LOYSEAU DE MAULÉON
« Si des torts accompagnent ses peines, nous les dirons, sans leur prêter de fausses couleurs qui les pallient. Et vous, trop adroits orateurs qui puisez dans l'étude de nos passions des traits puissants qui les flattent et les justifient; si, tirant avec art votre indulgence de nos faiblesses, vous profitez des secrets penchants de nos âmes pour nous séduire sur les fautes de nos semblables, nous abjurons ce dangereux talent. Ce n'est point dans le temple de la justice que nous apporterons vos prestiges.
« Non : ni les feux brûlants du chevalier de E;)auveau, ni ses vives et continuelles déclarations, ni l'avantage d'une illustre naissance, ni les brillantes qualités de l'esprit, ni ces séduisantes manières qui ajoutaient aux charmes d'une figure noble, ni tout cet assemblage de talents et de grâces embellies par le désir de plaire, ne justifient point la surprise des sens dont la demoiselle AUiot eût dû se garantir. »
Nous sommes loin, on le voit, de la manière de Cochin et môme de celle de Le A'ormand. Le style est devenu plus oratoire, mais aussi très emphatique.
Le disciple de Jean-Jacques abuse bien autrement que son maître de la pompe et de l'enflure des mots. En visant aux traits de force, il tombe dans le mauvais goût et le galimatias; en voulant rendre énergique l'expression du sentiment, il la rend fausse, et par là môme froide. Prêtant la parole à M'^^ de Monnier, une fille aussi respectueuse et soumise que ferme, obligée de plaider contre son père pour obtenir l'autorisation d'épouser un amant dont la constance a été mise aux plus cruelles épreuves, il lui fait dire :
« N'ai-je pas déjà assez offensé le public par mes actions, sans que je lui nuise encore par des écrits où l'auteur de votre mémoire a renversé, à mon sujet, toute raison, toute vérité, toutes lois. Si sûrement défendue par elles, j'ai cru devoir les défendre à leur tour. D'ailleurs, je n'en disconviens pas, j'éprouve tant de dégoût et de répugnance à aborder la question des faits, que j'ai diflféré, autant que je l'ai pu, l'instant de ce nouveau combat; mais, ô douleur ! ô moment afi"reux ! oh ! mon père ! dans quel état vous vous offrez h moi ! que ne puis-je changer ici ma plume en voile pou?' cacher votre ivresse ! »
Il la fait s'écrier, en parlant de celui qu'elle aime :
« Et quand il apporte à vos pieds une réputation acquise par tant de soins, vous le traitez comme un homme vil, qui, infâme lui-même, ne peut donner l'être qu'à des enfants infâmes comme lui. Vous demandez si vous ne deviendriez pas vous-même infâme, en consentayit que vos petits-fils le soient. Ce dernier mot manquait à vos transports. Traiter d'infâmes jusqu'aux enfants de Valdahon, avant qu'il soit père ! Vainement feuilletterait-on tous les monuments de la haine : cet excès n'appartient qu'à la vôtre. Dans ses imprécations si connues pour être le chef-d'œuvre de la fureur, la plus violente des femmes souhaite à ses ennemis qu'il naisse d'eux un fils qui lui ressemble. Ce vœu peut du moins être vain. Vous, votre marche est plus rapide; vous flétrissez les fils de Valdahon avant qu'ils soient nés. Ils n'existent point, et vous les déclarez infâmes; déjà vous les détestez autant que leur père. C'est ainsi que vous en-