‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 149 sur 196 · COCHIN · texte numérisé non relu

COCHIN

de raisonnement. Dans toutes les bavardes déclamations de ces parleurs sonores, il n'y a pas un seul trait de véritable éloquence.

Ne cherchons donc point de grands génies oratoires dans le barreau du dix-huitième siècle, mais ne négligeons pas cependant les orateurs qui se signalèrent plus ou moins dans les deux périodes que nous avons distinguées.

CocHiN est, avec d'AouEssEAU, dont nous avons suffisamment parlé, l'avocat le plus distingué de la première moitié du dix-huitième siècle. Et, nous venons de le dire, nous ne pouvons avoir aujourd'hui qu'une idée bien imparfaite de son talent oratoire. La majorité de ce que nous appelons les plaidoyers de Cochin étaient des discours écrits sur son plan de défense, et destinés à passer sous les yeux des juges. Les traits véritablement oratoires n'ont pas été conservés. A peine la collection des œuvres de Cochin contient-elle quelques discours exactement tels qu'il a dû les prononcer.

Ce qu'on aperçoit toujours avec admiration, c'est la force et la simplicité de sa logique, et le ton noble et contenu de son éloquence. Cochin, excellent dialecticien tout en cachant sa dialectique, ordonne et développe ses arguments avec beaucoup de méthode ; il possède à un haut degré l'art d'enchaîner ses moyens et ses preuves et de les fortifier l'un par l'autre. Il marche d'un pas rapide et soutenu vers le fait de la contestation. Peu d'avocats ont dû parler avec autant de clarté, de précision et d'agrément que Cochin.

Soigneux, par conscience et par religion, d'éviter tout ce qui sentirait l'exagération ou la passion, il se tient dans le genre doux et modéré. Au lieu d'attaquer avec fougue son adversaire, il se borne à un simple exposé de l'affaire, à sa demande, et à l'énoncé le plus précis de ses moyens. Cependant on dit qu'à l'audience l'éloquence du sage Cochin, habituellement calme et tranquille, prenait un caractère vif et passionné, qui apparaît dans quelques-uns de ses plaidoyers ^

u Personne, à ne pas le connaître, a dit Marmontel, n'aurait cru devoir redouter un concurrent si dénué des fortes armes de 1 éloquence. Mais lorsque son adversaire l'avait échauffé en le réfutant, et croyait l'avoir terrassé, tout à coup il se relevait avec une force effrayante. On croyait v«ir l'Ulysse d'Homère, provoqué par Irus, dépouiller son manteau de pauvre, et déployer la stature imposante, les membres nerveux d'un héros. Aussi le combat se terminait-il le plus souvent comme colui de VOdyssée, à moins que l'adversaire de Cochin ne fût un Le Normand. C'était alors que le barreau devenait une arène intéressante par le contraste des deux athlètes, l'un plus vigoureux et plus ferme, Tautre plus souple et plus adroit; Cochin avec un air austère et imposant, qui lui donnait quelque ressemblance avec Démo-sthène ; Le Normand avec un air noble, intéressant, qui rappelait la dignité de Gicéron. Le premier redoutable, mais suspect à ses juges, qui, à force de le croire habile,

1 Voir en particulier les plaidoyers dans la cause Rappali, Œuvr. compl. de Cochin, éd. 1821, tome I, page 51.

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