BOULANGER
présenter les livres les plus agressifs qui sortaient delà secrète officine de d'Holbach comme les œuvres posthumes de divers savants ou académiciens ; cependant Duclos, dans ses Mémoires, donne des détails qui ne permettent guère de douter que l'Examen des apologistes n'appartienne réellement à Fréret*.
BouLANGEK (1722-1759), copiste de l'anglais Toland, et masquant se> intentions comme Fréret, attaqua le christianisme par un système perfide d'insinuations et d'allusions.
Dans l'Antiquité dévoilée^, qui ne fut publiée qu'après sa mort, en 1766, cet écrivain, d'une imagination forte et sombre, et qui se plaisait à méditer sur les grandes catastrophes de la nature, s'applique ardemment, mais sans critique, à retrouver dans tous les usages de l'antiquité, et surtout dans les pratiques religieuses, les souvenirs du déluge 3, les impressions de terreur dont il a frappé l'esprit des peuples, les liaisons qui se sont établies entre ce grand cataclysme et les périodes astronomiques, les apparences des astres et les divisions cycliques du temps. Il prétend montrer les suites morales des diverses révolutions qui ont changé la face de la terre, et l'influence qu'elles ont eue sur la conduite des hommes, sur leurs idées, sur les démarches des sociétés renouvelées, et même sur celles de toutes les sociétés qui sont dérivées des premières*. Pour lui, une des principales conséquences des grands malheurs arrivés à l'espèce humaine, c'est l'établissement du despotisme oriental et théocratique, et la naissance et l'exagération du sentiment religieux.
Bien loin d'attribuer aux religions une origine divine, il ne voit, dans les dogmes et dans les objets du culte, que des symboles des phénomènes astronomiques ; l'histoire elle-même lui parait en grande partie symbolique. A ses yeux Élie et Enoch sont des personnifications d'une période astronomique ; saint Pierre est, comme Janus, un emblème du commencement de l'année.
t « Fréret raisonnait et s'appuyait souvent de citations et d'autorités, non pour s'établir en érudit, mais pour développer ses principes en pliilosophe. Il avait fait un ouvrage qui serait dangereux s'il était à la portée du commun des lecteurs. Il aurait été très facile qu'il devint public. J'en ai pour preuve la lettre qu'il m'écrivit, en me l'envoyant, quelque temps après que je fus devenu son confrère à l'Académie des belles-lettres. Il me marquait, dans son billet que j'ai gardé pour sa justification, si l'on trahissait sa confiance, que cet ouvrage n'était que pour des amis interioi'is admissionis. J'aurai occasion de parler dans la suite de la coupable frénésie qui règne aujourd'hui de tirer des cabinets et de rendre publics des écrits qui n'en devaient jamais sortir. Fréret lui-même pensait ainsi et comptait jeter le sien au feu. » {Mém. de Duclos, p. 24, 2^ édit.)
2 Le Christiani<:me dévoilé, bien plus impie, parait n'être pas de Boulanger, mais de d'Holbach ou de Damilaville.
3 Voir aussi, dans ï'Encyclopé/ie, son article Déluge. * L'Antiquité dévoilée, t. I, p. 5.
DUPUIS. 4of
Boulanger, ingénieur et physicien assez habile, se servit de la géologie pour couibattre les traditions religieuses sur l'origine du monde; Guvier, au commencement du dix-neuvième siècle, a eu l'honneur de trouver et d'exposer savamment les raisons qui concilient la Genèse avec la science.
Dupcis (1742-I8ri9) retourna sous d'autres formes le même fond qu'avait remué Boulanger.
Dupuis professa pendant quelque temps la rhétorique, embrassa ensuite la carrière du barreau, pais cultiva les mathématiques pour lesquelles son étroite Uaison avec l'astronome Lalande lui avait inspiré le goût le plus vif. Bientôt il se lança dans les spéculations hardies, et il publia, en 1781, nn Mémoire sur Vorigine des constellations et sur l'explication de la fable par l'astronomie. Là était déjà le germe du grand ouvrage qu'il donna en 179i,en 3 volumes in-4°, et en i2 volumes in-8» sous le titre d'Origine de tous les cultes, ou la Religion universelle ^, et dans lequel il se proposait d'ouvrir une route toute nouvelle à l'étude de l'antiquité et de ruiner en principe toutes les rehgions positives.
Adorateur, non d'un Dieu personnel, mais de « l'Univers-Dieu », il prétend prouver, non pas seulement par des raisonnements, mais par des faits et par un précis de l'histoire religieuse de tous les peuples, que « tous les hommes de tous les pays, dès la plus haute antiquité, n'ont eu d'autres dieux que les dieux naturels, c'est-à-dire, le monde et ses parties les plus actives et les plus brillantes, le ciel, la terre, le soleil, la lune, les planètes, les astres fixes, les éléments, et en général tout ce qui porte le caractère de cause et perpétuité dans la nature-. »
Suivant Dupuis, les anciens donnèrent une âme au monde, et à chacune de ses parties la vie et l'intelligence. Ils placèrent des anges, des génies, des dieux dans chaque élément, dans chaque astre, « et surtout dans l'astre bienfaisant qui vivifie toute la nature, engendre les saisons, et dispense à la terre cette chaleur active qui fait éclore tous les biens de son sein, et écarte les maux que le principe des ténèbres verse dans la matière. » Suivant notre auteur, les Grecs furent amenés de cette sorte à « mettre en action dans les poèmes sacrés toutes les intelligences répandues dans l'univers, pour leur donner un caractère et des mœurs analogues à leur nature, et pour en faire autant de personnages qui jouèrent chacun son rôle dans les fictions poétiques et dans les chants religieux, comme ils en jouaient un sur la brillante scène du monde. De là sont nés les poèmes sur le soleil, désigné sous le nom d'Hercule, de Bacchus, d'Osiris, de Thésée^
i II en donna, en 1798, un abrégé dépouillé de la haute érudition, à J'usage du commun des lecteurs qui n'ont pas les connaissances requises pour lire avec fruit un ouvrage savant.
- Abrégé de l'origine de tom les cultes, chap. n.