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4e 0 L'ABBÉ HOUÏTEVILLE.
injuste envers M. de Chateaubriand. Représentant d'un autre âge, mettant tout son plaisir à raconter la gloire des chefs sous lesquels il avait combattu, cet abbé philosophe semblait ne pas s'apercevoir que le monde était reconquis à de tout autres idées*.
Morellet, d'ailleurs, n'est pas un écrivain à dédaigner. De bonne heure il eut une ardeur insatiable d'étude.
« Je dévorais les livres, a-t-il dit lui-même. Locke, Bayle, Le Clerc, Voltaire, Buffon, Massillon, me délassaient de Toiirnely, de Monin, de Marsham, de Clarke, de Leibnitz, de Spinoza, de Cudworlh*. »
Il eut toute sa vie la réputation d'un très bon littérateur, aimant Vétude et les livres ', et s'efforça toujours d'arrêter les progrès du mauvais goût et le succès des mauvais ouvrages *.
l'abbé nOUTTEVILLE, l'aBBÉ BERRUYER, LE P. GUÉNARD, LE P. DE LIGNAC, LE P. GERDIL, l'aBBÉ DCVOISIN, LE FRANC DE POMPIGNAN, CHRISTOPHE DE BEAUMONT, ETC., ETC., l'aBBÉ BERGIER, l'aBBÉ GUliNÉE.
De môme qu'il y eut, au dix-huitième siècle, comme dansles époques précédentes, de savants prêtres qui explorèrent avec succès toutes les voies des connaissances humaines, de même on peut citer dans le clergé d'alors un certain nombre de défenseurs habiles des convictions chrétiennes. Mais aucun d'eux, même entre les plus remarquables par la solidité et l'étendue de leurs connaissances, ne pouvait répondre aux terribles difficultés du moment. Tous étaient bien loin d'avoir le talent des orthodoxes anglais, les Lardner, les Sherlock, lesWarburton, qu'on voyait, dans le même temps, défendre puissamment la foi contre l'invasion du rationalisme, qui avait ravagé l'Angleterre avant de faire irruption en France. Une science glacée, une logique sans mouvement
' Voir dans les Mémoires de Morellet sur le dix-huitième siècle, p. 48, l'indignation philosophique que lui causaient les discours et le zèle de l'abbé Frayssinous.
- Mémoires sur le dix-huitième siècle, chap. i.
^ La Harpe, Corresp. litt., lettre XX.
* Voir en particulier ses Mémoires sur le dix-huitième siècle, écrits à l'âge de soiiante-dix ans.
Le contrôleur général, M. de Laverdy, ayant fait rendre un arrêt du conseil qui défendait d'imprimer sur les matières d'administration, sous peine d'être poursuivi extraordinairement, Morellet, dans son indignation philosophique, écrivit en faveur de la liberté de la presse un ouvrage intitulé : De la liberté d'écrire et d'imprimer sur les matières d'administration. Il y développait une partie du Traité de la liberté de la presse qu'il avait commencé à la Bastille. Ce travail ne put paraître qu'en i774, sous l'administration libérale de Turgot. C'est un des ouvrages qui peuvent donner la meilleure idée du talent de Morellet.