‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 139 sur 196 · MASSILLON, SEGAUD, NEUVILLE, BOISMONT · texte numérisé non relu

MASSILLON, SEGAUD, NEUVILLE, BOISMONT

cèrent de la ranimer et de la régénérer. Mais leurs efforts tout individuels produisirent peu de rcsullafs.

A défaut d'orateurs de génie, faisons connaître ceux qui se distinguèrent le plus, et qui, par quelques qualités au moins, rappelèrent les modèles.

Massillo.v, après le succès de son Petit Carême, s'était retiré pour toujours dans son diocèse. Plusieurs prédicateurs aspirèrent au difficile honneur de le remplacer à Paris. De ce nombre furent Segaud et Neuville.

Segauo (1074-1748) eut delà douceur dans l'élocution, deTimagination, des idées et des tours agréables, de l'onction et de la sensibilité. Mais il est prolixe, redondant à satiété, et son style est souvent lâche et négligé. De tant de sermons qu'il prêcha toujours avec succès, dans les capitales et les principales villes des provinces, et à Versailles devant le roi, son discours sur le Pardon dts injures est presque le seul que Ion puisse encore hre.

Le jésuite de Neuville (1693-1774), imitateur de Fléchier plutôt que de Massillon, sut allier à la force des raisonnements, à la méthode et à l'art dans la composition, le nombre et la richesse du style, la pompe et le pittoresque des images ; il se montra véritable orateur dans plusieurs de ses discours, en particulier dans celui sur le Jugement dernier. Ses qualités sont gâtées par les défauts de l'époque.

Il prodigue les antithèses et les oppositions, et affecte la forme de l'énumération, qui devient monotone et fatigante quand elle est fréquemment répétée ; ses périodes sont trop symétriques et ses figures trop peu variées ; enfin son style est souvent lâche et incorrect.

Où il est le plus soutenu, c'est dans ses oraisons funèbres, notamment dans celle du cardinal de Fleury. Ce genre solennel et fastueux paraît avoir été le plus conforme au talent du Père Neuville.

Ajoutons que ce jésuite se montra plus estimable encore par sa vertu que par son talent. Son ordre était détruit depuis quatorze ans quand il mourut plus qu'octogénaire, mais il lui resta fidèlement attaché, et, en expirant, il déclara qu'il était très soumis au pape et au roi, ratais qu'il devait à la vérité de jurer qu'il n'avait jamais vu ni connu dans la société dont il avait l'honneur d'être membre rien qui méritât les imputations dont on l'avait chargée.

L'abbé de Boismont (1715-1786}, célèbre par son habileté à capituler avec la philosophie, se fit une réputation moins méritée que celle du P. de Neuville, dans l'oraison funèbre. Il prononça devant l'Académie française, dont il était membre, l'oraison funèbre de la reine Marie Leczinska, et celle du Dauphin, fils de Louis XV. On y goûta des peintures de mœurs, des réflexions fines et délicates, de la philosophie et de l'art, mais, dans tous ces agréables développements académiques,

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