce qui manque. Pour peu qu'ils aient de sens et d'esprit, l'ardeur même de la partialité leur donne la sagacité qui fait distinguer le bon du mauvais , et deviner ce qui reste à faire. Comme ils ont besoin de bonnes raisons pour justifier ou dissimuler leur prévention , il leur arrive, tout en ne cherchant qu'à donner tort aux écrivains, de trouver à quel prix se font les écrits qui durent.
Que reprochait-on à Balzac? D'être un orateur sans tribune, sans chaire, sans barreau; de n'avoir
pas d'haleine pour un ouvrage de quelque étendue; de ne point parler naturellement, c'est-à-dire de n'avoir point les qualités des grands écrivains qui allaient suivre, et d'avoir les défauts dont ils devaient purifier l'esprit français et la langue. Ainsi, avant qu'aucuu modèle eût paru, on savait à quelles conditions un écrit est un modèle.
Nous avons admiré , dans le cours de cette histoire, avec quel merveilleux à-propos les hommes naissent comme tout exprès , dans notre pays , pour accomplir certains progrès pressentis par la partie saine du public.
Il n'est pas une époque où cet à-propos paraisse plus manifestement une loi de l'esprit français, qu'au lendemain de la gloire de Balzac. Il nous fallait un sujet, un corps de vérités, d'où sortît un enseignement pratique ; un langage approprié, naturel , où les mots ne fussent que les signes nécessaires des choses. Qui pouvait mieux y pourvoir qu'un grand géomètre, devenu grand écrivain, qui allait traiter des vérités les plus essentielles à l'homme avec les habitudes rigoureuses de Talgébriste, posant ces vérités comme des problèmes au moyen de mots exacts comme des chiffres, et les résolvant par un enchaînement de propositions évidentes ?
C'est là le caractère de Descartes ; ce sera encore, vingt ans après, avec des circonstances particulières, le caractère de Pascal. Exemple illustre, que notre littérature ofifre seule entre toutes, ap-
])areiiiiuc'ut pour que nous en tirions un enseignement, de deux hommes de génie, grands géomètres et trrands écrivains, qui. à vingt ans d'intervalle, nous apprennent successivement le secret des ouvages parfaits, c'est-à-dire de ceux qui sont les plus conformes à l'esprit humain et au génie de notre pays.
rnoniGiEux génie de descartes, et de quels moyens il se sert