‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 121 sur 196 · LALANDE · texte numérisé non relu

LALANDE

les Tschuden, aurait existé il y a nombre de siècles, dans le nord de l'Asie, placé alors sous la zone torride, et c'est de cette source que toute la science aurait découlé dans la Péninsule méridionale.

Cette hypothèse d'une nation éteinte, d'un peuple primitif, source de , toute science humaine, cette supposition du perfectionnement de l'astronomie dans les temps antédiluviens et mythologiques, ces origines infiniment lointaines données au monde, contrairement à tous les monuments sacrés et profanes, à la nature et à l'aspect du globe, tout cela est un mauvais roman de physique qui ne pouvait être goûté que de Buffon, parce que ces idées ressemblaient aux siennes. Les savants sérieux ne trouvèrent pas dans Bailly toute la sa^nciie de génie, toute la profondeur d'érudition que lui reconnaissait l'auteur de YEistoire naturelle *. Voltaire, qui voyait combattre ses théories favorites sur l'antiquité historique des Indiens et sur la science des Brahmanes, attaqua de ce ton léger qu'il savait si bien prendre les hypothèses du rêveur académicien, mais il ne put lui faire changer d'idées.

Les Lettres sur l'origine des sciences et sur celle des peuples de l'Asie, adressées à M. de Voltaire (1777), les Lettres sur l'Atlantide de Platon et sur l'ancienne histoire de l'Asie (1779), enfin l'Histoire de l'astronomie indienne et orientale (1780), sont également remplies de ces imaginalions creuses qu'on appelait les féeries de M. Bailly.

Bailly, comme Fontenelle et Mairan, aime à embellir et à parer la science. Tous ses ouvrages sont écrits d'un style correct, élégant, coloré, vif et animé, mais ils sont souvent gâtés par l'affectation d'esprit et par le précieux.

L'auteur de l'Histoire de l'astronomie était plus encore littérateur que savant. Aussi l'Académie française l'admit-elle parmi ses membres, comme l'Académie des sciences et celle des inscriptions et belleslettres. Couvert de ce triple honneur que Fontenelle avait seul reçu jusques alors, et déjà sur l'âge, Bailly aventura l'estime dont il jouissait généralement, en s'avisant de la tardive ambition de devenir un homme d'État. Son élévation fut rapide, mais aussi sa chute fut prompte et terrible. 11 fut bientôt en butte à toutes les attaques et finit par être la victime des révolutionnaires extrêmes, et en particulier du plus odieux de tous. Marat, misérable littérateur, physiologiste charlatan et physicien avorté, étant devenu une puissance, ne pardonna pas plus à Bailly qu'àMonge, à Laplace et à Lavoisier, d'avoir combattu ses absurdes et vaines théories : l'Ami du peuple ne fut content que quand il eut fait conduire à l'échafaud l'astronome qui avait eu la malheureuse faiblesse de quitter la science pour la politique et le pouvoir.

Lalande (1732-1807), comme Bailly, se tourna de très bonne heure avec succès vers l'astronomie. Il partit pour la capitale de la Prusse

* Voir Biiffon, Époques de la nat., VII.

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