VICQ D'AZYR. SOI
d'anatomie^ dont on ne jugea bien toute l'importance qu'après que le grand écrivain, trompé par la flatterie, eut écarté cet utile collaborateur, Daubenton sacrifiait toujours l'imagination à l'exactitude scientifique; aussi, pendant les dix-huit ans qu'il travailla à la partie descriptive de l'Histoire naturelle des quadrupèdes, corrigea-t-il souvent, par son bon sens, les écarts où le brillant peintre se laissait entraîner.
Pour récompenser Daubenton des services qu'il avait rendus à la science, et le mettre à même d'en rendre de nouveaux, une des chaires de médecine fut pour lui, en 1781, changée en chaire de zoologie générale. Il était de l'Académie des sciences depuis 1744.
Ce grand anatomiste était aussi un minéralogiste fort distingué. Suivant Fourcroy, de tous ceux qui se sont occupés de la distribution méthodique des pierres, il n'en est aucun qui ait donné des divisions plus exactes, plus claires, plus faciles à saisir que Daubenton, ni qui ait su faire contraster avec plus d'art et de justesse les caractères de ces substances ^.
En avançant en âge, Daubenton fut conduit à préférer les études qui pouvaient aboutir à des résultats d'une utilité plus pratique, et contribuer davantage à l'amélioration du sort des hommes. C'est dans cet esprit qu'il professa, en 1783, le cours d'économie rurale à l'école d'Alfort, et qu'il écrivit son Instruction pour les bergers : pendant la Révolution, on l'appelait le berger Daubenton, et c'est à ce titre de berger qu'il dut d'éviter l'échafaud.
La Convention ayant érigé le Jardin du roi en école publique, sous le nom de Muséum d'histoire naturelle, Daubenton, qui avait publié dès 17S4 son remarquable Tableau méthodique des minéraux, y exerça les fonctions de professeur de minéralogie jusqu'à sa mort : il eut l'honneur d'être le maître, dans la science minéralogique, du célèbre Haiiy. Daubenton eut encore la gloire d'ouvrir la route où Cuvier devait tant s'illustrer : le premier il appliqua la connaissance de l'anatomie comparée à la détermination des espèces de quadrupèdes dont on trouve les dépouilles fossiles.
Daubenton encouragea, aida de ses conseils et de la communication des ol)jets confiés à sa garde unjeune médecin, Vicq d'Azyr (1748-1794), qui aurait pu, comme l'a pensé Cuvier, porter à son faîte l'anatomie comparée, si le malheur des temps ne l'eût emporté dans la force de l'âge. Nommé recteur-régent de la Faculté de médecine, il ouvrit avec
' On n'avait pas vu de grand anatomiste depuis Duverney dont Fontenelle a dit : « Il mit les exercices anatomiques du Jardin royal sur un pied où ils n'avaient pas encore été. On vit avec étonnement la foule d'écoliers qui s'y rendait, et on compta en une année jusqu'à cent quarante étrangers. Plusieurs d'entre eux, retournés dans leur pays, ont été de grands médecins, de grands chirurgiens, et ils ont semé dans toute l'Europe le nom et les louanges de leur maître, » (É/07. des acnd., Duverney.) * Voir Fourcroy, É/ém. d'hist. nat. et de chimie, T part., sect. I, ch. u.