‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 140 sur 196 · LE P. ELYSÉE, L'ABBÉ POULE · texte numérisé non relu

LE P. ELYSÉE, L'ABBÉ POULE

souvent gâtés par un style tendu, enflé, sentencieux, maniéré, précieux, rien ne sent la haute éloquence. La Harpe constate que c'est l'orateur de son temps qui s'est fait le plus de réputation dans l'oraison funèbre ; mais celte réputation lui paraît usurpée.

« L'abbé de Boismont, dit-il, a, dans son style, des empreintes de génie oratoire ; mais, faute de connaissances, d'études et de rt flexion, il s'abandonna tout entier aux saillies d'une imag nation sans règle et d'un esprit sans solidité, il ne travailla ni ses idées ni son style, et de là le défaut trop fréquent de justesse dans la pensée et de propriété dans l'expression, l'affectation, l'obscurité, le jargon précieux et entortillé, la multiplicité des exclamations gratuites, et l'embarras des constructions vicieuses *. »

Ce prédicateur du beau monde, des beaux esprits, des philosophes même, fut constamment médiocre dans l'oraison funèbre ; mais, dans un genre plus naturel, il a laissé une belle pièce d'éloquence, un sermon ou plutôt une exhortation évangélique pour l'étabhssement d'un hôpital militaire ecclésiastique, prononcée à l'âge de soixante-dix ans. Il fut, cette fois, véritablement orateur, parce qu'il fut réellement ému.

Le P. Elysée (1726-1783), « le meilleur des modernes prédicateurs », selon le prince de Ligne S dut une partie de son succès dans la capitale à l'enthousiasme que Diderot conçut pour ce jésuite qu'il avait entendu par hasard. Le philosophe en parla avec la plus chaude admiration, tout le monde voulut l'entendre : bientôt l'église où il prêchait ne fut plus assez vaste pour contenir la foule qui s'y pressait.

A la lecture, le P. Elysée ne produit pas une si forte impression. Cependant qu'on lise, par exemple, le sermon sur la Mort et celui sur les Affections; si l'on trouve peu d'art dans la composition, peu défigures dans le style et peu de mouvements, on sera bientôt ému par la douceur de cette éloquence sage, par l'onction et la mélancolie de cette parole convaincue, par l'aimable simplicité de ce langage naturel et pur. '

L'abbé Poule (1703-17.S1), dans une carrière apostolique d'une courte durée, prononça un grand nombe de discours qu'il ne destinait pas à l'impression, quil n'avait jamais écrits, et qu'il ne consentit à dicter à son neveu qulTen avait longtemps pressé que trois ans avant sa mort.

On regarde justement comme ses chefs-d'œuvre deux Exhortations de charité, l'une en faveur des enfants trouvés, et l'autre pour les pauvres prisonniers détenus à la Conciergerie. L'éloquent avocat des malheureux toucha tous les cœurs, et provoqua une émulation de charité telle qu'on ne se souvenait pas d'avoir rien vu de pareil. On sent aussi beau-

1 Lyc, 3* part., l. II, c. i, sect. 2.

Sur les oraisons funèbres de l'abbé de Boismont, voir aussi M. de Boulogne, Mélanqes de religion, de critique et de littérature, t. III, p. 287. - i'rince de Ligne, Mél., t. XXVII, p. 91.

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