‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 108 sur 196 · L'ABBÉ MORELLET · texte numérisé non relu

L'ABBÉ MORELLET

de cet honnête homme, qui en eut un transport au cerveau dont il mourut '.

L'abbc MoRELLET (1727-1819) adopta sans réserve des idées que repoussaient également la pureté de ses mœurs et la loyauté de son caractère. Il vit tout du beau côté dans l'entreprise des philosophes ; il n'y aperçut qu'un « grand et beau mouvement, une tendance vers le bien et la vérité universelle sans être concertée. » Il admirait naïvement « cette ardeur de savoir, cette activité de l'esprit qui ne veut pas laisser un effet sans en rechercher la cause, un phénomène sans explication, une assertion sans preuve, une objection une réponse, une erreur san> la combattre, un mal sans en chercher le remède, un bien possible sans tâcher d'y atteindre-. » Les erreurs où pouvaient tomber gweZgues philosophes ne lui paraissaient que des erreurs métaphysiques et spéculatives, et par là nécessairement étrangères à la multitude. 11 trouvait fort « innocente cette philosophie qui demeure contenue dans l'enceinte des spéculations, et ne cherche dans ses plus grandes hardiesses qu'un exercice paisible de l'esprit''. »

Il était, sous le nom de Panurge, l'un des convives habituels de d'Holbach.

Dans un voyage qu'il fit à Rome, le Directorium inquisitorium d'Eymerick lui tomba entre les mains. Il en donna, sous le titre de Manuel des Inquisiteurs, un extrait ou une introduction qui fit du bruit, et de? lors cet honnête ecclési'.tstique, si zélé pjour la bonne cause, devint l'obje! de toute la tendresse des philosophes.

Il alla à Genève exprès pour voir Voltaire, muni d'une lettre de recommandation de d'Aleijibert, qui le présentait au patriarche comme une excellente acquisition faite par les encyclopédistes, et comme capable de donner aux ministres protestants « une assez bonne opinion delà Sorbonne depuis que l'Encyclopédie se l'est associée*. » Voltaire, après l'avoir vu, s'en montrait enchanté et le déclarEiit visiblement appelé à Taposto/ai*, L'apôtre voltairien, pour remplir la mission qu'on lui assignait, lança dans le public plus d'un petit livre contre les croyances chrétiennes^.

Morellet soutenait chaudement que la tolérance comme la comprenaient les philosophes était dans l'Évangile. A l'occasion de quelques rigueurs exercées contre les protestants du Midi, il imagina, pour décrier l'intolérance, d'en exagérer les principes et d'en pousser les conséquences jusqu'au dernier excès. Ce fut l'objet de son Petit écnt sur

1 Voir les lettres de Voltaire à d'Àlenibert, du 3 mars, du 23 novembre et du 10 décembre 1770.

2 Eloge de Marmotitel.

2 Mém. sur le dix-huitième siècle, chap. vi.

* Lettre de d'Alemb. h Volt., 30 juillet 1758.

6 Les Lettres à Eugénie, et peut-être les Lettres à Sophie.

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