L'ÉLOQUENCE DU BARREAU
LE BARREAU, LA MAGISTRATURE, LA JURISPRUDENCE. — d'aGDESSEAU, CO- CHIN, LE NORMAND, AUBRY, LAVF.RDY, REVERSEAUX, LOYSEAC DE MAULÉON, ÉLIE DE BEAUMONT, SERVAN, GERBIER, LINGUET, TRONCHET, PORTALIS, LALLY-TOLENDAL. — LAMOIGNON DE UALESHERBES. — POTBIER.
L'éloquence du barreau n'était parvenue que vers la fin du dix-septième siècle à s'affranchir complètement du mauvais goût qui l'avait longtemps dominée, et, au comm encement du dix-huitième siècle, nous ne possédions pas encore, à vrai dire, de littérature judiciaire. Aussi, quand RoUin écrivit son Traité des études, ne trouvait-il rien à pouvoir citer, parmi les avocats français, comme modèle de l'éloquence du barreau. Il s'était bien déjà prononcé d'éloquentsplaidoyers, mais ils n'étaient pas imprimés.
« Si nous avions, dit le sage rhéteur, les harangues et les plaidoyers de tant d'habiles orateurs qui, depuis un certain nombre d'années, ont si fort illustré le barreau français, et de ceux qui y paraissent encore aujourd'hui avec tant d'éclat, nous pourrions y trouver des règles sûres et des modèles parfaits de l'éloquence qu'on y doit suivre. Mais le petit nombre que nous avons de ces sortes de pièces nous oblige de recourir à la source même, et d'aller chercher dans Athènes et dans Rome ce que la modestie de nos orateurs, peut-être excessive en ce point, ne nous permet pas de trouver parmi nous 1. »
Les orateurs auxquels Rollin fait allusion étaient les avocats généraux Talon et d'Aguesseau, et les avocats Cochin, Lenormand, Aubry, Laverdy, Reverseaux. Ils avaient une manière de dire noble et correcte ; mais ils s'interdisaient généralement les grands mouvements. Comme ils aspiraient, non à égarer le sentiment des juges, mais à éclairer leur raison, ils rejetaient les tours passionnés, les ornements ambitieux, et tous les artifices qui auraient pu tromper les arbitres de la loi. D'ailleurs leurs discours n'étaient pas préparés comme des compositions littéraires, d'habitude ils improvisaient tous leurs moyens à l'audience même. C'est à peine s'ils avaient devant eux l'ordre et le plan de leurs plaidoyers. Aussi, en les imprimant, n'a-t-on pu nous donner qu'une bien faible idée de leur talent.
Dans la seconde moitié du siècle, les orateurs du barreau voulurent prendre un plus haut essor. Ils eurent l'ambition de rappeler le genre des Démoslhène et des Cicéron. Mais trop souvent ils prirent le faste des paroles pour l'élévation, une pompeuse prétention pour de l'énergie, une sensibilité d'apparat pour du pathétique. Aucun ne posséda vraiment une grande soUdité dans la discussion, une puissante force
' Traité des études, 1. IV, c. i, art. 1.