L'ABBÉ MORELLET
une matière intéressante, brochure soi-disant dans le genre de Swift, qui n'eut guère qu'un sujet de scandale.
Il prit une part assez considérable à V Encyloipédie pour les matières théologiques*, qu'il traita historiquement et point du tout dogmatiquement, et pour son compte, comme il le dit lui-même^. Il faisait entendre à d'Alembert et à Diderot que c'était ainsi qu'il fallait « que fussent exposées les opinions religieuses dans un onvrage destiné aux nations qui en avaient tant de différenies, et aux siècles pour lesquels un grand nombre de ces opinions seraient passées lorsque F Encyclopédie subsisterait encore. »
Enfin, cet abbé leur avait « persuadé que, dans un recueil tel que V Encyclopédie, il fallait faire l'histoire et l'exposition des dogmes et de la discipline des chrétiens comme celles de la religion des brahmes e( des musulmans'. » Morellet était le quatrième théologien auquel Diderot et d'Alembert avaient recours depuis le commencement de l'Encyclopédie. Aucun n'était encore si bien entré dans leurs vues.
L'abbé philosophe entretenait une correspondance avec un des lords les plus distingués de la chambre des pairs d'Angleterre. Dans toutes ses lettres, il vantait à ce seigneur la révolution comme le triomphe de la raison sur les abus et des lumières sur l'ignorance. Après la nuit du 4 août, ses idées furent modifiées, il changea de langage. Se voyant ruiné, il se prit à invectiver du ton le plus piteux l'assemblée spoliatrice. « Vous êtes un blessé dans une armée victorieuse, «lui répondait le noble lord avec un ingénieux persiflage.
D'ailleurs, il conserva son admiralion pour les philosophes et pour la philosophie. Parvenu à l'extrême vieillesse, il retrouvait une chaleur enthousiaste pour célébrer l'œuvre de renouvellement social à laquelle il avait pris part, et pour proclamer qu'il fallait reconnaître dans l'ensemble des travaux de ses amis, dans le but qu'ils se sont proposé, dans le mouvement qu'ils ont imprimé à leur siècle, « un des plus grands bienfaits qu'ait jamais reçus le genre humain*. » Il ne pouvait contenir son indignation, ni maîtriser l'expression de son mépris et de son dégoût contre ceux qui, en attaquant les philosophes, n'avaient, selon lui, d'autre but « que de détourner l'esprit humain de la recherche de la vérité, ou de retarder sa marche vers ce noble bul^. » Toute tentative de restauration du christianisme lui paraissait coupable et insensée ; ce vieux prêtre trouvait déraisonnable à M'"'' de Staël et à M™* de Genlis de chercher à répandre les idées religieuses et catholiques. Ce fut en partie cet esprit anticatholique qui le rendit si
' Voir les articles Figures, Fils de Dieu, Foi, Fondamentaux, Gomahistes, Fatalité, etc,
* Mém. sur le dix-hutcième siècle, chap. ii. 3 IHd.
* Eloge de Marmontel.