FRÉRET
taire philosophe^ le Tableau de l'esprit humain^ etc., etc., etc. Il semble qu'on ait résolu de faire le siège de l'infâme dans les formes, tant on jette de boulets rouges dans la place. »
Parmi les livres dirigés contre les bases du christianisme, les uns étaient écrits avec fureur, et les autres, peut-être plus dangereux, avec le sang-froid des rationalistes anglais. Les prédicateurs d'impiété ne se contentaient pas de s'adresser aux classes éclairées, ils mettaient l'athéisme à la portée des ouvriers et des femmes du peuple les plus ignorantes. On trouvait moyen de glisser partout l'incrédulité et l'impiété, et le marquis de Mirabeau pouvait dire, dans l'Ami des hommes : (^ Il n'est maintenant bouquet à iris, ou dissertation sur des eaux chaudes, où l'auteur ne veuille insérer sa petite profession de foi d'esprit fort. » C'est ainsi que les disciples de Voltaire, obéissant à la voix de leur patriarche, travaillaient sans relâche à semer le bon grain. Détruire le catholicisme, tel était le point fixe, tel était l'objet auquel ils ramenaient tout, auquel ils subordonnaient tout. Ils rugissaient de voir « l'infâme se débattre encore sous la vérité qui l'écrasait ^ jj ; et il fallait que tous les efforts se réunissent pour donner ce coup mortel au monstre. Nous n'essayerons pas de faire connaître toute celte populace de menus philosophes qui pullulaient à cette époque. Il nous suffira de mentionner et de caractériser par quelques traits ceux qui eurent plus de talents et plus d'influence.
Le nom de Fkéuet mérite d'être prononcé avec honneur. C'est, nous l'avons déjà dit, un des savants sérieux du dix-huitième siècle, un de ceux qui ont le mieux mérité de l'histoire et de l'érudition. Il était naturellement porté au scepticisme. Cependant, contrairement à Bayle qui, dans une infinité d'endroits de ses ouvrages, semblait n'avoir eu en vue que d'insinuer le pyrrhonisme historique le plus outré, il défend avec force et logique la certitude de l'histoire ; il s'applique à montrer que la tradition historique « a, pour le gros des faits, une certitude qui ne permet pas aux esprits justes de la rejeter enlièrement sur de simples soupçons généraux, et sans avoir besoin des preuves positives de sa fausseté -, ■> Enfin il est fort contraire à l'espèce d'incrédulité historique qu'xivait développée de son temps l'esprit mathématique et géométrique. Dans tout le cours de sa vie, qui fut un labeur sans interruption, il se livra patiemment aux plus difficiles explorations de la critique archéologique et appliqua souvent avec beaucoup de bonheur l'esprit philosophique à la discussion des faits.
Malheureusement, sur les matières religieuses ses écrits furent de déplorables écarts. On a sous son nom des ouvrages qui sont au
1 Lettre de Voltaire à d'Alemberl, 3 avril 1765.
2 Réflexions sur l'étude des caiciennes histoires et sur le degré de c rtilude de leurs preuves (17 mars 1724).