‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 147 sur 196 · LA HARPE, L'ABBE MAURY, CHAMFORT · texte numérisé non relu

LA HARPE, L'ABBE MAURY, CHAMFORT

sions ambitieuses, el par là môme fausses ; par exemple, quand il dit de Descartes qu'il recréa l'entendement humain. « D'une voix emphatique, il pèse gravement, comme dans une balance, des mots sonores et enflés outre mesure'. » Il affecte d'employer les termes d'arts et de sciences les moins à la portée de la généralité des lecteurs, et que lui-même n'avait étudiés que pour les citer ; enfin il tombe si souvent dans le pathos que toutes les fois qu'on apportait à Voltaire quelque ouvrage de Thomas, il ne manquait jamais de dire : Ah! voilà du galithomas! Et cependant, malgré sa rhétorique embesognée, il a des mérites vraiment distingués. 11 pense souvent avec force, avec profondeur. 11 a des traits de burin bien enfoncés. Sa manière n'est pas toujours emphatique; et quand il sait détendre son style, il touche et attache. C'était un homme simple, bon, honnête, religieux; c'était de plus, malgré tout ce qu'il y a de factice dans sa manière, un écrivain de goût et de talent.

Nous ne reviendrons pas sur les Éloges de la Harpe, l'orateur qui, après Thomas, remporta le plus fréquemment les palmes de l'éloquence académique. Nous les avons suffisamment fait connaître.

L'abbé Maury obtint l'accessit, pour un Éloge de Fénelon, au même concours où la Harpe fut couronné (1771). Ce discours renfermait de véritables beautés oratoires, mais était écrit d'un style trop ambitieux, et, en plus d'un endroit, la déclamation y remplaçait le sentiment.

Le même orateur, quand il n'était encore âgé que de vingt ans, fit un Éloge du Dauphin, père de Louis XAT, qui intéressa parce qu'il était plus historique qu'oratoire, plus en récits qu'en réflexions.

Quant à son discours de réception à l'Académie (1785}, il ne saurait compter parmi les bonnes harangues académiques. C'est l'œuvre « d'un rhéteur qui veut tout agrandir, tout amplifier, tout allonger^, »

Chamfort, autre émule de la Harpe, se fit connaître avantageusement par son Éloge de la Fontaine dont nous avons assez parlé, et par un Éloge de Molière qui mérite aussi de n'être pas oublié. Parmi les orateurs académiques qui eurent des succès au dix-huitième siècle, nous citerons encore Garât (i760-i>33;. Son Éloge de Fontenelle peut être placé à côté de V Éloge de Descartes par Thomas. Les Éloges de L'Hôpital, de Montausier, de Suger, ont aussi de véritables beautés oratoires, mais qui sont gâtées, comme chez Thomas, par la profusion du luxe et par la pompe.

1 C'est une expression de saint Jéiôme, parlant d'un certain Osanas : Cava verba, et in modum vesicarum tunientia, buccis truiinatur inflatis. » Lettres de saint Jérôme, xxvi, à Marcella.)

* La Harpe, Corresp. litt., lettre CCXV,

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