‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 132 sur 196 · SAUSSURE · texte numérisé non relu

SAUSSURE

d'importantes découvertes relatives à cette science. L'excès du travail et l'abus du microscope ayant affaibli sa vue, il se tourna vers la philosophie générale. Dans son principal ouvrage, la Contemplation de la nature (176 i et 176b), il s'attacha à prouver cette proposition de Leibnitz, que tout est lié dans l'univers, et que la nature ne fait x>oint de saut; et il montra éloquemment la gradation régulière qui existe dans le perfectionnement des êtres depuis les substances les plus simples et les plus brutes jusqu'à l'homme.

oc Entre le degré le plus bas et le degré le plus élevé de la perfection corporelle ou spirituelle, il est un nombre presque infini de degrés intermédiaires. La suite de ces degrés compose la chaîne imiverselle. Elle unit tous les êtres, lie tous les mondes, embrasse toutes les sphères. Un seul être est hors de cette chaîne, et c'est celui qui l'a faite... »

Par ses travaux d'histoire naturelle, comme par ses ouvrages métaphysiques, dont nous avons parlé précédemment, Bonnet montra qu'il avait un esprit capable de s'élancer très haut et très avant en tout sens. Ce dont il fit preuve surtout et ce qu'il rechercha principalement, c'est l'art d'enchaîner toutes ses propositions si étroitement les unes aux autres, qu'elles ne laissassent entre elles aucun vide ^ Sa réputation ne se renferma pas dans son pays ; elle fut bientôt européenne. Il apprit, en 1783, son élection d'associé étranger de l'Académie des sciences de Paris.

Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799), fils de la sœur deM™" Bonnet, et l'un des élèves les plus aimés du philosophe, se distingua prématurément par son goût pour la physique et la botanique , et par sa passion pour les montagnes. Il fit faire d'importants progrès à la minéralogie. En 17G0, il commença ses courses vers les glaciers de Chamounix, seul et à pied, et depuis il traversa quatorze fois les Alpes par huit passages difTérents. Il visita vingt fois les volcans éteints du Vivarais, du Forez, de l'Auvergne. C'est le résultat de toutes ces courses et de plusieurs autres, notamment en Sicile, en Hollande et en Angleterre, qu'il consigna, à partir de 1779, dans son ouvrage assez improprement appelé Voyages dans les Alpes^, et qui serait mieux nommé Voyages dans les montagnes.

Saussure parcourut plusieurs fois presque toutes les montagnes de l'Europe, gravit des sommets réputés inaccessibles, le marteau de mineur à la main, sans autre but que celui d'étudier l'histoire naturelle, et en particulier d'accélérer les progrès de la théorie du globe terrestre.

Ce physicien voudrait que, sans négliget les observations de détail, base unique d'une connaissance solide, on ne perdît jamais de vue les

1 Œuvres, in-8", t. XV, préface, x, xi,

- Le titre complet est : Voyages dans les Alpes ^ précédés dun essai sur l'histoire 7iaturelle des environs de Genève.

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