DESTRUCTION DE LA SOCIÉTÉ DE JÉSUS
La résistance catholique, déjà si insuffisante et si affaiblie, reçut un terrible coup le jour où fut consommée la destruction de la société de Jésus (1762), par les efforts un moment réunis des philosophes et des jansénistes trop bien secondés, dans leurjalousie haineuse, par la lâche faiblesse d'un gouvernement à qui tous les moyens étaient bons pour essayer de se tirer d'embarras. En frappant celte condamnation sans qu'aucune forme eût été suivie, sans qu'aucune garantie eût été donnée à la défense, on ne craignit pas, comme d'Alembert a été forcé de l'avouer, de confondre des milliers d'innocents avec une vingtaine de coupables', et un pape séduit ou intimidé sanctionna une des plus iniques violences qui se soient commises, licencia en les déshonorant ses plus intrépides et plus fidèles soldats, et prépara ainsi le complet triomphe des ennemis de l'Église confiée à sa garde.
La destruction des jésuites fît à l'éducation pubUque une plaie qu'un demi-siècle ne put fermer. Ces rehgieux, qui savaient si bien s'approprier les talents supérieurs, n'avaient point d'égaux, depuis piès de deux siècles, dans l'enseignement qu'ils distribuaient gratuitement aux pauvres et aux riches. De leurs écoles étaient sortis les hommes les plus distingués dans toutes les carrières, les meilleurs humanistes. Après eux, les lettres anciennes, auxquelles ils avaient peut-être fait une part excessive, se virent négligées et dédaignées.
En vain essayait-on de tous les moyens, et voyait-on tous les jours éclore de nouveaux systèmes d'éducation, rien ne pouvait remédiera la décadence des études. Vint l'époque révolutionnaire, où l'on prétendit que tout était à faire ou à refaire, depuis le syllabaire jusqu'au tableau encyclopédique des connaissances humaines ; depuis l'éducation que les enfants reçoivent de leurs nourrices, jusqu'à celle qu'on leur donne dans les universités*. On voulut tout réformer, et l'on ne produisit que le chaos. Et quand, enfin, l'on restaura sérieusement les éludes, il fallut en revenir aux procédés et aux méthodes des jésuites.
L'aversion des philosophes était attachée à la société de Jésus plus qu'à tout le reste du clergé. Mais, après qu'ils eurent obtenu l'arrêt d'expulsion des jésuites, ils se retournèrent contre les jansénistes et les molinistes ; ils voulurent, suivant leurs expressions, tuer les renards après les loups. Us s'attaquèrent à tous les ordres religieux, à tout le clergé, et ne déguisèrent plus leur dessein de détruire la religion elle-même.
^ De la destruction desj'suitex. p, 255.
2 Voir Barruel, Pla7i d'éducation -lationale, considérée som le rapport des livres élémentaires, 1791.