VOLNEY
11 y a quelque chose de spécieux dans le système qui prétend prouver par l'histoire et par les monuments politiques et religieux l'universalité du culte rendu à la nature ; mais il est condamné aussi bien par la science sérieuse que par la religion. Des savants de l'autorité la plus incontestable ont démontré que le système auquel Dupuis pliait tous les faits, et qui a eu sur l'opinion religieuse une influence si funeste, ne repose sur aucune base solide. Des preuves matérielles ont établi la fausseté de l'hypothèse subversive de l'auteur de VOrigine des cultes^.
Les idées de Dupuis sur l'origine des religions ont été reproduites d'une manière plus populaire, plus poétique et plus saisissante par Voi.NEY* (1737-1820), dans un ouvrage justement regardé comme un de ceux qui résument le mieux le double scepticisme du dix-huitième siècle finissant, dans les Ruines de Palmyre. L'auteur, au début de ce livre singulier, inspiré par la fièvre révolutionnaire, se représente au milieu du désert de Syrie, entouré de débris d'édifices, assis sur une colonne abattue, et contemplant à la lueur mourante du jour les lieux solitaires où s'éleva jadis Palmyre. Bientôt il tombe dans une profonde rêverie. Livré tout entier aux méditations que lui inspire ce spectacle de mort, il évoque les ombres des grandes cités du monde antique et songe avec amertume à l'instabilité des empires. « Où sont-ils, s'écrie-t-il, ces remparts de Ninive, ces murs de Babylone, ces palais de Persépolis, ces temples de Balbeck et de Jérusalem, etc.? »
Tout à coup il entend le bruit d'une marche lente sur les herbes desséchées. 11 lève les yeux, un fantôme se dresse devant lui. C'est le génie des ruines qui vient expliquer au voyageur « l'art délicat et profond de procurer à l'homme les vraies jouissances, et d'asseoir sur des bases solides sa félicité. » Alors défilent à la suite du génie des ruines toutes les nations du monde. On voit paraître tour à tour les législa-
1 Voir Letronne, Cours d'archéologie,
Dupuis, qui a fait un si mauvais usage d'une érudition prodigieuse mais apocryphe dans VOrigine des cuHes, a écrit pendant trente-cinq ans dans le Journal des savants. « Ses extraits, lit-on dans la Décade philosophique, étaient souvent des dissertations plus savantes que les ouvrages dont il rendait compte; des critiques, des suppléments, des jugements que l'Europe savante était accoutumée à respecter. )■> (Décade philos., n° 44, t, VI, p. 70.) Le recueil de l'Académie des inscriptions renferme aussi quelques mémoires de lui sur l'histoire de France, en particulier sur l'abolition de la servitude en France. On doit encore à Dupuis un M é noire sur les Pélasyes; un Mémoire sur le Zodiaque de Tentyra (ou Dendra) ; un Mémoire sur le Phénix ; un Mémoire explicatif du Zodiaque chronologique et mythologique, 1 vol. in-4". Il a laissé en manuscrit un ouvrage sur les cosmogonies et les théogonies, qui devait servir de pièces justificatives à son Origine des cultes; des recherches sur les hiéroglyphes égyptiens; des lettres sur la mythologie, adressées à sa nièce, et une traduction des discours choisis de Gicéron.
2 Son vrai nom et celui qu'il porta était d'abord Chassebœuf.