DUPUIS
de Jason, etc., tels que l'Héradéide, les Dionysiaques, la Théséide, les Argonautiques, poèmes dont les uns sont parvenus en totalité, les autres seulement en partie jusqu'à nous. »
A l'entendre, « il n'est pas un des héros de ces divers poèmes qu'on ne puisse rapporter au soleil, ni un de ces chants qui ne fasse partie des chants sur la nature, sur les cycles, sur les saisons et sur l'astre qui les engendre *. «
En confirmation de sa thèse, Dupuis soutiendra, par exemple, qu'Hercule n'est pas un petit prince grec fameux par des aventures romanesques, revêtues du merveilleux de la poésie, et chantées d'âge en âge par les hommes qui ont suivi les siècles héroïques, mais bien l'astre puissant qui anime et féconde l'univers; celui dont la divinité a été partout honorée par des temples et des autels, et consacrée dans les chants religieux de tous les peuples. « Depuis Méroë en Ethiopie, et Thèbes dans la haute Egypte, jusqu'aux îles Britanniques et aux glaces de la Scythie, depuis l'ancienne Taprobane et Pahbothra dans l'Inde, jusqu'à Cadix et aux bords de l'océan Atlantique; depuis les forôts de la Germanie jusqu'aux sables brûlants de la Libye, partout, dit-il, où l'on éprouva les bienfaits du soleil, là on trouve le culte, d'Hercule établi ; partout on chante les exploits glorieux de ce dieu invincible qui ne s'est montré à l'homme que pour le délivrer de ses maux, et pour purger la terre de monstres, et surtout de tyrans qu'on peut mettre au nombre des plus grands fléaux qu'ait à redouter notre faiblesse. »
Dupuis applique le môme système à la religion chrétienne. Il ne prend pas seulement la peine d'examiner si le christianisme est une religion révélée. Suivant lui, « il n'y a que les sots qui croient aux idées révélées et aux revenants. » Il ne recherche pas davantage « s'il a existé, soit un philosophe, soit un imposteur appelé Christ. » A ses yeux, le culte des chrétiens est encore « le culte de la nature et celui du soleil, son premier et son plus brillant agent; et le héros des légendes connues sous le nom d'évangiles est le môme héros qui a été chanté avec beaucoup plus de génie dans les poèmes sur Bacchus, sur Osiris, sur Hercule , sur Adonis, etc. L'histoire prétendue d'un Dieu qui est né d'une vierge, au solstice d'hiver, qui ressuscite à Pâques ou à l'équinoxe du printemps, après être descendu aux enfers; d'un Dieu qui mène avec lui un cortège de douze apôtres, dont le chef a tous les attributs de Janus ; d'un Dieu vainqueur du prince des ténèbres, qui fait passer les hommes dans l'empire de la lumière, et qui répare les maux de la nature, n'est qu'une fable solaire, » comme toutes celles que l'auteur a analysées. « Enfin les chrétiens ne sont que les adorateurs du soleil, et leurs prêtres ont la môme religion que ceux du Pérou, qu'ils ont fait égorger-, »
* Ibid., chap. v. explication de l'Héradéide ou du poème sacré sur les douze mois et sur le soleil honoré sous le nom d'Hercule.
* Abrégé de Vorigine des cultes, p. 194 et suiv.