‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 119 sur 196 · CLAIRAUT, MAIRAN, LA CAILLE · texte numérisé non relu

CLAIRAUT, MAIRAN, LA CAILLE

comme d'Alembert, des mathématiques; il s'occupa de chimie, de médecine ; il tourna même l'application de son esprit sur la théorie des langues et de la musique ; mais il n'eut garde de se jeter, comme La Condamine, dans la frivoUté. Ce savant, né à Turin, est un de ceux dont le génie a le mieux servi la France.

Clairaut (ni 3-1 76o) mérite d'être nommé avec Lagrange parmi les savants les plus dignes de ce titre sérieux. Il eut, comme Pascal, une aptitude étonnamment précoce pour la géométrie : âgé de moins de treize ans, il lut un Mémoire sur quatre nouvelles courbes géométriques de son invention devant l'Académie des sciences qui, malgré les règlements, le reçut à dix-huit ans parmi ses membres. Ses expériences et ses écrits, dont on admirera toujours l'élégante synthèse, le placèrent bientôt au rang des plus éminents géomètres de l'Europe. Clairaut est un des premiers qui adoptèrent la philosophie de Newton. Il paraît l'avoir embrassée même avant Voltaire ^

Mairan (1 678-1 77i), membre de l'Académie des sciences et de l'Académie française, initié aux secrets des arts comme aux mystères delà nature, homme de société comme de cabinet -, littérateur et savant, fut pendant de longues années l'émule de Fontenelle. Son Traité historique et physique de V aurore boréale (1733 et 1734) est un chef-d'œuvre. Nulle part il n'a porté plus loin l'art de traiter avec agrément les sujets scientifiques ; et cependant on reconnaît toujours une plume fine et élégante dans ses Dissertations, dans les nombreux mémoires dont il a enrichi le recueil de l'Académie des sciences depuis 1719 jusqu'à sa mort, dans ses Éloges des académiciens de l'Académie des sciences, morts en 1741, 1742, 1743, dont quelques-uns sont préférables à ceux de Fontenelle pour le talent d'exprimer en des termes clairs les idées les plus abstraites, pour le goût, pour la distinction, pour la pureté du style. Avec tout le brillant de son devancier, Mairan n'avait presque rien de son affectation.

Louis de La Caille (1713-1762), — autre savant qui sut se faire aimer autant qu'admirer — eut une carrière assez courte ^ ; et cepen-

1 Voir lord Brougham, Voltaire et Rousseau, Ul, p. 96.

2 On lit dans une lettre du marquis d'Argens à Frédéric, du 15 août 1747 : « J'ai soupe, dans une des meilleures maisons de Paris, avec M. de Mairan ; c'est un petit homme fort doux, d'une grande politesse, qui parle avec beaucoup d'aisance, qui dit de fort bonnes choses, et n'a rien de l'encolure du géomètre. Il y a autant de différence de sa conversation à celle de M. Euler qu'il y en a entre les écrits d'Horace et ceux du savaniissime et pédantissime Wolfius. » ^Correspond, de Frédéric avec le marq. d'Argens, dans les Œuvres de Frédéric II.)

3 La Caille, de la nuit perçant le sombre voile, Pâlit, les yeux fixés sur le front d'une étoile.

(Delille, Épitres, I. Sur les ressources qu'offre la culture des arts et des lettres, 17G1.)

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