‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 125 sur 196 · GUIBERT · texte numérisé non relu

GUIBERT

contre les anciens il fut un de ceux qui en conservèrent le culte et qui surent comprendre le profit éternel qu'on pouvait tirer de leurg œuvres.

«J'ai plus trouvé à profiter, a-t-il dit lui-même, dans la lecture des historiens de l'antiquité que dans celle de nos modernes, et lorsque je me suis aperçu que c'était dans les anciens qu'il fallait chercher l'instruction et la véritable science qui nous mène aux grandes actions, je trouvai qu'on avait raison de les admirer, et mon admiration augmenta à mesure que je croissais en expérience et que je me perfectionnais dans mes études militaires '. n

Folard, retiré du service, consigna le fruit des études de toute sa vie sur l'art militaire dans son célèbre Commentaire sur Polybe {1121 , 6 vol. in-4"). A ses yeux, « Polybe est de tous les historiens le plus capable de nous donner de savantes leçons sur la guerre*. » Folard eut le mérite de savoir faire comprendre et goûter ces leçons aux tacticiens de son temps. Ce commentaire, fruit des enseignements que lui avaient donnés pendant trente-six campagnes les maîtres de l'art et les événements, ce commentaire où il avait résumé tout ce qu'il avait jamais lu, entendu, observé, vu et pratiqué, Folard le regardait avec raison comme <v le seul cours militaire qui eût paru depuis les anciens Grecs et les Romains'. «

11 continua l'exposition de ses idées dans ses Nouvelles Découvertes sur la guerre, dans ses Nouvelles Découvertes sur le système de la colonne, et dans son Traité de la défense des places fortes.

Qui croirait que, parmi les ouvrages de cet écrivain militaire, on trouve une Relation des miracles opérés par l'intercession du bienheureux diacre François-Julien-Marc de Paris? Ce mestre-de-camp, ce gouverneur des \ille et citadelle de Bourbourg, ce membre de l'Académie des sciences et de la Société royale de Londres, cet homme qui s'était vu honoré de l'amitié du maréchal de Créqui, du maréchal de Villars, du maréchal de Berwick, du maréchal de Saxe et du roi Charles XII, avait eu, dans sa vieillesse, la tête tournée par le quesnellisme, et c'est de très bonne foi qu'il prenait part aux comédies fanatiques des convulsionnaires.

GuiBERT, dans sa Tactique (1772), et dans sa Défense du système de guerre moderne (1779), s'appUqua à combattre toutes les idées de Folard, et soutint que le commentateur de Polybe n'avait guère eu pour lui que des gens qui « s'en étaient laissé imposer par l'amas d'érudition dont il était accompagné* « et par les noms et les prétendus exemples de tous les grands capitaines, anciens et modernes, dont Folard s'élaye

' Traité de ta Colonne, Avant-propos.

* Comment, sur l'oltjbe, ch. vi.

' Nouv. Découv. sur la guerre. A Mgr le duc d'Orléans. Épîlre.

* Guiberl, Défense du système de guerre mod,, V part., ch. i.

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sans cesse, à tort et à travers'. Mais, dans ses attaques, Guibert mit encore plus de passion et de présomption que de raison.

LES SCIENCES PHYSIQUES, l'hISTOIRE NATURELLE, LA CHIMIE, LA MINÉRA- LOGIE, LA MÉDECINE. — LINNÉE, ANTOINE DE JUSSIED, BERNARD DE JDS- SIEU, ANTOINE-LAURKNT DE JOSSIEU, l'aBBÉ PLL'CHE, RÉADMUR, LE P, REGNADLT, LES LETTRES ÉDIFIANTES, l'aBBÉ NOLLET, BUFFON, DAUBENTON, VICO D'AZVn, DUHAMEL, LACÉPÈDE, VALMONT DE BOMAHE, BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, CHARLES BONNET, DE SAUSSURE, RAMOND. — MACQUER, ROUELLE, FOUnCROY, BERTHOLLET, MONGE, MORVEAU, CHAPTAL, d'hOLBACH. — l'aBBÉ HAUY, TISSOT, BICHAT, BARTflEZ, LA MÉTRIE, ETC.

Le plus célèbre naturaliste du dix-huitième siècle est un étranger, un Suédois, Charles Linnée, ou Linnœus, né à Smolande en 1707, mortà Upsal en 1778. Par son Systcmanatwse, par ses Gênera et Species plantanim, il a exercé l'influence la plus universelle sur tous les naturalistes, sans même excepter les adversaires les plus déclarés de ses méthodes, comme Buffon*.

Par le soin qu'il a mis à rassembler toutes les espèces connues de son temps, par la précision avec laquelle il en assigna les caractères distinctifs dans un langage admirablement expressif, presque tout entier de son invention, enfin par la commodité de la nomenclature qu'il créa, il a mérité que ses travaux servissent de base principale à ceux de la plupart de ses successeurs. Si ses méthodes ne sont pas toujours sûres, si elles sont trop systématiques et ne présentent presque jamais les êtres selon leurs véritables rapports de ressemblance, elles ont l'avantage d'être d'une application facile. Elles sont maintenant presque généralement abandonnées.

Une famille d'illustres naturalistes français a établi, pour les plantes, une classification plus simple et plus durable. Nous voulons parler de la famille de Jussieu dont tous les membres, pendant plus d'un siècle et demi, rivalisèrent d'ardeur pour le progrès des sciences naturelles.

Le célèbre botaniste et médecin Antoine de Jussieu (1086-1758) continua sous Louis XV les savantes courses et les grands travaux qu'il avait commencés sous le règne précédent. Il enrichit la collection de l'Académie des sciences d'un grand nombre de Mémoire s, et publia, en 1718, son beau Discours sur les progrés de la botanique.

1 Guibert, Défense du système de guerre moderne, 1" part., ch. i.

* Voir plus loin, dans la notice sur Buffon, les attaques de l'auteur de l'Histoire naturelle contre l'auteur du Systerna naturœ. Linnée ne se vengea de son détiacieur qu'en ne parlant pas de lui. Le deuxèime volume in-4'' de Bufifon, où commence l'histoire des quadrupèdes, est de 1753, et le troisième de 1755; Linnée ne les cite ni dans sa dixième édition de 1T59, ni dans la douzième de 17C6.

BERNARD ET A.NTOLNE-LAURE.M DE JUSSIEU, PLUCHE. 49o

Son frère, Bernard de Jussiel- (1699-1777), se distingua comme lui par ses connaissances dans la botanique et par son habileté dans la pratique de la médecine. L'éclat de ses talents le fit nommer démonstrateur au Jardin des plantes, et recevoir à l'Académie des sciences. Il donna, en 1725, une belle édition de Y Histoire des plantes des environs de Paris de Tournefort, l'enrichit de notes savantes et y fit connaître plusieurs plantes découvertes par lui-même dans ses herborisations. Toute sa vie il eut un goût de prédilection pour l'étude des plantes, et s'appliqua particulièrement à y établir une distribution en familles fondée sur la ressemblance générale de leurs parties, ou ce qu'on appelle méthode naturelle.

Il fut d'un grand secours à son neveu .Antoine- Lâchent de Jussieu (1747-1836), si célèbre par son Gênera plantarum secundum origines naturaies disposita (Genres des plantes distribués suivant l'ordre naturel). Ce grand ouvrage, écrit en latin pur et élégant, et publié en 1789, est rempli d'une science dont la profondeur et l'immensité frappèrent d'admiration Linnée lui-même. Suivant Cuvier, il a fait la même révolution dans les sciences d'observation que la chimie de Lavoisier dans les sciences d'expérience.

L'émule de Pline et de Columelle écrivit aussi de beaux travaux dans sa langue maternelle, le Tableau synoptique de la méthode botanique de Bernard et Antoine-Laurent de Jussieu (1796), le Tableau de l'école de botanique du Jardin des Plantes (1800), et une Histoire du Jardin du roi, depuis sa fondation jusqu'à la mort de Buffon (16 avril 178S), un grand nombre de mémoires insérés dans le Recueil de l'Académie des sciences, et de savants articles, tel que celui sur les Principes de la méthode naturelle des végétaux, insérés dans le Dictionnaire des sciences naturelles.

La modestie de ce savant égalait sa science. « Je ne sais pas » était sa réponse la plus ordinaire aux questions qu'on lui faisait.

Pour ne point séparer les trois grands naturalistes qui immortalisèrent le nom de Jussieu, nous sommes arrivés de suite jusqu'à l'époque contemporaine. Nous devons maintenant reprendre plus haut pour parler de plusieurs écrivains qui servirent de diverses manières et avancèrent à des degrés différents les sciences naturelles.

L'abbé Pluche (1088-1761), un des écrivains qui, dans la première partie du dix-huitième siècle, contribuèrent le plus àrépandre le goût de l'histoire naturelle, fut d'abord professeur de rhétorique à l'université. Un autre célèbre professeur, Rollin, avait proposé, vers le commencement du siècle, d'introduire l'histoire naturelle dans les collèges. Il voulait qu'on appliquât les enfants à l'étude de ces phénomènes, « dont ils seront toujours, disait-U, d'autant plus surpris qu'ils acquerront plus d'intelligence. » L'abbé Pluche répondit à la pensée de Rollin en pubhant son Spectacle de la nature {Il 'S2}. Cet ouvrage, qui présente l'analyse exacte des meilleurs naturalistes anglais, allemands.

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