‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 102 sur 196 · FRÉRET · texte numérisé non relu

FRÉRET

nombre des plus hostiles à la foi catholique. Il porta une critique hardie sur les Évangiles, et en attaqua l'authenticité par la raison qu'il en avait couru beaucoup d'apocryphes dans les commencements. Les Lettres de Thrasybule à iewcippe, qui paraissent bien être de lui, quoique ce ne fût pas l'avis de Voltaire \ réduisent avec une précaution perfide l'athéisme en principe. Voltaire était émerveillé de ce livre, il en rendait grâces à Dieu, et déclarait qu'il faisait un bien prodigieux'^. Le patriarche des philosophes fut encore plus content de YExamen critique des apologistes du christianisme (1767), et s'applaudit encore davantage de l'effet qu'il produisait. L'auteur, nullement déclamateur, montre une redoutable force de logique. Ce déiste, qui voulait saper par la base l'histoire évangélique tout entière, afTecte les apparences de la modération et du respect pour le christianisme, dont il ne prétend aucunement, dit-il, renverser ou affaiblir les preuves. Sa seule intention est de faire sentir aux catholiques les lacunes et les insuffisances de leurs démonstrations, et de leur fournir les moyens de compléter et de rectifier tous les anciens systèmes d'apologie. Mais en dépit des mille précautions que l'auteur, déjà déguisé par le pseudonyme, prenait pour n'être pas inquiété, son dessein perçait évidemment. Sous prétexte que, dans une cause comme celle de la religion, on ne doit rien apporter sinon des preuves victorieuses, il discute, réfute, ridiculise, et s'efibrce de réduire à rien les plus forts arguments des plus célèbres docteurs. Il prétend démontrer que les premiers hérétiques ont contesté l'authenticité et la véracité des Évangiles. Il essaye d'afl'aiblir l'autorité de la déposition des apôtres en faveur des faits évangéliques, en soutenant, contre toute vérité, que les premiers prédicateurs de l'Évangile ont uniquement persuadé des gens du peuple. Non content de renverser les preuves de l'origine apostolique des Évangiles, il attribue l'établissement et la propagation du christianisme, non à une intervention de la Providence, mais aux édits des empereurs chrétiens. Enfin, allant plus loin, il soutient que la révélation chrétienne n'a rien fait pour le progrès du genre humain, et que les philosophes de l'antiquité enseignèrent dans les écoles helléniques toutes les vérités fondamentales plus tard reprises et popularisées par le christianisme. Toutes ces objections et toutes ces assertions ont été, depuis, solidement et victorieusement réfutées. Mais, à l'époque, elles firent à la religion un mal prodigieux.

On a soutenu avec certaine apparence de raison que ce livre dangereux n'était pas du docte secrétaire perpétuel de l'Académie des belles-lettres, mais de Burigny. C'était alors la mode, il est vrai, de

* « J'ai lu Thrasybule, mon cher ami : il y a de très bonnes choses et des raisonnements très forts. Ce n'est pas là le style de Fréret ; mais n'importe d'où vienne la lumière, pourvu qu'elle éclaire. » [Lettre de Volt, à Damilaville, 30 nov. nos.)

» Lettres à d'Alembert, du 13 et du 26 juin.

Prosateurs du xvm" siècle. 29

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