ÉLIE DE BEAUMONT
chérissez sur le trait le plus célèbre de la colère humaine. Tant il est vrai que les élans du cœur vont plus loin que ceux du génie *I »
« Quelque peu d'esprit qu'on suppose à M"^ de Monnier, qui en a peut-être beaucoup, remarque Grimm en parlant de ce mémoire, s'il est vrai qu'elle a pour son père, malgré l'atrocité de ses persécutions, les sentiments que l'avocat lui prête, je soutiens que sans éloquence, sans talent, elle les aurait exprimés d'une manière cent fois plus louchante, tant le sentiment est supérieur à la rhétorique *. »
Ce mémoire ampoulé, écrit plus en romancier qu'en jurisconsulte, eut beaucoup de succès auprès des femmes, on le trouvait sur toutes les toilettes; mais il ne réussit pas auprès des juges.
Enfin le ton de cet avocat disert qui avait de l'esprit, mais en abusait, pèche quelquefois par une excessive disproportion avec le sujet, comme on le verra en lisant seulement le passage de la Défense apologctique du comte de Portes qui commence par ces mots :
« Un Athénien avait fait réparer les murs de sa ville, etc. »
Loyseau de Mauléon est donc loin d'avoir été un parfait orateur ou un grand écrivain ; mais, ce qui lui manquait du côté du talent, qu'il n'eut pas le temps de mûrir-', il le compensa parles qualités du cœur :
« Ce M. Loyseau, a dit un contemporain bien informé, est un des plus honnêtes hommes du rojaume. Il pousse la rigidité de la probité et du désintéressement à ce point romanesque qui ne fuit tort qu'à ^oi, qui ne vous rend guère propre à faire fortune, mais qui vous rend bien intéressant. M. Loyseau perdit sa mère il y a environ deux mois ; il l'aimait avec tendresse et la respectait, il l'adorait; ce n'était pas de la passion, c'était un culte *. »
Élie de Beadmoint (1728-1786) fut reçu avocat en 1732. Ses débuts devant le parlement de Paris ne répondirent pas aux espérances que ses talents avaient fait concevoir. Il avait un caractère timide; sa voix naturellement sourde et peu agréable devenait rauque et entrecoupée quand il parlait devant un auditoire nombreux. Sentant qu'il était peu propre aux discussions de l'audience, il se consacra tout entier aux défenses écrites.
Son meilleur mémoire est celui du chapelain Beresford. Cette cause offrait une action pleine d'intérêt, des incidents dramatiques, des rapports politiques à discuter, des hommes puissants à combattre. Beau-
' Réponse de itf"' de Monnier à son père, 2* partie.
^ Corresp. lut., Qct. 17S9.
3 11 n'avait que quarante et un ans quand il quitta le barreau pour une charge de conseiller d'une cour souveraine de Lorraine. C'est alors qu'il recueillit les Mémoires et plaidoyers des principales causes qu'il avait défendues, non pas pour les vendre, mais pour les distribuer à ceux qui les voudraient.
* Grimm, Corresp. litt., avril 1789.