LAPLACE
observer les astres pendant un grand nombre de siècles ; reconnaître dans leurs apparences les mouvements réels de la terre; s'élever aux lois des mouvements planétaires, et, de ces lois, au principe de la pesanteur universelle ; redescendre, enfin, de ce principe, à l'explication complète de tous les phénomènes célestes, jusque dans leurs moindres détails. Voili ce que l'esprit humain a fait dans l'astronomie. L'exposition de ces découvertes, et de la manière la plus simple dont elles ont pu naître et se succéder, aura le double avantage d'offrir un grand ensemble de vérités importantes, et la vraie méthode qu'il faut suivre dans la recherche des lois de la nature. C'est l'objet que je me suis proposé dans cet ouvrage '. »
Suivant Fourier, le Système du monde « est une exposition parfaitement régulière des résultats d'une étude approfondie : c'est un résumé ingénieux des découvertes principales. La précision du style, le choix des méthodes, la grandeur du sujet, donnent un intérêt singulier à ce vaste tableau : mais son utilité réelle est de rappeler aux géomètres les théorèmes dont la démonstration leur était déjà connue. C'est, à proprement parler, une taljle de matières d'un traité mathématique ^. » — « L'immensité du sujet, dit encore Fourier, flattait le juste orgueil du génie de Laplace. 11 entreprit de composer l'Almageste de son siècle; c'est le monument qu'il nous a laissé sous le nom de Mécanique céleste; et son ouvrage immortel l'etTiporte sur celui de Ptolémée autant que la science analytique des modernes surpasse les éléments d'Euclide. »
>'ous aurons à revenir plus tard sur les derniers travaux de Laplace.
Ce grand géomètre s'est aussi occupé de chimie, et, marchant sur les pas de Cavendish et de Monge, il a fait plus d'une découverte utile dans cette science.
Nous l'avons déjà fait entendre, Laplace n'est pas seulement un savant, c'est un écrivain. Soigneux avant tout de l'exactitude du fond, il n'a garde de se négliger sur la forme. Il possède si lumineusement les principes et les notions de la science, qu'il les rend avec une incomparable clarté. Sous sa plume toujours élégante et souvent brillante, les raisonnements les plus abstraits dépouillent leur aridité.
Ce profond astronome appréciait les beaux-arts comme les belleslettres; il aimait la musique de l'Italie et les vers de Racine; dans ses appartements on trouvait les compositions de Raphaël à côté des portraits de Descartes, de François Viète, de Newton, de Galilée et d'Euler.
Cette apphcation de tant d'esprits sagaces et laborieux aux sciences mathématiques et astronomiques devait non seulement faire avancer beaucoup ces sciences mêmes, mais encore contribuer aux progrès de plusieurs autres sciences qui s'y rattachent, en particuUer de la géographie.
' Exposition du Système du monde, Avant-propos.
* Éloge hisf. de M. de Laplace {(,' édit. du SystèiJie du monde, 1836).