‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 136 sur 196 · MORELLET, VOLTAIRE · texte numérisé non relu

MORELLET, VOLTAIRE

(1728-1787), secrétaire d'ambassade du roi de Naples à Paris. Le Ion dogmatique et tranchant avec lequel les chefs de la nouvelle doctrine présentaient leurs spéculations économico-politiques était bien fait pour choquer un ennemi des systèmes absolus, tel quelabbé napolitain. Dans ses Dial'gues sur le commerce des blés, que Grimm et Diderot retouchèrent, il voulut prouver que l'édit du roi de 1764, sur la libre exportation des grains, avait été la cause du renchérissement et de la disette survenus à la suite de cette mesure. Ses raisons pouvaient n'être pas péremptoires, mais il enleva les suffrages par le sel de ses plaisanteries, par la légèreté, la vivacité et le piquant de son style toujours original et élégant. « On n'a jamais eu plus gaiement raison', » écrivait Voltaire, suivant lequel Platon et Molière semblaient s'ôlrc réunis pour composer cet ouvrage-.

MoRELLET entreprit, en 1770, de réfuter les Dialogues sur le commerce des blés. On ne lut pas son livre, dont le fond était solide, mais la manière beaucoup moins spirituelle et moins agréable que celle de Galiani.

Malgré toutes les oppositions, de nombreux adeptes embrassèrent les idées de Quesnay, l'organisateur systématique de la science nouvelle. La science, tel était le terme pompeux par lequel ils prétendaient exprimer l'excellence de leurs recherches dogmatiques. Dès lors ils firent corps et composèrent une secte qui se croyait appelée à transformer tout l'état social. Les moins exaltés laissaient aller infiniment loin leurs espérances d'avenir. Par eux, tout le monde allait goûter le bien-être, et la misère disparaîtrait de la terre. Beaucoup de bons esprits s'engouèrent pour ceux qui annonçaient cette ère de félicité, et les femmes qui donnaient le ton à la société les prirent sous leur protection.

Voltaire écrivait au cardinal de Bernis :

« Vous avez va de notre temps que toutes les femmes avaient letir bel-esprit, ensuite leur géomètre, puis leur abbé Nollet; anjourd'liui on prétend (|u'elles ont toutes leur homme d'Etat, leur politique, leur agriculteur, leur duc de Sul/y. »

Voltaire, dans son Homme aux quarante écus, s'est moqué des prétentions excessives des économistes qu'il appelait nos nouveaux ministres, et quil trouvait surtout absurdes de vouloir qu'on n'établit qu'un

1 Lettre au comte d'Argental, ?4 janv. 1770.

2 Voir encore la lettre à M°" Necker, du mois de mars 1770.

Ceux qui voudront connaître tous les titres littéraii'cs de Galiani liront, dans la correspondance avec M"* d'Épinay, la lettre du 13 décembre 1770. à partir de cet euilroit : < Si, à cette occasion, quelque gazetier veut dire quelque chose de ma vie littéraire, sachez... »

La correspondance avec M"* d'Épinay est pour nous la production la plu» intéressante de l'abbé Galiani.

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impôt unique. Plus tard cependant il se crut obligé d'en faire de pompeux éloges, et il contribua lui-même à la propagation de leurs principes par son petit écrit sur l'arrêt du conseil du 13 septembre 1773» concernant la liberté du commerce des grains, et par son pamphlet sur le môme sujet, intitulé ; DiUrihe à l'auteur des éphémérides, 10 mai i77,"). Dans son Cummentaiie de l'Esirit des lois, dans son Commentaire du Livre des délits et des peines, de Beccaria, dans ses diverses critiques du Contrat social de Jean- Jacques Rousseau, il a émis des idées saines et quelquefois élevées sur la constitution des États, sur l'administration et le gouvernement, sur la législation criminelle et la justice en général. Mais pour toute question d'agriculture et de population, sa science se réduit à soutenir que les grandes souffrances de l'agriculture doivent être attribuées aux dîmes et aux possessions territoriales du clergé, et que ce qui amaigrit la i^opulation, ce sont les couvents, les moines et les religieuses.

Le comte de Mirabeau, avant 1789, se plut aussi à prendre la défense des économistes, ces citoyens vraiment utiles, qu'il voyait tournés en dérision par toutes les plumes mercenaires du gouvernement^.

CoNDiLLAC, le philosophe sensualiste, le disciple de Locke, s'occupa sérieusement dans les derniers temps de sa vie, d'économie politique. n écrivit, en 1776, le Commette et le Gouvernsment, considérés relativement l'un à l'autre. Cet ouvrage a trois parties. Dans la première, Condillac donne sur le commerce, sur la valeur et le prix des choses, sur la nécessité des échanges et la sage répartition des richesses, quelques notions élémentaires qu'il détermine d'après des suppositions, et il développe les principes de la science économique. Dans la seconde, il établit d'autres suppositions pour juger de l'influence que le commerce et le gouvernement doivent avoir l'un sur l'autre. Dans la troisième, il les considère tous deux d'après les faits, afin de s'appuyer autant sur l'expérience que sur le raisonnement.

En ne craignant point d'aborder les plus humbles détails de la vie commerciale des peuples et de dire, sur un sujet simple, des choses communes, l'auteur eut le mérite d'exposer quelques idées justes, quelques vues pratiques.

La science économique compta parmi ses principaux représentants un des esprits du dix-huitième siècle qui eurent les vues les plus larges, et surent le mieux s'élever aux généralités philosophiques, Tcr- GOT (1727-1781). Après avoir exercé son intelligence active sur toutes sortes de matières religieuses, historiques, philosophiques, littéraires, il concentra ses travaux sur l'économie politique quand, en 176 1 , il eut été nommé à 1 intendance du Limousin où il s'essaya à son grand rôle d'homme d'État. Ses qnsLtve Lettres sur la liberté du commerce des grains,

1 Mirabeau, Essai sur le despotisme, 2* éd., p. 56.

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