‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 146 sur 196 · THOMAS. S · texte numérisé non relu

THOMAS. S

îes Éloges. Ce livre aurait pu s'intituler V Histoire de l'éloquence. L'auteur y remonte jusqu'aux Scandinaves, jusqu'aux disciples d'Odin, jusqu'aux anciens bardes. 11 ne se contente pas de tracer une histoire et une poétique des éloges, de faire connaître le génie et le caractère des panégyristes et des orateurs de tous les temps, d'examiner quel fut l'usage et l'abus de la louange chez les différentes nations, et dans les différents siècles, sous tous les divers gouvernements ; il juge d'après l'histoire les hommes qui ont été loués, et fait lui-môme des appréciations étendues et solidement motivées. Tel est son jugement sur Louis XIV :

« Quel sera donc le rang que Louis XIV occupera parmi les rois? etc. • » Et telles sont beaucoup d'autres pages où il cite devant lui les principaux personnages de l'histoire, et les remet à leur juste place, eux et leurs panégyristes.

La conclusion qui ressort de tout le livre, c'est que la véritable éloquence appartient essentiellement aux républiques, et que le génie de l'éloquence et celui de la liberté ne sont qu'une

On peut trouver que le plan de l'Essai sw les Éloges est vicieux, qu'il manque d'ordre et de méthode, que ses diverses parties ne sont pas assez liées entre elles ; enfin que les écarts de l'auteur sont trop nombreux et trop étendus. Mais il faut reconnaître qu'en somme, et surtout pour la partie qui traite de la littérature ancienne et de la littérature moderne, cet ouvrage est une des bonnes productions Uttéraires de la fin du dix-huitième siècle.

Nous n'accorderons pas les mômes louanges à l'Essai sur les femmes. Il est languissant, ennuyeux et affecté. Un pareil sujet convenait peu à ce très sage philosophe qui « ne voyait les femmes qu'en observateur froid, comme un botanicien voit les fleurs d'un parterre, jamais en amateur des grâces et de la beauté'. » Aussi les belles préféraient-elles à ses tièdes éloges les injures passionnées et véhémentes de Jean- Jacques Rousseau.

L'auteur des Éloges a le tort de vouloir tout peindre, et de faire de ses discours une suite de tableaux. Il prend trop le ton de l'oraison funèbre ; il manque de variété, il est gôné, contraint, son style est tantôt trop coupé, trop haché, tantôt démesurément long : il ne s'entend pas, comme le disait Rivarol, à parcourir avec grâce et fermeté les nombreux détours de la période oratoire*; il prodigue les expres-

1 Essai SW' les Éloges, c. xxxni.

2 Thomas reproduit plusieurs fois cette pensée dans ses Éloges, en particulier dans la troisième partie de celui de Sully :

« Faibles orateurs, éloignés par nos constitutions modernes de tout ce qui a rapport au gouvernement et aux affaires, est-ce à nous à traiter ces grands sujets qui embrassent le système politique des États? »

3 Marmontel, Mé/n., XL

* Expression rapportée par GliênedoUé, dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire.

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