‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 111 sur 196 · BERRUYER, GUÉNARD, DE LIGNAC. 4GI · texte numérisé non relu

BERRUYER, GUÉNARD, DE LIGNAC. 4GI

et sans vie, ne suffisaient pas pour arrêter la propagande d'écrivains armés de toutes les séductions du talent, de la passion et de la malice .

Un des défenseurs du catholicisme les plus connus de la première partie du dix-huitième siècle est l'abbé Houtteville (i688-1742j. De son temps, on n'osait plus entreprendre d'écrire en faveur du christianisme. Il s'était comme établi, nous dit-il lui-même, deux sortes de faux sages. Les uns voulaient qu'on tînt la foi captive pour la rendre plus vénérable, et prétendaient que d'essayer d'introduire le jour dans ses mystérieuses ténèbres, c'était la profaner. Les autres, alarmistes timides, condamnaient indistinctement tout écrit qui la mettait comme aux mains avec l'incrédule.

L'abbé Houtteville, repoussant ces considérations pusillanimes, entreprit, à l'exemple du cardinal Bellarmin, une démonstration en forme des preuves de fait sur lesquelles s'appuie la religion chrétienne, et une réfutation méthodique des principaux arguments de l'incrédulité.

La Religion chrétienne prouvée par les faits est l'ouvrage d'un prêtre convaincu, mais non pas toujours d'un assez solide apologiste. 11 propose fortement de fortes objections contre la religion, auxquelles il oppose quelquefois des réponses un peu faibles ^ Cependant il s'est beaucoup aidé des travaux antérieurs, en particulier des Pciisées de Pascal. L'étude de ce grand écrivain aurait dû épurer son goût. Mais l'académicien Houtteville paraît s'être appliqué davantage à imiter ce que le genre des Fontenelle et des la Motte avait de moins bon. L'affectation et l'enflure gâtent son livre et le rendent quelquefois ridicule ^, môme dans la seconde édition, très corrigée.

L'abbé Houtteville fut égaré par l'exemple du P. Berruyer (1681-1758) qui, dans son Histoire du peuple de Dieu et dans son Histoire du Nouveau Testament^ avait substitué un jargon romanesque à la simplicité des Livres saints, et, sous prétexte qu'il n était pas possible, sans une grâce particulière, de supportei' la lecture de la Bible en original, avait fait parler les patriarches et les prophètes du ton des héros de Cyrus et de Clélie. On lisait avec un extrême plaisir ce délicieux romancier, comme l'appelle Bachaumont. Mais ses livres furent trouvés dangereux, et la Sorbonne les frappa d'une censure solennelle.

Parmi les prêtres qui se montrèrent de dignes défenseurs de la religion, nous citerons : le jésuite Gué.\ard (1726-1805), cartésien éloquent, auteur d'un beau Discours sur Vespiit philosophique; — l'oratorien et malebranchiste de Lignac (1710-1762), dont les ouvrages ' et

1 Le danger qui peut résulter d'une apologie ainsi exécutée a été bien établi par l'abbé Des Fontaines. Voir l'Esprit de l'abbé Des Fontaines, t. Il, p. 147-156.

s Des Fontaines, dans son Dictionnaire néologique, a relevé plusieurs des expressions impropres ou recherchées de l'abbé Houtteville.

9 Lettre à un matérialiste sur la nature de l'âme; Témoignage du sens intime ; Éléments de métaphysique.

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