‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 144 sur 196 · L'ÉLOQUENCE ACADÉMIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉLOQUENCE ACADÉMIQUE

le destructeur de la religion et des mœurs *, » et désigna sensiblement le vieillard de Ferney. Dans plusieurs autres sermons éloquents dont il n'est resté que le souvenir, ce pieux jésuite fut un avertisseur trop peu écouté des malheurs qui menaçaient la patrie.

l'éloquence ACADÉMIQUE. — LES DISCOUBS PRONONCÉS DANS LES ACADÉMIES. — LES ÉLOGES HISTORIQUES. — THOMAS, LA HARPE, MAURY, CHAMFORT, GARAT, ETC.

La plupart des discours académiques sont des ouvrages de pur appareil, des amplifications fastidieuses oîi les formules de l'éloquence sont mises à la place de l'éloquence elle-même. Il y en a cependant de très bien écrits, de très agréables, et môme de très solides, et nous partageons tout à fait l'avis de d'Alembert disant :

« Malgré le dégoût impitoyable que le public témoigne pour les remerciements académiques, et le peu de souvenir qu'il en conserve pour l'ordinaire le lendemain du jour qu'ils ont paru, nous croyons qu'il les traiterait plus favorablement, si on lui donnait un recueil, fait avec choix et avec goût, des meilleurs de ces discours. Il y trouverait, nous ne craignons point de l'assurer, bien des genres de mérite : ici, l'élégance et la finesse ; là, une sensibilité vraie et touchante; l'éloquence dans les uns, la philosophie dans les autres : souvent des principes lumineux sur différents points de littérature, et les caractères bien tracés de nos principaux auteurs ; enfin cette délicatesse de tact et de goût qui fait tout voir, tout démêler et tout apprécier. Nous osons croire que le recueil choisi dont nous donnons ici le projet et l'idée ferait peut-être plus d'honneur à r.\cadémie que ses détracteurs ne le voudraient*. »

Voltaire constate aussi qu'au dix-huitième siècle l'éloquence académique s'était beaucoup perfectionnée,

« J'avoie, écrivait-il, que nos discours pour l'Académie, du temps de Louis X]V, n'approchaient pas de ceux qu'on fait aujourd'hui; c'est l'effet de la vraie philosophie ; elle a donné plus de force et plus de vérité à nos esprits '. »

iJU^m. secrets, 13 avril 1778, t. XI, p. 190.

Les Mémoires secrets remarquent que parmi les traits du discours de l'abbé Beauregard, « où il a fait son explosion contre M. de Voltaire et ses partisans, le plus adroit est celui où il a peint la pusillanimité du garde des sceaux qui, redoutant les philosophes, avait donné défense de laisser passer à l'impression aucune critique di ce coryphée pendant son séjour à Paris. M. de Miroménil, raconte le journaliste, a été si honteux de voir sa faiblesse indirectement dévoilée devant le roi, que, craignant une explication, il s'est hâté de lever sa défense. » [Ibid., 20 avril 1778.;

» D'Alembert, ffw^ des membres de l'Acad. fr., not. sur l'éloge de Crébillon, XII.

^ Lett. inéd. de Volt., Lettre à M. de Scbomberg, 19 sept. 1775.

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