‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 129 sur 196 · DUHAMEL, LACÉPÈDE · texte numérisé non relu

DUHAMEL, LACÉPÈDE

éclat, aux écoles, un cours d'anatomie humaine et comparée que des contrariétés, suscitées par l'envie, l'obligèrent d'interrompre. Il a laissé sur cette science, dont il a renouvelé la langue, plusieurs mémoires fort estimés des savants ; mais ce qui a le plus contribué à la réputation de cet anatomiste profond, de ce physiologiste ingénieux, ce sont les Éloges qu'il prononça, en qualité de secrétaire perpétuel, à la Société royale de médecine dont il était l'un des fondateurs : le succès de ces Éloges, que toute la société parisienne s'empressait d'aller entendre, le fit recevoir, en 1788, à l'Académie française, en remplacement de Buffon. Vicq d'Azyr, dans ses Éloges, a pris pour modèle Fontenelle; mais il est loin de légaler pour l'esprit, les grâces, le goût, la précision, la pureté et la correction du style. Il est souvent trop abondant, ses phrases sont quelquefois péniblement cadencées ; il lui arrive de tomber dans la déclamation et dans l'affectation de sensiblerie. Mais aussi il a bien des pages écrites d'un style clair, élégant, harmonieux. Dans maint passage, les juges les plus délicats le trouvent louchant, affectueux, spirituel et fin, digne enfin de compter parmi les écrivains les plus distingués du règne de Louis XVI, et parmi ceux qui ont le plus contribué à rendre la science facile, accessible, élégante de forme, en la laissant sérieuse et solide ^

Duhamel (1730-1816), comme Daubenton, fit faire des progrès à l'anatomie végétale, qui avait été cultivée heureusement au dix-septième siècle par les Malpighi et les Grew.

L'Histoire naturelle, dont Bufl'on avait conçu avec tant de génie le vaste ensemble et exécuté avec tant d'éclat les principales parties, fut continuée par quelques-uns de ses meilleurs disciples. Le premier d'entre eux est le comte de Lacépède (1756-1825), le plus enthousiaste admirateur du grand écrivain, Lacépède, un des plus célèbres naturalistes du dix-huitième siècle.

Celui qui devait être un jour le continuateur de Buffon s'annonça d'abord comme un futur émule de Gluck. Son père, son précepteur,, presque tous ses parents étaient musiciens. Ils se réunissaient souvent pour exécuter des concerts; le jeune Lacépède les écoutait avec un plaisir inexprimable, et bientôt la musique devint pour lui une seconde langue qu'il écrivit et qu'il parla avec une égale facilité ^.

Tout remph du sentiment de la musique, se faisant une idée extraordinairement haute de la puissance de cet art, il publia en 1785 la Poétique de la musique. Cet ouvrage, écrit d'un style très chaud très imagé, très enthousiaste, fut accueilli avec faveur par le parti des gluckistes qui y reconnurent lexpression éloquente des principes de leur chef.

Déjà cependant il avait conçu un goût vif pour l'histoire natui^elle et pris pour maître et pour modèle Buffon, dont les brillantes pein-

• Voir Sainte-Beuve, Causeries, 3 jull. 1854. 2 Cuvier, Éloge hist. de Lacépède.

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